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 Abus sexuels : lettre du pape aux évêques des Etats-Unis

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Date d'inscription : 17/03/2013

04012019
MessageAbus sexuels : lettre du pape aux évêques des Etats-Unis



A l’occasion de la retraite de la Conférence épiscopale du pays, guidée par le prédicateur de la Maison pontificale, le p. Raniero Cantalamessa, du 2 au 8 janvier 2019, sur "Comment Traiter la crise de crédibilité de l’Eglise", le pape a fait parvenir une longue lettre proposant de réfléchir avec eux sur des « aspects importants » de la question, afin de « lutter contre la ‘culture des abus’ et traiter cette crise de crédibilité ».

Lettre du pape François aux évêques des Etats-Unis (1ère Partie) :

À l’attention des évêques de la Conférences des évêques catholiques des États-Unis

Chers Frères,

Lors de ma rencontre du 13 septembre dernier avec les membres de votre Conférence épiscopale, j’ai suggéré que vous fassiez une retraite ensemble, un temps de solitude, de prière et de discernement, comme un pas nécessaire pour répondre dans l’esprit de l’Évangile à la crise de crédibilité dont vous faites l’expérience en tant qu’Église. Nous voyons cela dans l’Évangile : à des moments critiques de sa mission, le Seigneur se retirait et passait toute la nuit en prière, invitant ses disciples à faire la même chose (cf. Mc 14,38). Nous savons qu’étant donné la gravité de la situation, aucune réponse ou approche ne semble adéquate ; néanmoins, en tant que pasteurs, nous devons avoir la capacité, et par dessus tout la sagesse, de dire une parole venant d’une écoute sincère, priante et collective de la Parole de Dieu et de la souffrance de notre peuple. Une parole venant de la prière de bergers qui, comme Moïse, luttent et intercèdent pour leur peuple (cf. Ex 32,30-32).

Au cours de cette rencontre, j’ai dit au cardinal DiNardo et aux autres évêques présents mon désir de vous accompagner personnellement pendant plusieurs jours de cette retraite et cette offre a été reçue avec joie et espoir. En tant que successeur de Pierre, je voulais me joindre à vous tous pour implorer le Seigneur d’envoyer son Esprit qui « fait toute chose nouvelle » (cf. Ap 21,5) et d’indiquer les chemins de vie qu’en tant qu’Église nous sommes appelés à suivre pour le bien de tous ceux qui sont confiés à nos soins. Malgré tous mes efforts, je ne pourrai pas, pour des raisons logistiques, être physiquement présent avec vous. Cette lettre veut, d’une certaine façon, remplacer ce voyage qui ne peut pas avoir lieu. Je suis aussi heureux que vous ayez accepté ma proposition de faire diriger cette retraite par le prédicateur de la Maison pontificale et de partager sa profonde sagesse spirituelle.

Avec ces quelques lignes, j’aimerais me rapprocher de vous comme un frère et réfléchir avec vous à certains aspects que je considère importants, tout en encourageant en même temps votre prière et les pas que vous faites pour lutter contre la « culture des abus » et traiter la crise de crédibilité.

« Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous » (Mc 10,43-45). Par ces paroles, Jésus intervient et reconnaît l’indignation éprouvée par les disciples qui ont entendu Jacques et Jean demander d’être assis à la droite et à la gauche du Maître (cf. Mc 10,37). Ses paroles aideront à nous guider dans notre réflexion commune.

L’Évangile n’a pas peur de mentionner certaines tensions, conflits et disputes présents dans la vie de la première communauté des disciples ; il semble même qu’il veuille le faire. Il parle de chercher des places d’honneur et de jalousie, d’envie et de machinations. Sans parler des intrigues et des complots qui, secrètement ou ouvertement, étaient manigancés autour du message et de la personne de Jésus par les chefs politiques et religieux et par les marchands de l’époque (cf. Mc 11,15-18). Ces conflits ont augmenté à l’approche de l’heure du sacrifice de Jésus sur la croix, alors que le prince de ce monde, et le péché et la corruption, semblaient avoir le dernier mot, empoisonnant tout avec amertume, méfiance et ressentiment.

Comme l’avait prophétisé le vieillard Siméon, les moments difficiles et critiques peuvent mettre en lumière les pensées, les tensions et les contradictions les plus profondes, présentes chez les disciples individuellement et en tant que groupe (cf. Lc 2,35). Personne ne peut se considérer à l’abri de cela ; en tant que communauté, il nous est demandé de veiller à ce qu’à ces moments-là, nos décisions, nos choix, nos actions et intentions ne soient pas teintés par ces conflits et tensions intérieurs, mais soient au contraire une réponse au Seigneur qui set la vie pour le monde. En des temps de grande confusion et d’incertitude, nous avons besoin d’être attentifs et de discerner, pour libérer nos cœurs des compromis et des fausses certitudes, afin d’entendre ce que le Seigneur demande de nous dans la mission qu’il nous a donnée. Beaucoup d’actions peuvent être utiles, bonnes et nécessaires et peuvent même sembler correctes, mais toutes n’ont pas le « parfum » de l’Évangile. Pour le dire de manière familière, nous devons faire attention à ce que « le remède ne soit pas pire que le mal ». Et cela exige de nous sagesse, prière, beaucoup d’écoute et la communion fraternelle.

   « Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi »

Ces dernières années, l’Église aux États-Unis a été secouée par divers scandales qui ont gravement affecté sa crédibilité. Ce furent des temps de turbulence dans la vie de toutes les victimes qui ont souffert dans leur chair des abus de pouvoir et de conscience et d’abus sexuels par des ministres ordonnés, religieux et religieuses et fidèles laïcs. Mais des temps de turbulence et de souffrance aussi pour leurs familles et pour le peuple de Dieu tout entier.

La crédibilité de l’Église a été sérieusement entamée et diminuée par ces péchés et ces crimes, mais plus encore par les efforts faits pour les nier ou les cacher. Cela a conduit à un sentiment croissant d’incertitude, de méfiance et de vulnérabilité parmi les fidèles. Comme nous le savons, la mentalité qui cherche à dissimuler les choses, loin d’aider à résoudre les conflits, leur a permis de s’envenimer et de causer encore plus de mal au réseau de relations que nous sommes aujourd’hui appelés à guérir et à restaurer.

Nous savons que les péchés et les crimes qui ont été commis, ainsi que leurs répercussions aux niveaux ecclésial, social et culturel, ont profondément affecté les fidèles. Ils ont causé beaucoup de perplexité, de bouleversement et de confusion ; et cela peut souvent servir d’excuse pour certains afin de discréditer et de remettre en question les vies désintéressées de tous ces nombreux chrétiens qui montrent « un immense amour pour l’humanité inspiré par le Dieu qui s’est fait homme » (1). Chaque fois que le message de l’Évangile devient inconfortable ou gênant, de nombreuses voix s’élèvent pour tenter de faire taire ce message en montrant du doigt les péchés et les incohérences des membres de l’Église et, plus encore, de ses pasteurs.

Le mal causé par ces péchés et ces crimes a aussi profondément affecté la communion des évêques et généré non pas cette sorte de désaccords et de tensions sains et nécessaires propres à tout corps vivant, mais plutôt la division et la dispersion (cf. Mt 26,31). Ces derniers ne sont certainement pas des fruits et des incitations de l’Esprit-Saint, mais  plutôt de « l’ennemi de la nature humaine » (2) qui tire davantage de profit de la division et de la dispersion que des tensions et désaccords auxquels ont peut raisonnablement s’attendre dans la vie des disciples du Christ.

La lutte contre la culture des abus, la perte de crédibilité, la perplexité et la confusion qui en résultent et le discrédit jeté sur notre mission exige d’urgence de notre part une approche renouvelée et décisive pour résoudre les conflits. Jésus nous dirait : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi » (Mc 10,42-43). La perte de crédibilité demande une approche spécifique puisqu’elle ne peut pas être retrouvée en publiant des décrets sévères ou en créant simplement de nouveaux comités ou en améliorant des organigrammes, comme si nous étions en charge d’un service des ressources humaines. Cette forme de vision finit par réduire la mission de l’évêque et celle de l’Église à une fonction purement administrative ou organisationnelle dans le « business de l’évangélisation ». Soyons clairs : beaucoup de ces choses sont nécessaires mais insuffisantes, puisqu’elles ne peuvent pas saisir et traiter la réalité dans sa complexité ; en fin de compte, elles risquent de tout réduire à un problème d’organisation.

La perte de crédibilité soulève aussi des questions douloureuses sur la façon dont nous sommes en relation les uns avec les autres. Il est clair qu’un tissu vivant a été défait et que, comme des tisserands, nous sommes appelés à le réparer. Cela implique notre habileté, ou manque d’habileté, en tant que communauté, à forger des liens et à créer des espaces qui soient sains, mûrs et respectueux de l’intégrité et de l’intimité de chaque personne. Cela implique notre habileté à réunir les gens, à leur donner confiance et les enthousiasmer pour un projet vaste et commun qui est à la fois modeste, solide, sobre et transparent. Cela requiert non seulement une nouvelle approche du management, mais aussi un changement dans notre état d’esprit (metanoia), notre manière de prier, notre rapport au pouvoir et à l’argent, notre exercice de l’autorité et la manière dont nous sommes en relation entre nous et avec le monde qui nous entoure. Les changements dans l’Église ont toujours pour but d’encourager un état constant de conversion missionnaire et pastorale capable d’ouvrir toujours de nouvelles voies ecclésiales en lien avec l’Évangile et, en cela, respectueux de la dignité humaine. L’aspect programmatique de notre activité devrait être lié à un aspect paradigmatique qui fasse ressortir l’esprit et la signification sous-jacents. L’un et l’autre sont nécessairement liés. Sans cette attention claire et décisive, tout ce que nous faisons risque d’être teinté d’auto-référence, d’instinct de conservation et d’attitude défensive et d’être ainsi condamné dès le départ. Nos efforts peuvent être bien structurés et organisés, mais ils manqueront de puissance évangélique parce qu’ils ne nous aideront pas à être une Église qui rend un témoignage crédible, mais au contraire « un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante » (1 Cor 13,1).
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Source : https://fr.zenit.org/

