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 Le pape François et Jean-Paul II, un livre-entretien

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11022020
MessageLe pape François et Jean-Paul II, un livre-entretien

Le pape François et Jean-Paul II, un livre-entretien  Foto-2


« Je vous raconte saint Jean-Paul II »: cent ans après sa naissance, un dialogue sur la vie et la spiritualité du pape Wojtyla entre Luigi Maria Epicoco et le pape Bergoglio, tiré de l’ouvrage « San Giovanni Paolo Magno » (Saint Jean-Paul le Grand), sorti ce 11 février 2020 en librairie, en italien.

Traduction d'un passage publié en italien sur le site de l’hebdomadaire :


Sainteté, quelle fut votre impression en apprenant l’élection d’un pape non italien – polonais – après presque cinq cents ans ?

J’ai entendu ses premières paroles et j’ai eu une très bonne impression. Et cette impression s’est renforcée aussitôt après, quand on m’a dit qu’il avait été chapelain universitaire, professeur de philosophie, alpiniste, skieur, sportif, un homme qui priait beaucoup. Cela m’a beaucoup plu. J’ai aussitôt éprouvé une grande sympathie pour lui.

Quel était votre rôle dans l’Église à cette époque ?

J’étais Provincial des jésuites (en Argentine, ndlr). Et je l’ai été jusqu’à janvier 80.

Revenons encore un instant à cette soirée d’octobre 1978. Le pape Jean-Paul II prononce peu de paroles, mais extraordinairement importantes. Il rompt avec l’usage du protocole, qui imposait uniquement une salutation et la bénédiction, mais aucun discours. À travers ces phrases prononcées dans un italien imparfait, Jean-Paul II gagne aussitôt l’affection de tous : « Et voici que les vénérables cardinaux ont appelé un nouvel évêque de Rome… Ils l’ont appelé d’un pays… lointain… (la foule applaudit)… lointain, mais toujours proche par sa communion dans la foi et sa tradition chrétienne ». Nous savons, par une interview accordée ensuite à André Frossard qu’en prononçant le mot « lointain », Jean-Paul II pensait aussi à Pierre, arrivé de la Galilée. Vous aussi, Saint-Père, vous avez employé des paroles similaires : « Vous savez que le devoir du conclave était de donner un évêque à Rome. Il semble que mes frères cardinaux soient allés le prendre presqu’au bout du monde… mais nous sommes ici… Je vous remercie de votre accueil ». Avez-vous pensé à lui en prononçant ces paroles ?

En réalité, non. Avant tout, parce que je n’imaginais pas être élu, je n’y pensais pas. Beaucoup  disent qu’au conclave de 2005, j’avais obtenu pas mal de voix. Mais la vérité est que le pape juste à ce moment-l) était Ratzinger. J’en étais convaincu et je l’ai soutenu. Au conclave de 2013, je me considérais déjà comme un évêque à la retraite, qui ne courrait plus aucun risque. C’est pourquoi je n’avais pensé à rien de cela. Ainsi, aussitôt après mon élection, après avoir enfilé la soutane blanche, je devais sortir au balcon et je me suis demandé : que vais-je dire aux gens ? Je me souvenais de ce que m’avait dit, quelques heures auparavant le cardinal Errazuriz, mais je n’y avais pas accordé de poids. Nous sommes allés prier à la Chapelle Pauline avec deux accompagnateurs que j’ai appelé personnellement, contre le protocole. Au cardinal Vallini, j’ai dit : « Mais vous êtes le vicaire, venez avec moi » et, à mon ami, le cardinal Hummes, celui qui m’a dit : « N’oublie pas les pauvres », j’ai demandé : « Accompagne-moi ! ». Et avec eux deux, nous sommes allés prier. C’est là que m’est venue l’idée de dire que le conclave avait choisi un nouvel évêque de Rome, d’évoquer Benoît et ensuite : « Allons-y ensemble ». L’expression « du bout du monde » m’est venue spontanément à ce moment, alors que j’étais à la loggia de Saint-Pierre.

Que vous avait dit le cardinal Errazuriz, à quoi vous n’aviez pas accordé de poids ?

