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 Conférence de presse Antananarivo-Rome

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Le pape a répondu à une question d’un journaliste du Mozambique sur le processus de la paix dans son pays. Il a aussi donné deux commentaires sur la xénophobie et l’éducation des jeunes.

Pape François :

Le premier point, sur le processus de paix. Aujourd’hui, le Mozambique s’identifie avec un long processus de paix qui a eu ses hauts et ses bas, mais, à la fin, on est parvenu à cette étreinte historique. J’espère que cela continuera et je prie pour cela. J’invite tout le monde à faire cet effort afin que ce processus de paix se poursuive. Parce qu’avec la guerre, on perd tout, mais on gagne tout avec la paix, a dit un pape avant moi. Cette devise est claire, il ne faut pas l’oublier. C’est un long processus de paix parce qu’il a connu une première phase, puis c’est tombé, puis une autre phase… Et l’effort des chefs des partis adverses, pour ne pas dire ennemis, pour se rencontrer entre eux a été aussi un effort dangereux, certains ont risqué leur vie… Mais à la fin, nous y sommes arrivés. Je voudrais remercier toutes les personnes qui ont aidé dans ce processus de paix. Depuis le commencement, dans un café de Rome : il y avait quelques personnes qui parlaient, il y avait un prêtre de la Communauté de Sant’Egidio, qui sera créé cardinal le 5 octobre prochain… C’est là que cela a commencé… Et puis, avec l’aide de beaucoup, y compris de la Communauté de Sant’Egidio, ils sont parvenus à ce résultat. Nous ne devons pas faire du triomphalisme dans ce domaine. Le triomphe, c’est la paix. Nous n’avons pas le droit de faire du triomphalisme parce que la paix est encore fragile dans ton pays, comme elle est fragile dans le monde et il faut la traiter comme on traite ce qui vient de naître, comme les enfants, avec beaucoup, beaucoup de tendresse, avec beaucoup de délicatesse, avec beaucoup de pardon, avec beaucoup de patience, pour la faire grandir jusqu’à ce qu’elle devienne robuste. Mais c’est le triomphe du pays: la paix est la victoire du pays, nous devons reconnaître cela.

Et cela vaut pour tous les pays, pour tous les pays qui se détruisent avec la guerre. Les guerres détruisent, elles font tout perdre. Je m’étends un peu sur ce thème de la paix parce qu’il me tient à cœur. Quand il y a eu la célébration, il y a quelques mois, du débarquement en Normandie, oui, c’est vrai, il y avait des chefs de gouvernement qui faisaient mémoire de ce qui avait été le début de la fin d’une guerre cruelle, et aussi d’une dictature inhumaine et cruelle comme le nazisme et le fascisme… Mais 46 000 soldats sont restés sur cette plage ! Le coût de la guerre ! Je vous confesse que lorsque je suis allé à Redipuglia pour le centenaire de la Première Guerre mondiale, voir ce mémorial, j’ai pleuré. S’il vous plaît, plus jamais la guerre ! Quand je suis allé à Anzio célébrer la journée des défunts, c’est ce que je ressentais dans mon cœur… Mais nous devons travailler pour créer cette conscience que les guerres ne résolvent rien, au contraire, elles font gagner les personnes qui ne veulent pas le bien de l’humanité. Excusez-moi pour cet ajout, mais il faut que je le dise, devant un processus de paix pour lequel je prie et je ferai tout pour qu’il progresse et je vous souhaite qu’il grandisse en se fortifiant.

