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(Philippe)


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 Discours à la Curie romaine : le pape appelle « un changement de mentalité pastorale »

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21122019
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Discours à la Curie romaine : le pape appelle « un changement de mentalité pastorale »  Discours-%C3%A0-la-Curie-romaine-No%C3%ABl-2019-%C2%A9-Vatican-Media



Dans son traditionnel discours de Noël à la Curie romaine, ce Samedi 21 décembre 2019, le pape François a expliqué les raisons profondes de la réforme engagée, dans un monde où la foi est souvent « niée, raillée, marginalisée et ridiculisée ». Pour mieux servir l’humanité, a-t-il précisé, il ne s’agit pas de « passer à une pastorale relativiste » mais de « se laisser interroger par les défis du temps présent et de les saisir ».

Discours du pape François :

« Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous » (Jn 1,14)

Chers frères et sœurs,

J’adresse une cordiale bienvenue à vous tous. Je remercie le Cardinal Angelo Sodano pour les paroles qu’il m’a adressées, et je voudrais surtout lui exprimer ma gratitude, ainsi qu’au nom des membres du Collège des Cardinaux, pour le précieux et ponctuel service de Doyen qu’il a accompli durant de longues années avec disponibilité, dévouement, efficacité et une grande capacité organisationnelle et de coordination. Avec cette manière d’agir de “notre peuple”, comme le dirait Nino Costa [écrivain piémontais]. Merci de tout cœur, Eminence! Maintenant il revient aux Cardinaux Evêques d’élire un nouveau Doyen ; j’espère qu’ils choisiront quelqu’un qui s’occupe à temps plein de cette charge très importante. Merci.

A vous tous ici présents, à vos collaborateurs, à toutes les personnes qui remplissent une fonction dans la Curie, de même qu’aux Représentants Pontificaux et à tous ceux qui collaborent avec eux, je souhaite de saintes et heureuses fêtes de Noël. J’ajoute aussi aux vœux, ma reconnaissance pour votre disponibilité quotidienne au service de l’Eglise. Merci beaucoup.

Cette année encore, le Seigneur nous offre l’occasion de nous rencontrer pour ce geste de communion qui renforce notre fraternité et qui s’enracine dans la contemplation de l’amour de Dieu qui se révèle à Noël. En effet, « la naissance du Christ – a écrit un mystique de notre époque – est le témoignage le plus fort et le plus éloquent de combien Dieu a aimé l’homme. Il l’a aimé d’un amour personnel. C’est pour cela qu’il a pris un corps humain, auquel il s’est uni et l’a fait sien pour toujours. La naissance du Christ est elle-même une “alliance d’amour” établie pour toujours entre Dieu et l’homme»[1]. Et saint Clément d’Alexandrie écrit : « C’est pour cela qu’il [le Christ] est descendu, pour cela qu’il a revêtu l’humanité, pour cela qu’il a souffert volontairement la condition des hommes, afin qu’après s’être confronté à notre faiblesse qu’il a aimée, il puisse, en échange, nous confronter à sa puissance »[2].

En considérant tant d’amour et tant de bienveillance, l’échange des vœux de Noël est aussi une occasion d’accueillir de nouveau son commandement : « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). En fait, ici, Jésus ne nous demande pas de l’aimer comme réponse à son amour pour nous ; il nous demande plutôt de nous aimer l’un l’autre avec son propre amour. Autrement dit, il nous demande d’être semblables à lui, parce qu’il s’est fait semblable à nous. Que la fête de Noël, donc, – exhorte le saint Cardinal Newman –  « nous trouve toujours plus semblables à Celui qui, en ce temps, est devenu enfant par amour pour nous ; que chaque nouveau Noël nous trouve plus simples, plus humbles, plus saints, plus charitables, plus résignés, plus heureux, plus remplis de Dieu »[3]. Et il ajoute : « Ce temps est celui de l’innocence, de la pureté, de la douceur, de la joie, de la paix »[4].