Ce matin-là, plusieurs épisodes, qui ne m’avaient pas particulièrement préoccupé, s’étaient produits, mais ils m’ont quand même fait réfléchir plus tard. Avant tout le cardinal Ortega y Alamino m’avait demandé le texte que j’avais prononcé pendant une des réunions officielles des cardinaux au cours de ces journées. En réalité, je n’avais rien écrit, j’ai essayé de me souvenir de mémoire les paroles et je les ai réécrites à la main. Je les lui ai apportées, quand nous sommes revenus avant le déjeuner, je lui ai dit : « Tiens, je l’ai écrit à la main ». Il a répondu : « Oh, c’est beau, comme cela, je remporte un souvenir du pape ». Je lui ai répondu : « Arrête de plaisanter ».

[Par la suite, le cardinal Ortega avait fait connaître, lors d’une interview, le même récit que celui du pape, remettant même une copie du document autographe du futur pape. Cette note est importante par rapport aux thèmes si chers au pape François dans les années suivantes : 1) « Évangéliser implique le zèle apostolique. Évangéliser suppose dans l’Église la ‘parésie’ (le terme grec, au sens littéral, signifie ‘liberté de tout dire’, ndr), de sortir d’elle-même. L’Église est appelée à sortir d’elle-même et à aller vers les périphéries, non seulement les périphéries gééographiques mais aussi existentielles ; celles du mystère du péché, de la souffrance, de l’injustice, celles de l’ignorance et de la foi, celles de la pensée, celles de toutes les formes de misère ». 2) « Quand l’Église ne sort pas d’elle-même pour évangéliser, elle devient auto-référentielle et alors, oui (que l’on pense à la femme courbée sur elle-même de l’Évangile de Luc). Les maux qui, au cours du temps, affligent les institutions ecclésiastiques ont une racine dans l’auto-référence, dans une sorte de narcissisme théologique.

Dans l’Apocalypse, Jésus dit qu’il est sur le seuil et appelle. Évidemment le texte se réfère au fait qu’il est au-dehors qu’il frappe pour entrer… Mais parfois je pense que Jésus frappe de l’intérieur, pour que nous le laissions sortir ». 3) « Lorsque l’Église est autoréférentielle, sans s’en rendre compte, elle croit avoir sa propre lumière ; elle cesse d’être le mysterium lunae (reflet de la lumière) et elle donne lieu à ce mal si grave qu’est la mondanité spirituelle (c’est le pire des maux dans lequel l’Église puisse tomber, selon De Lubac, un théologien du vingtième siècle, fait cardinal par Jean-Paul II, ndr) ; cette manière de vivre pour se glorifier les uns avec les autres. En simplifiant, il y a deux images de l’Église : l’Église évangélisatrice qui sort d’elle-même ; celle du ‘Dei verbum religiose audiens et fidenter proclamans’ (l’Église qui écoute religieusement et proclame fidèlement la parole de Dieu’, ndr), ou l’Église mondaine qui vit en elle-même, d’elle-même et pour elle-même. Cela doit éclairer les changements et réformes possibles à réaliser pour le salut des âmes ». 4) « En pensant au prochain pape : un homme qui, par la contemplation de Jésus-Christ et l’adoration de Jésus-Christ aide l’Église à sortir d’elle-même vers les périphéries existentielles, qui l’aide à être une mère féconde qui vit « de la joie douce et réconfortante d’évangéliser »].

Après avoir remis cette note, je prends l’ascenseur pour descendre au second étage et au quatrième, entre le cardinal Errazuriz qui me dit : « Dépêche-toi de préparer le discours ! – Lequel ? – Celui que tu devras dire au balcon. – Arrête de plaisanter ! » Et puis au déjeuner, alors que je cherchais une place où m’asseoir, on m’appelle aussitôt : « Venez, Éminence, venez avec nous », c’était des cardinaux européens que je ne connaissais pas. Pendant le déjeuner, ils me posèrent beaucoup de questions sur l’Amérique latine et sur l’Église. Puis, nous sommes allés nous reposer et je peux assurer que je me suis très bien reposé. Dans l’après-midi, nous sommes retournés voter, j’avais un peu oublié ces épisodes et j’étais resté un peu à parler avec le cardinal Ravasi sur le livre de Job. Pendant le premier vote, j’ai compris que le danger était vraiment sérieux. Au second vote, j’ai été élu.

À quand remonte votre première rencontre avec Jean-Paul II ?

Je l’ai rencontré à une période sombre de ma vie, quand il est venu pour la seconde fois en Argentine, en 87. J’étais rentré d’Allemagne, après une période que j’avais passée là-bas pour écrire un doctorat sur Romano Guardini et pour m’éloigner un peu d’un climat tendu dans ma province religieuse.
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Source : https://fr.zenit.org/
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