La question des jeunes. L’Afrique est un continent jeune, il a une jeune vie. Si nous comparons avec l’Europe, je répéterai ce que j’ai dit à Strasbourg : la mère Europe est presque devenue la « grand-mère Europe », elle a vieilli, nous vivons un hiver démographique très grave en Europe. J’ai lu – je ne sais plus dans quel pays, mais ce sont des statistiques officielles du gouvernement de ce pays – qu’en 2050, dans ce pays, il y aura plus de retraités que de personnes dans la vie active. C’est tragique. Quelle est l’origine de ce vieillissement de l’Europe ? Je pense – c’est une opinion personnelle – qu’à la racine, il y a le bien-être. S’attacher au bien-être : « Oui, mais nous allons bien, je ne fais pas d’enfants parce que je dois m’acheter une maison, faire du tourisme, ceci, cela… Je vais bien comme cela, un enfant c’est un risque, on ne sait jamais.. ». Bien-être et tranquillité, mais un bien-être qui te fait vieillir. L’Afrique, elle, est pleine de vie. En Afrique, j’ai trouvé un geste que j’avais vu aux Philippines et à Carthagène, en Colombie. Les gens qui tiennent leurs enfants à bout de bras, pour te faire voir leurs enfants : « C’est mon trésor, c’est ma victoire ». La fierté. C’est le trésor des pauvres, l’enfant. Mais c’est le trésor d’une patrie, d’un pays. Le même geste, je l’ai vue en Europe orientale, à Iasci, surtout cette grand-mère qui faisait voir son enfant : « C’est mon triomphe… ». Vous avez le défi d’éduquer ces jeunes et de faire des lois pour ces jeunes. En ce moment, l’éducation est prioritaire dans ton pays. Il est prioritaire de le faire grandir avec des lois sur l’éducation. Le premier ministre de l’Île Maurice m’en a parlé et il disait que le défi qu’il avait à l’esprit était de développer le système éducatif gratuit pour tous. La gratuité du système éducatif : c’est important, parce qu’il y a des centres d’éducation de haut niveau, mais ils sont payants. Des centres éducatifs, il y en a dans tous les pays, mais il faut les multiplier, pour que l’éducation parvienne à tous. Les lois sur l’éducation. Santé et éducation sont des éléments-clés en ce moment dans ces pays.

Le troisième point : la xénophobie. J’ai lu dans les journaux des choses sur ce problème de la xénophobie, mais ce n’est pas seulement le problème de l’Afrique. C’est un problème, une maladie humaine, comme la rougeole… C’est une maladie qui vient, entre dans un pays, dans un continent… Et nous mettons des murs ; et les murs laissent seuls ceux qui les construisent. Oui, ils laissent beaucoup de personnes au-dehors, mais ceux qui restent à l’intérieur des murs demeureront seuls et, à la fin de l’histoire, ils seront vaincus par des invasions puissantes. La xénophobie est une maladie, une maladie qui se donne des justifications : la pureté de la race, par exemple, pour mentionner une xénophobie du siècle dernier. Et les xénophobies surfent parfois sur les fameux populismes politiques. La semaine dernière, ou celle d’avant, j’ai dit que parfois, j’entends des discours qui ressemblent à ceux de Hitler en 1934. On voit qu’il y a un refrain en Europe… Mais vous aussi, en Afrique, vous avez un autre problème culturel que vous devez résoudre. Je me souviens que j’en ai parlé au Kenya : le tribalisme. Il faut ici un travail d’éducation, de rapprochement entre les différentes tribus pour faire une nation. Nous avons commémoré le 25e anniversaire de la tragédie du Ruanda récemment : c’est un effet du tribalisme. Je me souviens au Kenya, au stade, quand j’ai demandé à tout le monde de se lever en se donnant la main et de dire « non au tribalisme, non au tribalisme ! ». Nous devons dire non. Cela aussi, c’est une fermeture, et aussi une xénophobie, une xénophobie domestique, mais c’est quand même une xénophobie. Il faut combattre cela : que ce soit la xénophobie d’un pays à l’égard d’un autre, ou la xénophobie interne qui, dans le cas de certains lieux en Afrique, avec le tribalisme, nous conduisent à des tragédies comme celle du Ruanda, par exemple.

Réponse du pape à une question d’un journaliste de Madagascar sur l’accompagnement des jeunes par l’Église :

Pape François :

La famille est certainement un élément-clé, dans l’éducation des enfants. La façon de s’exprimer des jeunes est touchante, nous l’avons vu à Madagascar et nous l’avons aussi vu à l’île Maurice, et au Mozambique lors de la rencontre interreligieuse des jeunes pour la paix. Donner des valeurs aux jeunes, les faire grandir. À Madagascar, le problème de la famille est lié à celui de la pauvreté, du manque de travail et aussi parfois de l’exploitation du travail par de nombreuses entreprises. Par exemple, dans la carrière de granit [à Antananarivo], les personnes qui y travaillent gagnent un dollar et demi par jour. Et les lois sur le travail, les lois qui protègent la famille, c’est fondamental. Et aussi les valeurs familiales, il y en a, il y en a, mais parfois elles sont détruites par la pauvreté, non pas les valeurs, mais la possibilité de les transmettre et de veiller à l’éducation des jeunes, à les faire grandir. À Madagascar, nous avons vu l’œuvre d’Akamasoa : le travail avec les enfants, pour que les enfants puissent vivre dans une famille, qui n’est pas leur famille naturelle, c’est vrai, mais c’est la seule possibilité.