Le nom de Newman nous évoque aussi un de ses propos biens connus, presqu’un aphorisme, que l’on retrouve dans son ouvrage “Le développement de la doctrine chrétienne”, lequel s’insère historiquement et spirituellement au carrefour de son entrée dans l’Eglise Catholique. Il dit ceci : « Ici, sur terre, vivre c’est changer, et la perfection est le résultat de nombreuses transformations »[5]. Il ne s’agit évidemment pas de chercher le changement pour le changement, ou de suivre les modes, mais d’avoir la conviction que le développement et la croissance sont la caractéristique de la vie terrestre et humaine, alors que, dans la perspective du croyant, au centre de tout se trouve la stabilité de Dieu[6].

Pour Newman, le changement est une conversion, c’est-à-dire une transformation intérieure[7]. La vie chrétienne, en réalité, est un cheminement, un pèlerinage. L’histoire biblique est tout un cheminement marqué par des commencements et de nouveaux départs ; comme pour Abraham ; comme pour tous ceux qui, il y a deux mille ansen Galilée, se mirent en chemin pour suivre Jésus : « Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent » (Lc 5, 11). Depuis, l’histoire du peuple de Dieu – l’histoire de l’Eglise – est toujours marquée de départs, de déplacements, de changements. Le chemin, évidemment, n’est pas purement géographique, mais il est avant tout symbolique : c’est une invitation à découvrir le mouvement du cœur qui, paradoxalement, a besoin de sortir pour pouvoir rester, de changer pour pouvoir être fidèle[8].

Tout ceci a une importance particulière en notre époque, parce que ce temps que nous vivons n’est pas seulement une époque de changements, mais un véritable changement d’époque. Nous sommes donc dans l’un de ces moments où les changements ne sont plus linéaires, mais d’époque ; ils constituent des choix qui transforment rapidement notre mode de vivre, de tisser des relations, de communiquer et de penser, de se comporter entre générations humaines et de comprendre et vivre la foi et la science. Il arrive souvent de vivre le changement en se limitant à revêtir un vêtement nouveau et à rester, en fait, comme on était avant. Je me rappelle de l’expression énigmatique qu’on lit dans un célèbre roman italien : « Si nous voulons que tout reste tel quel, il faut que tout change » (Il Gattopardo de Giuseppe Tomasi di Lampedusa).

Le comportement sain est plutôt celui de se laisser interroger par les défis du temps présent et de les saisir grâce aux vertus de discernement, de parrhésie et d’hypomoné. Le changement, dans ce cas, assumerait un tout autre aspect : d’élément de contour, de contexte ou de prétexte, de paysage extérieur…, il deviendrait toujours plus humain et aussi plus chrétien. Il serait toujours un changement extérieur, mais accompli à partir du centre même de l’homme, c’est-à-dire une conversion anthropologique[9].

Nous devons engager des processus et non occuper des espaces : « Dieu se manifeste dans une révélation historique, dans le temps. Le temps initie les processus, l’espace les cristallise. Dieu se trouve dans le temps, dans les processus en cours. Il n’y a pas besoin de privilégier les espaces de pouvoir par rapport au temps, même long, des processus. Nous devons engager des processus, plutôt qu’occuper des espaces. Dieu se manifeste dans le temps, et il est présent dans les processus de l’histoire. Cela conduit à privilégier les actions qui génèrent des dynamiques nouvelles. Cela requiert patience et attente »[10]. Pour cela, nous sommes invités à lire les signes des temps avec les yeux de la foi, afin que la direction de ce changement « réveille des questions anciennes et nouvelles avec lesquelles il est juste et nécessaire de se confronter »[11].

