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 Lettre du pape au Meeting de la Banque mondiale et du FMI

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11042021
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Le pape François a adressé une Lettre aux participants au Meeting de printemps 2021 de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, qui se déroule en ligne du 5 au 11 avril 2021. La « reprise » post-covid ne doit pas consister en « un retour à un modèle inégal et non durable de vie économique et sociale », a souligné le pape, mais dans « des formes nouvelles et créatives de participation » à tous les niveaux et « sensibles à la voix des pauvres ».

Lettre du pape François :

Au Groupe de la Banque mondiale et au Fonds monétaire international

Je suis reconnaissant pour votre aimable invitation à m’adresser aux participants au Meeting de printemps 2021 du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international à travers cette lettre, que j’ai confiée au cardinal Peter Turkson, préfet du Dicastère du Saint-Siège pour la Promotion du Développement humain intégral.

L’année dernière, en raison de la pandémie de Covid-19, notre monde a dû faire face à une série de graves crises socio-économiques, écologiques et politiques liées les unes aux autres. J’espère que vos discussions contribueront à un modèle de « reprise » capable de générer des solutions nouvelles, plus inclusives et durables afin de soutenir l’économie réelle, d’aider les personnes individuelles et les communautés à réaliser leurs aspirations les plus profondes et le bien commun universel. La notion de « reprise » ne peut se satisfaire d’un retour à un modèle inégal et non durable de vie économique et sociale, où une minuscule minorité de la population mondiale possède la moitié de ses richesses.

En dépit de toutes nos convictions profondes selon lesquelles tous les hommes et les femmes sont créés égaux, beaucoup de nos frères et sœurs dans la famille humaine, en particulier ceux qui sont en marge de la société, sont effectivement exclus du monde financier. Toutefois, la pandémie nous a rappelé une fois encore que personne ne se sauve tout seul. Si nous voulons sortir de cette situation en étant un monde meilleur, plus humain et solidaire, il faut concevoir des formes nouvelles et créatives de participation sociale, politique et économique, sensibles à la voix des pauvres et s’engageant à les faire participer à la construction de notre avenir commun (cf. Fratelli tutti, 169). En tant qu’experts en finances et en économie, vous savez bien que la confiance, qui nait de l’interdépendance entre les personnes, est la pierre angulaire de toutes les relations, y compris les relations financières. Ces relations ne peuvent se construire qu’à travers le développement d’une « culture de la rencontre » où chaque voix peut être entendue et où tous peuvent prospérer, en trouvant des points de contact, en bâtissant des ponts et avec une vision de projets inclusifs à long terme (cf. ibid., 216)

Alors que de nombreux pays sont en train de consolider des plans de reprise individuels, il reste un besoin urgent d’un plan mondial qui puisse créer ou régénérer les institutions existantes, en particulier celles de la gouvernance mondiale, et aider à construire un nouveau réseau de relations internationales pour promouvoir le développement humain intégral de tous les peuples. Cela signifie nécessairement donner aux nations plus pauvres et moins développées une participation effective à la prise de décision et faciliter l’accès au marché international. Un esprit de solidarité mondiale exige aussi au moins une réduction significative du poids de la dette des nations les plus pauvres, qui a été exacerbé par la pandémie. Soulager le poids de la dette de nombreux pays et communautés aujourd’hui est un geste profondément humain qui peut aider les personnes à se développer, à accéder aux vaccins, à la santé, à l’éducation et à l’emploi.

Nous ne pouvons pas non plus oublier une autre sorte de dette : la « dette écologique » qui existe surtout entre le nord et le sud du monde. En effet, nous avons une dette envers la nature elle-même, ainsi qu’envers les personnes et les pays affectés par la dégradation écologique d’origine humaine et par la perte de la biodiversité. A cet égard, je crois que l’industrie financière, qui se distingue par sa grande créativité, se montrera capable de développer des mécanismes agiles pour calculer cette dette écologique, afin que les pays développés puissent la payer, non seulement en limitant de manière significative leur consommation d’énergie non-renouvelable ou en assistant les pays pauvres à mettre en œuvre des politiques et des programmes de développement durable, mais également en couvrant les coûts de l’innovation requise à cet effet (cf. Laudato si’, 51-52).

Une estimation profonde de l’objectif et de la finalité essentiels de toute vie économique, à savoir le bien commun universel, est centrale pour un développement juste et intégré. Il s’ensuit que l’argent public ne peut jamais être dissocié du bien public et que les marchés financiers doivent être soutenus par des lois et des règlementations visant à garantir qu’ils travaillent vraiment pour le bien commun. Un engagement à une solidarité économique, financière et sociale implique beaucoup plus que de s’engager dans des actes sporadiques de générosité. « Cela signifie penser et agir en termes de communauté. Cela signifie que la vie de tous passe avant l’appropriation de biens par un petit nombre. Cela signifie également combattre les causes structurelles de la pauvreté, les inégalités, le manque de travail, de terre et de logement, la négation des droits sociaux et du travail… La solidarité, comprise dans sa signification la plus profonde, est une manière de faire l’histoire » (Fratelli tutti, 116).

Il est temps de reconnaître que les marchés – en particulier les marchés financiers – ne se gouvernent pas eux-mêmes. Les marchés ont besoin d’être soutenus par des lois et des réglementations qui assurent qu’ils travaillent pour le bien commun, garantissant que la finance – au lieu d’être purement spéculative ou de se financer elle-même – travaille pour les objectifs sociétaux tellement nécessaires dans le contexte actuel d’urgence sanitaire mondiale. A cet égard, nous avons surtout besoin d’une solidarité dans les vaccins financée de manière juste, car nous ne pouvons pas permettre à la loi du marché d’avoir la préséance sur la loi de l’amour et la santé de tous. Je lance ici un nouvel appel aux chefs de gouvernement, aux entreprises et aux organisations internationales afin qu’ils travaillent ensemble à fournir des vaccins pour tous, en particulier pour les plus vulnérables et les plus démunis (cf. Message Urbi et Orbi, Noël 2020).

Je souhaite que, pendant ces journées, vos délibérations formelles et vos rencontres personnelles portent beaucoup de fruit pour le discernement de solutions sages en vue d’un avenir plus inclusif et durable. Un avenir où la finance est au service du bien commun, où les personnes vulnérables et marginalisées sont placées au centre et où l’on prend bien soin de la terre, notre maison commune.

En formulant ma prière et mes meilleurs vœux pour que vos rencontres soient fructueuses, j’invoque sur tous ceux qui y participent les bénédictions divines de sagesse et de compréhension, de conseil, de force et de paix.
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Source : https://fr.zenit.org/
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