Hier, à l’île Maurice, après la messe, j’ai trouvé Mgr Rueda avec un policier, grand, qui tenait une petite fille dans les bras, elle avait plus ou moins deux ans. Elle s’était perdue et pleurait parce qu’on ne trouvait pas ses parents. La police a fait une annonce pour qu’ils se manifestent, et en attendant, ils la caressaient. Et j’ai vu là le drame de tous ces enfants et ces jeunes qui perdent le lien familial, bien qu’ils vivent dans leur famille, mais à un moment, ils le perdent.. Dans ce cas-ci, c’est seulement un incident. Et aussi le rôle de l’État pour les soutenir et les faire grandir. L’État doit prendre soin de la famille et des jeunes : c’est un devoir de l’État, un devoir de les aider à grandir. Ensuite, je le redis, pour une famille, c’est un trésor d’avoir un enfant. Et vous avez cette conscience, vous avez la conscience de ce trésor. Mais maintenant, il est nécessaire que toute la société ait conscience de faire grandir ce trésor, pour faire grandir le pays, la patrie, les valeurs qui donneront une souveraineté à la patrie. Je ne sais pas si j’ai plus ou moins répondu. Une chose m’a frappé chez les enfants, dans les trois pays : ils saluaient. Il y avait même de tout petits enfants qui saluaient : ils participaient à la joie. Je voudrais parler ensuite de la joie. Merci.

Le pape a répondu à une question d’un journaliste de l’île Maurice sur le sort du peuple de Chagos, en exil forcé depuis des années, qui veut retourner sur sa terre.

Réponse du pape François :

Je voudrais réaffirmer la Doctrine de l’Église sur ce point. Les organisations internationales, quand nous les reconnaissons et que nous leur donnons la capacité de juger au niveau international – pensons au Tribunal international de La Haye ou aux Nations Unies -, lorsqu’elles se prononcent, si nous sommes une unique humanité, nous devons obéir. Il est vrai que les choses qui semblent justes pour toute l’humanité ne seront pas toujours justes pour nos poches, mais il faut obéir aux institutions internationales. C’est pour cela qu’on été créées les Nations Unies, qu’on été créés les tribunaux internationaux, afin que lorsqu’il y a un conflit interne ou entre les pays, on y aille pour le résoudre comme des frères, comme des pays civilisés.

Il y a ensuite un autre phénomène qui, je ne sais pas, je le dis clairement, je ne sais pas si cela peut s’appliquer à ce cas. Maintenant le cas particulier, je le laisse de côté. J’ai dit qu’il me semble juste de se référer aux organisations internationales. Mais il y a un phénomène. Lorsque se produit la libération d’un peuple et que l’État dominant voit qu’il doit s’en aller – en Afrique, il y a eu de nombreuses libérations de la France, de la Grande-Bretagne, de la Belgique, de l’Italie… ils ont dû s’en aller -, certaines se sont bien passées, mais il y a toujours la tentation de s’en aller « en se remplissant les poches ». Oui, j’accorde la libération à ce peuple, mais j’emporte avec moi « quelques miettes »… Par exemple, je donne la libération à ce pays, mais « au-dessus du sol » : le sous-sol reste à moi. C’est un exemple, je ne sais pas si c’est vrai, mais c’est pour donner un exemple. Il y a toujours cette tentation. Je crois que les organisations internationales doivent mettre aussi en place un processus d’accompagnement, en reconnaissant aux puissances dominantes ce qu’elles ont fait pour ce pays et en reconnaissant leur bonne volonté de s’en aller, et en les aidant afin qu’elles partent complètement, dans la liberté et la fraternité. C’est un lent travail culturel de l’humanité et en cela, les institutions internationales nous aident beaucoup, toujours, et nous devons avancer en renforçant les institutions internationales : les Nations Unies pour qu’elles retrouvent cet esprit…, l’Union européenne pour qu’elle soit plus forte, non pas dans le sens de la domination, mais dans le sens de la justice, la fraternité, l’unité pour tous. Je crois que c’est une des choses importantes.