En affrontant aujourd’hui le thème du changement, qui s’appuie principalement sur la fidélité au depositum fidei et sur la Tradition, je désire revenir sur la mise en œuvre de la réforme de la Curie romaine, en rappelant que cette réforme n’a jamais eu la prétention de faire comme si rien n’avait existé auparavant ; au contraire, l’accent a été mis sur la valorisation de tout ce qui a été bon au cours de la complexe histoire de la Curie. Il est juste d’en valoriser l’histoire afin de construire un avenir qui ait des bases solides, qui ait des racines et donc puisse être fécond. Faire appel à la mémoire ne veut pas dire s’ancrer dans l’auto-conservation, mais plutôt rappeler la vie et la vitalité d’un parcours en continuel développement. La mémoire n’est pas statique, mais elle est dynamique. Elle requiert, par nature, le mouvement. Et la tradition n’est pas statique, elle est dynamique, comme le disait ce grand homme [G. Mahler] : la tradition est la garantie du futur et non pas la gardienne des cendres.

Chers frères et sœurs,

Durant nos précédentes rencontres de Noël, je vous ai parlé des critères qui ont déjà inspiré ce travail de réforme. J’ai aussi encouragé certaines mise en œuvre qui ont été réalisées, soit définitivement, soit ad experimentum[12]. En 2017, j’ai souligné certaines nouveautés dans l’organisation de la Curie, comme, par exemple, la Troisième Section de la Secrétairerie d’Etat, qui se porte très bien ; ou bien les relations entre la Curie romaine et les Eglises particulières, tout en rappelant aussi l’antique pratique des Visites ad limina Apostolorum ; ou encore la structure de certains Dicastères, en particulier celui des Eglises Orientales et d’autres, pour le dialogue œcuménique et pour le dialogue interreligieux, particulièrement avec le judaïsme.

Dans la rencontre d’aujourd’hui, je voudrais me pencher sur certains autres Dicastères, en partant du cœur de la réforme, c’est-à-dire du premier et plus important devoir de l’Eglise : l’évangélisation. Saint Paul VI a affirmé qu’ « Evangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l’Eglise, son identité la plus profonde. Elle existe pour évangéliser »[13]. Evangelii nuntiandi, qui continue même aujourd’hui d’être le document pastoral le plus important de l’après Concile, et actuel. En réalité, l’objectif de la réforme actuelle est que « les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure ecclésiale devienne un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour l’auto-préservation. La réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 27). Et alors, nous inspirant de ce Magistère des Successeurs de Pierre depuis le Concile Vatican II jusqu’aujourd’hui, on a pensé proposer pour l’instruenda nouvelle Constitution apostolique sur la réforme de la Curie romaine, le titre de Praedicate evangelium. C’est-à-dire l’attitude missionnaire.

Voilà pourquoi ma pensée va aujourd’hui à certains Dicastères de la Curie romaine, qui ont déjà une référence explicite à tout cela dans leurs dénominations : la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, la Congrégation pour l’Evangélisation des peuples. Mais je pense aussi au Dicastère de la Communication et au Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral.

Quand ces deux premières Congrégations citées ont été instituées, on était à une époque où il était plus simple de distinguer deux versants assez bien définis : un monde chrétien d’une part, et un monde encore à évangéliser d’autre part. Maintenant, cette situation n’existe plus. Les populations qui n’ont pas encore reçu l’annonce de l’Evangile ne vivent plus du tout seulement sur les Continents non occidentaux, mais se trouvent partout, surtout dans les énormes concentrations urbaines qui demandent, en elles-mêmes, une pastorale spécifique. Dans les grandes villes, nous avons besoin d’autres “cartes”, d’autres paradigmes, qui nous aident à repositionner nos manières de penser et nos attitudes : frères et sœurs, nous ne sommes plus en chrétienté, nous ne le sommes plus ! Nous ne sommes plus les seuls aujourd’hui à produire la culture, ni les premiers, ni les plus écoutés[14]. Par conséquent, nous avons besoin d’un changement de mentalité pastorale, ce qui ne veut pas dire passer à une pastorale relativiste. Nous ne sommes plus dans un régime de chrétienté parce que la foi – spécialement en Europe, mais aussi dans une grande partie de l’Occident – ne constitue plus un présupposé évident du vivre-ensemble ; pire elle est souvent même niée, raillée, marginalisée et ridiculisée. Cela a été souligné par Benoît XVI lorsque, ouvrant l’Année de la Foi (2012), il écrivait : « Alors que dans le passé il était possible de reconnaître un tissu culturel unitaire, largement admis dans son renvoi aux contenus de la foi et aux valeurs inspirées par elle, aujourd’hui il ne semble plus en être ainsi dans de grands secteurs de la société, en raison d’une profonde crise de la foi qui a touché de nombreuses personnes »[15]. Et pour cette raison le Conseil Pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Evangélisation a été institué en 2010, afin de « promouvoir une évangélisation renouvelée dans les pays où a déjà retenti la première annonce de la foi et où sont présentes des Eglises d’antiques fondations, mais qui vivent une sécularisation progressive de la société et une sorte d’ “éclipse du sens de Dieu”, qui constituent un défi à trouver des moyens adaptés pour reproposer la vérité éternelle de l’Evangile du Christ »[16]. Parfois, j’en ai parlé avec certains d’entre vous… Je pense à cinq Pays qui ont rempli le monde de missionnaires – je vous ai dit lesquels – et aujourd’hui ils n’ont pas de ressources vocationnelles pour aller de l’avant. Et c’est le monde actuel.

La perception que le changement d’époque soulève une série d’interrogations concernant l’identité de notre foi n’est pas arrivée, il est vrai, soudainement[17]. Dans ce cadre s’est insérée aussi l’expression “nouvelle évangélisation” adoptée par saint Jean-Paul II, qui, dans l’Encyclique Redemptoris missio, écrivait : « L’Eglise doit affronter aujourd’hui d’autres défis, en avançant vers de nouvelles frontières tant pour la première mission ad gentes que pour la nouvelle évangélisation de peuples qui ont déjà reçu l’annonce du Christ » (n. 30). Une nouvelle évangélisation, ou ré-évangélisation (cf. n. 33) est nécessaire.

Tout cela implique nécessairement des changements et de nouvelles attentions, même dans les Dicastères susmentionnés, comme aussi dans toute la Curie[18].

Je voudrais aussi faire quelques considérations sur le Dicastère pour la Communication, d’institution récente. Nous sommes dans la perspective d’un changement d’époque, étant donné que « de vastes portions de l’humanité y sont plongées de manière ordinaire et continuelle. Il ne s’agit plus seulement d’”utiliser” des instruments de communication, mais de vivre dans une culture largement numérisée qui influence profondément les notions de temps et d’espace, la perception de soi, des autres et du monde, la façon de communiquer, d’apprendre, de s’informer et d’entrer en relation avec les autres. Une approche de la réalité qui tend à privilégier l’image par rapport à l’écoute et à la lecture a une incidence sur la façon d’apprendre et sur le développement du sens critique » (Exhort. ap. postsyn. Christus vivit, n. 86).

Au Dicastère pour la Communication a donc été confié la charge de regrouper dans une nouvelle institution les neuf entités qui s’occupaient précédemment, de différentes façons et selon différentes tâches, de la communication : le Conseil Pontifical des Communications Sociales, la Salle de Presse du Saint-Siège, la Typographie vaticane, la Librairie Éditrice Vaticane, L’Osservatore Romano, Radio Vatican, le Centre de Télévision du Vatican, le Service internet du Vatican, le Service Photographique. Toutefois, ce regroupement, conformément à ce qui a été dit, ne voulait pas être un simple regroupement “de coordination”, mais harmoniser les différentes composantes visant à produire une meilleure offre des services et à maintenir une ligne éditoriale cohérente.