Mais je voudrais ajouter quelque chose en profitant de votre intervention. Aujourd’hui, il n’y a pas de colonisations géographiques – au moins pas trop… –, mais il y a des colonisations idéologiques, qui veulent entrer dans la culture des peuples et changer cette culture et homogénéiser l’humanité. C’est l’image de la mondialisation comme une sphère : tous égaux, tous les points équidistants du centre. Mais la véritable mondialisation n’est pas une sphère, c’est un polyèdre où tous les peuples, toutes les nations conservent leur propre identité tout en s’unissant à toute l’humanité. En revanche, la colonisation idéologique cherche à effacer l’identité des autres pour les rendre égaux ; et ils viennent avec des propositions idéologiques qui vont à l’encontre de la nature de ce peuple, contre l’histoire de ce peuple, contre les valeurs de ce peuple. Nous devons respecter l’identité des peuples. C’est une prémisse qu’il faut toujours défendre. L’identité des peuples doit être respectée, et c’est ainsi que nous chassons toutes les idéologies. Merci.

Oui, avant de donner la parole à EFE – qui est la privilégiée de ce voyage : elle est « vieille », elle a 80 ans ! – je voudrais dire quelque chose de plus sur le voyage, quelque chose qui m’a beaucoup frappé. De ton pays [Maurice], ce qui m’a beaucoup frappé, c’est la capacité d’unité interreligieuse, de dialogue interreligieux. On n’annule pas la différence des religions, mais on souligne que nous sommes tous frères, que nous devons tous parler. Et c’est un signe de maturité de ton pays. En parlant avec le premier ministre, hier, j’ai été frappé de voir comment ils ont élaboré cette réalité et la vivent comme une nécessité de coexistence. Il y a aussi une commission inter-cultuelle qui se réunit… La première chose que j’ai trouvée hier, en entrant dans l’évêché – c’est une anecdote – c’est un magnifique bouquet de fleurs. Qui l’a envoyé ? Le Grand Imam. Oui, des frères : la fraternité humaine qui est à la base et qui respecte toutes les croyances. Le respect religieux est important, c’est pourquoi je dis aux missionnaires : « Ne faites pas de prosélytisme ». Le prosélytisme vaut pour la politique, pour le monde du sport – mon équipe, la tienne… – c’est valable pour tout cela, mais pas pour la foi. « Mais pour vous, pape, que signifie évangéliser ? ». Il y a une phrase de saint François qui m’a beaucoup éclairé. François d’Assise disait à ses frères : « Apportez l’Évangile, et si nécessaire par les paroles aussi ». Cela signifie qu’évangéliser, c’est ce que nous lisons dans les Actes des Apôtres : le témoignage. Et ce témoignage provoque une question : « Mais toi, pourquoi vis-tu ainsi, pourquoi fais-tu cela ? ». Alors j’explique : « Pour l’Évangile ». L’annonce vient après le témoignage. Avant, tu vis en chrétien et, si on te demande, tu annonces. Le témoignage est le premier pas, et le protagoniste de l’évangélisation n’est pas le missionnaire, mais l’Esprit Saint qui pousse les chrétiens et les missionnaires à rendre témoignage. Les questions viendront ensuite ou elles ne viendront pas, mais le témoignage de la vie, c’est cela le premier pas. C’est important pour éviter le prosélytisme. Quand vous voyez des propositions religieuses qui vont dans la voie du prosélytisme, elles ne sont pas chrétiennes. Elles cherchent des prosélytes, pas des adorateurs de Dieu en vérité, à partir du témoignage. Je saisis cette occasion de dire cela à propos de votre expérience interreligieuse qui est si belle. Et le premier ministre m’a aussi dit que quand l’un demande de l’aide, on donne également à tous et personne n’est offensé parce qu’ils se sentent frères. Et cela fait l’unité du pays. C’est très, très important. Ensuite, dans les rencontres, il n’y avait pas seulement des catholiques, il y avait des chrétiens d’autres confessions et de musulmans, des hindous, mais tous étaient frères. J’ai aussi vu cela à Madagascar et aussi [au Mozambique], lors de la rencontre interreligieuse des jeunes pour la paix, où les jeunes de différentes religions ont voulu exprimer comment ils vivent leur désir de paix. Paix, fraternité, coexistence interreligieuse, pas de prosélytisme. Ce sont des choses que nous devons apprendre pour la coexistence. C’est quelque chose que je dois dire