La nouvelle culture, marquée par des facteurs de convergence et multimédia, a besoin d’une réponse adéquate de la part du Siège Apostolique en matière de communication. Aujourd’hui, par rapport aux services diversifiés, la forme multimédia prévaut, et cela marque aussi la manière de les concevoir, de les penser et de les mettre en œuvre. Tout cela implique, avec le changement culturel, une conversion institutionnelle et personnelle pour passer d’un travail à compartiments étanches – qui, dans les meilleurs cas, était quelque peu coordonnés – à un travail intrinsèquement connecté, en synergie.

Chers frères et sœurs,

beaucoup de choses dites jusqu’à présent valent aussi, dans le principe, pour le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral. Il a été, lui aussi, institué récemment afin de répondre aux changements intervenus au niveau global, en mettant en œuvre la confluence de quatre précédents Conseils Pontificaux : Justice et Paix, Cor Unum, Pastorale des Migrants et Pastorale des Services de la santé. La cohérence des tâches confiées à ce Dicastère est synthétiquement rappelée au début du Motu Proprio Humanam progressionem qui l’a institué : « Dans tout son être et par tout son agir, l’Église est appelée à promouvoir le développement intégral de l’homme à la lumière de l’Évangile. Ce développement se réalise à travers le soin que l’on porte aux biens incommensurables de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création ». Il est mis en œuvre dans le service des plus faibles et des marginalisés, en particulier les migrants forcés qui représentent en ce moment un cri dans le désert de notre humanité. L’Eglise est donc appelée à rappeler à tous qu’il ne s’agit pas seulement de questions sociales ou migratoires, mais de personnes humaines, de frères et sœurs qui sont aujourd’hui le symbole de tous les exclus de la société globalisée. Elle est appelée à témoigner que, pour Dieu, personne n’est “étranger” ou “exclu”. Elle est appelée à réveiller les consciences assoupies dans l’indifférence devant les réalités de la Mer Méditerranée devenue, pour beaucoup – pour trop – de personnes, un cimetière.

Je voudrais rappeler l’importance du caractère d’intégralité du développement. Saint Paul VI a affirmé que « le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme » (Enc. Populorum progressio, n. 14). En d’autres termes, enracinée dans sa tradition de foi et en se référant, au cours des dernières décennies, au magistère du Concile Vatican II, l’Eglise a toujours affirmé la grandeur de la vocation de tous les êtres humains, que Dieu a créés à son image et à sa ressemblance, pour qu’ils forment une seule famille ; et, dans le même temps, il a cherché à embrasser l’humain dans toutes ses dimensions.

C’est précisément cette exigence d’intégralité à nous proposer de nouveau aujourd’hui l’humanité qui nous rassemble en tant qu’enfants d’un seul Père. « Dans tout son être et par tout son agir, l’Église est appelée à promouvoir le développement intégral de l’homme à la lumière de l’Évangile » (M.P. Humanam progressionem). L’Evangile ramène toujours l’Eglise à la logique de l’incarnation, au Christ qui a assumé notre histoire, l’histoire de chacun de nous. Noël nous le rappelle. Alors, l’humanité est le chiffre distinctif avec lequel lire la réforme. L’humanité appelle, interpelle et provoque, c’est-à-dire appelle à sortir et à ne pas craindre le changement.

N’oublions pas que l’Enfant couché dans la crèche a le visage de nos frères et sœurs les plus nécessiteux, des pauvres qui « sont les privilégiés de ce mystère et, souvent, les plus aptes à reconnaître la présence de Dieu parmi nous » (Lett. ap. Admirabile signum, 1er décembre 2019, n. 6).

Chers frères et sœurs,

il s’agit donc de grands défis et d’équilibres nécessaires, souvent pas faciles à réaliser, pour le simple fait que, dans la tension entre un passé glorieux et un futur créatif et en mouvement, il y a le présent où se trouvent des personnes qui, nécessairement, ont besoin de temps pour acquérir la maturité ; il y a des circonstances historiques à gérer dans la quotidienneté, parce que, durant la réforme, le monde et les évènements ne s’arrêtent pas ; il y a des questions juridiques et institutionnelles qui seront résolues graduellement, sans formules magiques ou raccourcis.

Enfin, il y a la dimension du temps et il y a l’erreur humaine, avec lesquelles il n’est pas possible ni juste de ne pas faire face parce qu’elles font partie de l’histoire de chacun. Ne pas en tenir compte signifie faire les choses en faisant abstraction de l’histoire des hommes. Liée à ce difficile processus historique, il y a toujours la tentation de se replier sur le passé (même en usant de formulations nouvelles), car plus rassurant, connu et, sûrement, moins conflictuel. Cela aussi fait cependant partie du processus et du risque d’engager des changements significatifs[19].

Il faut mettre ici en garde contre la tentation de prendre une attitude de rigidité. La rigidité qui naît de la peur du changement et qui finit par disséminer des piquets et des obstacles sur le terrain du bien commun, en le transformant en champ miné d’incommunicabilité et de haine. Rappelons-nous toujours que derrière toute rigidité se trouve un certain déséquilibre. La rigidité et le déséquilibre s’alimentent mutuellement dans un cercle vicieux. Et aujourd’hui, cette tentation de la rigidité est devenue trop actuelle.

Chers frères et sœurs,

la Curie romaine n’est pas un corps détaché de la réalité – même si le risque est toujours présent –, mais doit être conçue et vécue dans l’aujourd’hui du chemin parcouru par les hommes et les femmes, dans la logique du changement d’époque. La Curie romaine n’est pas un immeuble ou une armoire pleine de vêtements à porter pour justifier un changement. La Curie romaine est un corps vivant, et elle l’est d’autant plus qu’elle vit l’intégralité de l’Evangile.

Le Cardinal Martini, dans sa dernière interview, à quelques jours de sa mort, a dit des paroles qui doivent nous interroger : « L’Eglise est restée en arrière de deux cents ans. Comment se fait-il qu’elle ne se secoue pas ? Avons-nous peur ? Peur au lieu du courage ? De toute façon, la foi est le fondement de l’Eglise. La foi, la confiance, le courage. […] Seul l’amour vainc la lassitude »[20].

Noël est la fête de l’amour de Dieu pour nous. L’amour divin qui inspire, dirige et corrige le changement et défait la peur humaine de laisser le “sûr” pour nous relancer dans le “mystère”.

Joyeux Noël à tous !

Dans la préparation à Noël, nous avons écouté les prédications sur la Sainte Mère de Dieu. Adressons-nous à elle avant la bénédiction.
[Je vous salue Marie et bénédiction]

Maintenant je voudrais vous donner un souvenir, un petit cadeau : deux livres. Le premier est le “document”, disons-le ainsi, que j’ai voulu faire pour le mois missionnaire extraordinaire [octobre 2019], et je l’ai fait en forme d’interview, Sans Lui nous ne pouvons rien faire. Une phrase m’a inspiré, je ne sais pas de qui, qui disait que lorsque le missionnaire arrive dans un endroit, il y a l’Esprit Saint qui l’y attend. C’est l’inspiration de ce document. Et le second est une retraite donnée aux prêtres récemment par le Père Luigi Maria Epicoco, une retraite aux prêtres, Quelqu’un à admirer. Je les donne de tout cœur pour qu’ils servent à toute la communauté. Merci !

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[1] Matta El Meskin, L’umanità di Dio, Qiqajon-Bose, Magnano 2015, p. 170-171.

[2] Qui dives salvetur 37, 1-6.

[3] Sermon “L’incarnazione, Mistero di grazia”: Parochial and Plain Sermons V, 7.

[4] Ibid., V, 97-98.

[5] Meditazioni e preghiere, a cura di G. Velocci, Milano 2002, p. 75.

[6] Dans une prière, Newman affirmait : « Il n’y a rien de stable, en dehors de toi, o mon Dieu. Tu es le centre et la vie de tous ceux qui changent, qui se confient en toi comme leur Père, qui ont les yeux tournés vers toi et sont fiers de se remettre en tes mains. Je sais, mon Dieu, que si je veux voir ta face, je dois changer » (ibid., p. 112).