Et puis une autre chose qui m’a frappé – et je me réfère à cette rencontre dans ton pays et ensuite dans les trois pays, mais j’en prends un, Madagascar, parce que nous sommes partis de là – : le peuple. Le peuple était dans les rues, le peuple autoconvonqué. À la messe, au stade, sous la pluie, il y avait le peuple, et il dansait sous la pluie, il était heureux. Heureux, je reprendrai cela après. Et aussi pendant la veillée nocturne [des jeunes à Madagascar] et à la messe – on dit qu’il y avait plus d’un million de personnes (je ne sais pas, ce sont les statistiques officielles qui le disent, je vais un peu au-dessous, disons huit cents milles), mais le nombre n’a pas d’importance, ce qui nous intéresse, c’est le peuple, les gens qui sont venus à pied depuis l’après-midi d’avant, qui étaient à la veillée et qui ont dormi sur place. J’ai pensé à Rio de Janeiro en 2013, quand ils dormaient sur la plage. C’était le peuple qui voulait être avec le pape. Je me suis senti humble et tout petit devant cette grandeur de la « souveraineté » populaire. Et quel est le signe qui montre qu’un groupe de gens forme un peuple ? La joie. Il y avait des pauvres, il y avait des gens qui n’avaient pas mangé cet après-midi-là pour être sur place, mais ils étaient joyeux. En revanche, quand les personnes ou les groupes s’éloignent de ce sens populaire de la joie, ils perdent la joie. C’est un des premiers signes, la tristesse des personnes seules, la tristesse de ceux qui ont oublié leurs racines culturelles. Avoir conscience d’être un peuple, c’est avoir conscience d’avoir une identité, d’avoir une façon de comprendre la réalité, et cela rapproche les gens. Mais le signe que tu es dans le peuple, et non dans une élite, c’est la joie, la joie commune. Je tenais à souligner cela. Et c’est pour cette raison que les enfants saluaient ainsi, parce que leurs parents transmettaient leur joie.

Merci ! C’est ce que je voulais dire sur ce voyage, ensuite, s’il me vient à l’esprit quelque chose d’autre, je le dirai. Et maintenant, la « privilégiée » !

Question d’une journaliste de l’agence espagnole EFE, qui fête le 80e anniversaire de sa fondation : « Comment voyez-vous l’information du futur? ».

Réponse du pape François :

Il me faudrait une boule de cristal !… J’irai en Espagne, si je vis, mais la priorité des voyages en Europe est pour les petits pays, ensuite les plus grands.

Je ne sais pas à quoi ressemblera la communication du futur. Pensons à ce qu’était, par exemple, la communication quand j’étais enfant, encore sans télévision, avec la radio, le journal, et aussi le journal clandestin qui était poursuivi par le gouvernement en place, qui était vendu la nuit par des bénévoles… et aussi la communication orale. Si nous comparons avec celle-ci, c’était une information précaire, et celle d’aujourd’hui sera peut-être précaire comparée à celle de l’avenir. Ce qui demeure une constante de la communication, c’est la capacité à transmettre un fait, et à le distinguer du récit, du discours rapporté. Une des choses qui nuit à la communication du passé, du présent et du futur, c’est ce qui est rapporté. Il y a une très belle étude, sortie il y a trois ans, de Simone Paganini, un chercheur de l’Université d’Aix-la-Chapelle (en Allemagne) ; il parle du mouvement de la communication entre celui qui écrit, ce qui est écrit et le lecteur. La communication risque toujours de passer du fait à ce qui est rapporté et cela ruine la communication. C’est important que le fait reste et de toujours s’approcher du fait. Je le vois aussi à la Curie : il y a un fait et puis chacun le décore en y mettant du sien, sans mauvaise intention, c’est la dynamique. Par conséquent l’ascèse du communiquant est toujours de revenir au fait, de rapporter le fait et de dire ensuite : « voici mon interprétation, on m’a dit cela », en distinguant le fait de ce qui est rapporté. Il y a longtemps, on m’a raconté l’histoire du Petit Chaperon rouge, mais sur la base de ce qui était raconté, et cela finissait avec le Petit Chaperon rouge et la grand-mère qui mettaient le loup dans la casserole et qui le mangeaient ! Le récit changeait les choses. Quel que soit le moyen de communication, la garantie est la fidélité. Peut-on utiliser l’expression « On dit que » ? Oui, on peut l’employer dans la communication, mais en restant toujours sur ses gardes afin de constater l’objectivité du « on dit que ». C’est une des valeurs qu’il faut poursuivre dans la communication.

En second lieu, la communication doit être humaine et, en disant humaine, je veux dire constructive, c’est-à-dire qu’elle doit faire grandir l’autre. Une communication ne peut être employée comme un instrument de guerre, parce qu’elle est anti-humaine, elle détruit. Récemment, j’ai passé au père Rueda un article que j’ai trouvé dans une revue, intitulé « Les gouttes d’arsenic de la langue ». La communication doit être au service de la construction, et non de la destruction. Et quand la communication est-elle au service de la destruction ? Quand elle défend des projets qui ne sont pas humains. Pensons à la propagande des dictatures du siècle passé, c’était des dictatures qui savaient bien communiquer, mais qui fomentaient la guerre, les divisions et la destruction. Je ne sais que dire techniquement, parce que je ne suis pas fort dans cette matière. J’ai voulu souligner des valeurs auxquelles la communication, quel que soit le moyen qu’elle emploie, doit toujours rester cohérente.

Réponse à une question d’une journaliste sur la protection de l’environnement et la responsabilité des gouvernements des pays de l’Amazonie :

Réponse du pape François :

Je reviens sur l’Afrique. C’est quelque chose que j’ai dit lors d’un autre voyage. Il y a un slogan dans l’inconscient collectif : l’Afrique doit être exploitée. C’est inconscient. Nous ne nous disons jamais : l’Europe doit être exploitée, non. L’Afrique doit être exploitée. Et nous devons libérer l’humanité de cet inconscient collectif. Le point le plus fort de l’exploitation, non seulement en Afrique, mais dans le monde, est l’environnement, la déforestation, la destruction de la biodiversité. Il y a deux mois, j’ai reçu les chapelains du monde de la mer et, à l’audience, il y avait sept jeunes pêcheurs qui pêchaient avec une barque qui n’était pas plus longue que cet avion. Ils pêchaient avec des moyens mécaniques, comme on en utilise actuellement, un peu aventuriers. Ils m’ont dit ceci : depuis quelques mois jusqu’à aujourd’hui, nous avons pris six tonnes de plastique. (Au Vatican, nous avons interdit le plastique, nous faisons ce travail). Six tonnes de plastique ! C’est une réalité, rien que pour la mer… L’intention de prière du pape de ce mois est précisément la protection des océans, qui nous donnent aussi l’oxygène que nous respirons. Et puis il y a les grands « poumons » de l’humanité, l’un en Afrique centrale, l’autre au Brésil, toute la zone panamazonienne ; et puis il y en a un autre, je ne me souviens pas où… Il y a aussi de petits poumons du même genre. Défendre l’écologie, la biodiversité, qui est notre vie, défendre l’oxygène. Cela me fait espérer que le combat le plus grand pour la biodiversité, pour la défense de l’environnement, ce soit les jeunes qui le mènent. Ils ont une grande conscience, parce qu’ils disent : l’avenir nous appartient ; vous, avec le vôtre, faites ce que vous voulez, mais pas avec le nôtre ! Ils commencent un peu à raisonner ainsi. Je crois que cela a été un bon pas en avant d’être parvenus à l’Accord de Paris. Et puis le dernier, de Marrakech… Ce sont des rencontres qui aident à prendre conscience. Mais l’année dernière, en été, quand j’ai vu cette photo du bateau qui naviguait au Pôle Nord comme si de rien n’était, cela m’a angoissé.

Récemment, il y a quelques mois, nous avons tous vu la photo de l’acte funèbre qu’ont fait, je crois au Groenland, sur ce glacier qui avait déjà disparu, on a fait un acte funèbre symbolique pour attirer l’attention. Cela se produit rapidement, il faut en prendre conscience, en commençant par les petites choses. Mais votre question était : les gouvernants font-ils tout leur possible ? Certains plus, certains moins. Et là, je dois dire quelque chose, qui est à la base de l’exploitation de l’environnement… (J’ai été ému par l’article dans « Il Messaggero » du 4 septembre, le jour de notre départ, où Franca Giansoldati n’a pas lésiné sur les mots, elle a parlé de manœuvres de destruction, de rapacité… Mais ce n’est pas seulement en Afrique, mais aussi dans nos villes, dans nos civilisations). Le mot terrible, terrible est celui de « corruption ». J’ai besoin de faire ces affaires, mais pour cela je dois exploiter la forêt et j’ai besoin du permis du gouvernement, du gouvernement provincial, national, je ne sais pas, et je vais voir le responsable et la question – je répète littéralement ce que m’a dit un entrepreneur espagnol – la question qui nous est posée quand nous voulons être approuvés pour un projet est celle-ci : « Combien pour moi ? », ouvertement. Cela se passe en Afrique, en Amérique latine et même en Europe. Partout, quand on prend la responsabilité sociale et politique comme un gain personnel, on exploite les valeurs, la nature et les gens. Et nous nous disons : « L’Afrique doit être exploitée ». Mais pensons à tous les ouvriers exploités dans nos sociétés : le « caporalato » (exploitation illicite de main-d’œuvre, en général agricole, ndr) n’a pas été inventé par les Africains, nous l’avons en Europe. La domestique payée un tiers de ce qui est dû, ce ne sont pas les Africains qui l’ont inventé ; les femmes trompées et exploitées pour se prostituer dans nos villes, ce ne sont pas les Africains qui l’ont inventé. Chez nous aussi, il existe cette exploitation non seulement de l’environnement mais aussi humaine. Et cela, par corruption. Quand la corruption entre dans le cœur, préparons-nous, parce que tout peut arriver.