[7] Newman le décrit ainsi : « Au moment de la conversion, je n’ai pas eu conscience d’un quelconque changement, intellectuel ou moral, qui soit advenu dans mon esprit… il me semblait retourner au port après une navigation orageuse ; et dès lors, mon bonheur a continué sans interruption jusqu’aujourd’hui » (Apologia pro vita sua, a cura di A. Bosi, Torino 1988, p. 360; cf. J. Honoré, Gli aforismi di Newman, LEV, Città del Vaticano 2010, p. 167).

[8] J.M. Bergoglio, Messaggio quaresimale ai sacerdoti e consacrati, 21 febbraio 2007, in Nei tuoi occhi è la mia parola, Milano, 2016, p. 501.

[9] Cf. Const. ap. Veritatis gaudium (27 décembre 2017), n. 3 : « Il s’agit, en définitive, de convertir le modèle de développement global et de redéfinir le progrès : le problème est que nous n’avons pas encore la culture nécessaire pour faire face à cette crise, et il faut des leaderships qui tracent des chemins ».

[10] Interview accordée au P. Antonio Spadaro : La Civiltà Cattolica, 19 septembre 2013, p. 468.

[11] Lettre au peuple de Dieu qui est en chemin en Allemagne, 29 juin 2019.

[12] Cf. Discours à la Curie, 22 décembre 2016.

[13] Exhort. ap. Evangeli nuntiandi (8 décembre 1975), n. 14. Saint Jean Paul II a écrit que l’évangélisation missionnaire « constitue le premier service que l’Eglise peut rendre à tout homme et à l’humanité entière dans le monde actuel, lequel connaît des conquêtes admirables mais semble avoir perdu le sens des réalités ultimes et de son existence même » (Enc. Redemptoris missio, 7 décembre 1990, n. 2).

[14] Cf. Discours aux participants au Congrès International de la Pastorale des Grandes Villes, Salle du Consistoire, 27 novembre 2014.

[15] Lett. ap. M.P. Porta fidei, n. 2.

[16] Benoît XVI, Homélie, 28 juin 2010 ; cf. Lett. ap. M.P. Ubicumque et semper, 17 octobre 2010.

[17] Le changement d’époque a été aussi perçu en France par le Card. Suhard (on pense à sa lettre pastorale Essor ou déclin de l’Église, 1947), et aussi à celui qui était alors Archevêque de Milan, J.B. Montini. Il se demandait même si l’Italie était encore un pays catholique (cf. Prolusione alla VIII Settimana nazionale di aggiornamento pastorale, 22 septembre 1958, dans Discorsi e Scritti milanesi, 1954-1963, vol. II, Brescia-Roma 1997, 2328).

[18] Saint Paul VI, il y a de cela environ cinquante ans, en présentant aux fidèles le nouveau Missel Romain, a rappelé l’équation entre la loi de la prière (lex orandi) et la loi de la foi (lex credendi) et a décrit le Missel come une “démonstration de fidélité et vitalité”. En concluant sa réflexion, il a affirmé : « Nous ne disons donc pas “nouvelle Messe”, mais plutôt “nouvelle époque” de la vie de l’Eglise » (Audience générale du 19 novembre 1969). C’est ce que, analogiquement, on pourrait aussi dire de notre cas : non pas une nouvelle Curie romaine, mais plutôt une nouvelle époque.

[19] Evangelii gaudium énonce la règle de « privilégier les actions qui génèrent les dynamismes nouveaux dans la société et impliquent d’autres personnes et groupes qui les développeront, jusqu’à ce qu’ils fructifient en évènement historiques importants. Sans inquiétude, mais avec des convictions claires et de la ténacité » (n. 223).

[20] Interview à Georg Sporschill, S.J. et à Federica Radice Fossati Confalonieri : “Corriere della Sera”, 1er septembre 2012.
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Source : https://fr.zenit.org/
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