Réponse à une question d’un journaliste américain sur les critiques du pape François aux États-Unis et à la curie ainsi que sur la possibilité d’un schisme dans l’Église américaine :

Réponse du pape François :

Tout d’abord, les critiques aident toujours, toujours. Quand on reçoit une critique, il faut toujours faire une autocritique et dire : est-ce vrai ou non ? Jusqu’où ? Je tire toujours avantage des critiques, toujours. Parfois, cela te met en colère, mais il y a des avantages. Au cours du voyage à l’aller à Maputo quelqu’un… – c’est toi qui m’as donné le livre ? – l’un d’entre vous m’a donné ce livre en français… « L’Église américaine attaque le pape », non ? « Le pape sous l’attaque des Américains »… [Quelqu’un dit : « Comment les Américains veulent changer le pape »]… C’est cela. Vous m’en avez donné un exemplaire. J’avais entendu parler de ce livre, mais je ne l’avais pas lu. Les critiques ne viennent pas seulement des Américains, mais d’un peu partout, y compris à la Curie. Au moins ceux qui les disent ont l’avantage de l’honnêteté de le dire. J’aime cela. Je n’aime pas quand les critiques sont sous la table et qu’on te fait un sourire qui te fait voir les dents et ensuite on te donne un coup de poignard dans le dos. Cela n’est pas loyal, ce n’est pas humain. La critique est un élément de construction et si ta critique n’est pas juste, tu es prêt à recevoir la réponse et à entrer en dialogue, en discussion, pour arriver à un juste point. C’est cela, la dynamique de la véritable critique. En revanche la critique des « pilules d’arsenic », dont nous parlions, de cet article que j’ai donné au père Rueda, c’est un peu jeter la pierre en cachant la main. Cela ne sert à rien, cela n’aide pas. Cela aide les petits groupes fermés qui ne veulent pas entendre de réponse à leur critique. Une critique qui ne veut pas entendre de réponse, c’est jeter la pierre en cachant la main. En revanche, une critique loyale : « Je pense ceci, ceci et cela », et qui est ouverte à la réponse, cela construit, cela aide. Face au cas du pape : « Cette chose du pape ne me plaît pas », je lui exprime ma critique, j’attends la réponse, je vais le voir, je parle, j’écris un article auquel je lui demande de répondre, ceci est loyal, c’est aimer l’Église. Faire une critique sans vouloir entendre la réponse et sans dialogue, ce n’est pas aimer l’Église, c’est suivre une idée fixe : changer le pape, ou faire un schisme, je ne sais pas. C’est clair : une critique loyale est toujours bien acceptée, au moins par moi.

Deuxièmement, le problème du schisme : dans l’Église, il y a eu de nombreux schismes. Après Vatican I, le dernier vote, celui sur l’infaillibilité, un bon groupe est parti, s’est détaché de l’Église et a fondé les vétéro-catholiques pour être vraiment « honnêtes » avec la tradition de l’Église. Ensuite, eux-mêmes ont trouvé un développement différent et maintenant, ils ordonnent des femmes ; mais à ce moment-là, ils étaient rigides, ils suivaient une certaine orthodoxie et pensaient que le Concile se trompait. Un autre groupe est parti sans voter, en silence, mais ils n’ont pas voulu voter. Vatican II a provoqué ces choses, peut-être le détachement le plus connu est-il celui de Lefebvre. Il y a toujours l’option schismatique dans l’Église, toujours. C’est une des options que le Seigneur laisse toujours à la liberté humaine. Je n’ai pas peur des schismes, je prie pour qu’il n’y en ait pas, parce que c’est la santé spirituelle de beaucoup qui est en jeu. Qu’il y ait un dialogue, qu’il y ait la correction s’il y a des erreurs, mais le chemin du schisme n’est pas chrétien. Pensons aux débuts de l’Église, comment cela a commencé avec tant de schismes, l’un après l’autre, il suffit de lire l’histoire de l’Église : ariens, gnostiques, monophysites…

Ensuite, il me vient à l’esprit une anecdote que j’ai parfois racontée. C’est le peuple de Dieu qui a sauvé des schismes. Les schismatiques ont toujours quelque chose en commun : ils se détachent du peuple, de la foi du peuple de Dieu. Et quand, au Concile d’Éphèse, a eu lieu la discussion sur la maternité divine de Marie, le peuple – c’est historique – se tenait à l’entrée de la cathédrale lorsque les évêques entraient pour se réunir en concile, ils se tenaient là avec des bâtons, ils montraient leurs bâtons en criant : « Mère de Dieu ! Mère de Dieu » », comme pour dire : si ne faites pas cela, on vous attend… Le peuple de Dieu ajuste toujours les choses et il aide. Un schisme est toujours un détachement élitiste provoqué par l’idéologie détachée de la doctrine. C’est une idéologie, peut-être juste, mais qui entre dans la doctrine et la détache et elle devient « doctrine » pendant un certain temps. C’est pourquoi je prie pour qu’il n’y ait pas de schismes, mais je n’ai pas peur.

Que faire pour aider ?… Ce que je suis en train de dire : ne pas avoir peur… Je réponds aux critiques, c’est ce que je fais. Peut-être que, si quelqu’un a une idée de ce que je dois faire, je le ferai, pour aider… Mais c’est un des résultats de Vatican II, pas de ce pape ou d’un autre pape… Par exemple, ce que je dis sur les questions sociales, c’est ce qu’a dit Jean-Paul II, la même chose. Je le copie. Mais on dit : « Le pape est trop communiste… ». Il y a des idéologies qui entrent dans la doctrine et quand la doctrine glisse dans les idéologies, il y a la possibilité d’un schisme. Et il y a aussi l’idéologie behavioriste, c’est-à-dire le primat d’une morale aseptisée sur la morale du peuple de Dieu. Les pasteurs doivent conduire le troupeau entre la grâce et le péché, parce que c’est cela, la morale évangélique. En revanche, une morale d’une idéologie pélagianiste, pour ainsi dire, te conduit à la rigidité, et aujourd’hui, nous avons beaucoup d’écoles de rigidité à l’intérieur de l’Église, qui ne sont pas des schismes, mais qui sont des voies chrétiennes pseudo-schismatiques, qui finiront mal. Quand vous voyez des chrétiens, des évêques, des prêtres rigides, derrière cette attitude, il y a des problèmes, il n’y a pas la sainteté de l’Évangile. C’est pour cela que nous devons être doux avec les personnes tentées de faire ces attaques, elles traversent une difficulté, nous devons les accompagner avec douceur. Merci.

Réponse du pape François à une question d’une journaliste portugaise qui voulait savoir pourquoi le pape était venu au Mozambique un mois avant les élections :

Réponse du pape François :

Oui. Ce n’est pas une erreur. Cela a été un choix fait librement, parce que la campagne électorale commençait ces jours-ci, et cela passait au second plan par rapport au processus de paix. Ce qui importait, c’était de visiter pour aider à consolider le processus de paix. Et c’était plus important qu’une campagne qui n’avait pas encore commencé, qui commençait dans les jours qui suivaient la fin de ma visite. Et là, à la limite, en faisant le bilan entre ces trois choses, [nous avons évalué] : oui, c’est important de consolider. Et puis j’ai pu saluer les adversaires politiques, justement pour donner l’idée et souligner que c’était cela l’important et non pour « faire le supporter » pour ce président que je ne connais pas, je ne sais pas ce qu’il pense, ni même ce que pensent les autres. Pour moi, c’était plus important de souligner l’unité du pays. Mais ce que vous dites est vrai : nous devons rester à distance des campagnes électorales, c’est vrai. Merci.

Merci beaucoup à vous pour votre travail ! Je vous suis reconnaissant pour tout ce que vous faites. Et priez pour moi ; je le fais pour vous. Bon déjeuner !
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Source : https://fr.zenit.org/
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