Lettre du pape François aux évêques des Etats-Unis (2ème partie) :

En un mot, une nouvelle saison ecclésiale a besoin d’évêques qui peuvent enseigner aux autres comment discerner la présence de Dieu dans l’histoire de son peuple, et non de simples administrateurs. Les idées peuvent être discutées mais les situations vitales doivent être discernées. En conséquence, parmi le bouleversement et la confusion qu’expérimentent nos communautés, notre premier devoir est d’encourager un esprit commun de discernement, plutôt que de chercher le calme relatif qui découle d’un compromis ou d’un vote démocratique où certains émergent comme « gagnants » et les autres non. Non ! Il s’agit de trouver une voie collégiale et paternelle d’embrasser la situation actuelle, qui puisse – c’est le plus important – empêcher ceux qui sont confiés à nos soins de perdre espoir et de se sentir spirituellement abandonnés (3). Cela nous permettra d’être pleinement immergés dans la réalité, cherchant à l’apprécier et à l’entendre de l’intérieur, sans en être l’otage.

Nous savons que les temps d’épreuve et de tribulation peuvent menacer notre communion fraternelle. Mais nous savons aussi qu’ils peuvent devenir des temps de grâce qui soutiennent notre engagement envers le Christ et le rendent crédible. Cette crédibilité ne sera pas fondée sur nous-mêmes, nos déclarations, nos mérites ou notre bonne renommée personnelle ou collective. Tout cela est le signe de notre tentative – presque toujours inconsciente – de nous justifier sur la base de nos propres forces et capacités (ou de la malchance de quelqu’un d’autre). La crédibilité sera le fruit d’un corps uni qui, tout en reconnaissant son péché et ses limites, est en même temps capable de prêcher le besoin de conversion. Car nous ne voulons pas nous prêcher nous-mêmes mais plutôt le Christ qui est mort pour nous (cf. Cor 4,5). Nous voulons témoigner que dans les moments les plus noirs de notre histoire, le Seigneur se rend présent, ouvre de nouveaux chemins et consacre notre foi vacillante, notre espérance hésitante et notre tiède charité.

La conscience personnelle et collective de nos limites nous rappelle, comme l’a dit saint Jean XXIII, que « l’autorité n’échappe point à toute loi » (4). Elle ne peut pas être à l’écart dans son discernement et dans ses efforts pour poursuivre le bien commun. Une foi et une conscience qui manquent de référence à la communauté seraient comme un « transcendantal kantien » : il finira par proclamer « un Dieu sans le Christ, un Christ sans l’Église, une Église sans son peuple ». Il établira une opposition fausse et dangereuse entre la vie personnelle et la vie ecclésiale, entre un Dieu de pur amour et la chair souffrante du Christ. Pire, il pourrait risquer de transformer Dieu en une « idole » pour un groupe particulier. La référence constante à la communion universelle, ainsi qu’au Magistère et à la tradition séculaire de l’Église, sauve les croyants du risque d’absolutiser tout groupe, période historique ou culture à l’intérieur de l’Église. Notre catholicité est aussi en jeu dans notre capacité, comme pasteurs, d’apprendre à nous écouter les uns les autres, à nous donner et à recevoir mutuellement de l’aide, à travailler ensemble et à recevoir l’enrichissement que d’autres Églises peuvent apporter à notre suite du Christ. La catholicité de l’Église ne peut être simplement réduite à une question de doctrine ou de loi ; au contraire, elle nous rappelle que nous ne sommes pas des pèlerins solitaires : « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance » (1 Cor 12,26).

Cette conscience collégiale du fait que nous sommes des pécheurs ayant besoin d’une conversion constante, bien que nous soyons profondément ébranlés et peinés par tout ce qui s’est passé, nous permet d’entrer dans une communion affective avec notre peuple. Elle nous libèrera de la quête de formes fausses, faciles et futiles de triomphalisme qui défendraient des espaces au lieu d’initier des processus. Elle nous empêchera de nous tourner vers des certitudes rassurantes qui ne nous permettent pas d’aborder et d’apprécier l’ampleur et les implications de ce qui s’est passé. Elle contribuera également à notre recherche de mesures adéquates exemptes de faux postulats ou de formulations rigides qui ne sont plus capables de parler au cœur des hommes et des femmes de notre temps ni de les émouvoir (5).

La communion affective aux sentiments de notre peuple, avec son découragement, nous pousse à exercer une paternité spirituelle collégiale qui n’offre pas des réponses banales ou des actions défensives mais qui cherche au contraire à apprendre – comme le prophète Élie au milieu de ses difficultés – à écouter la voix du Seigneur. Cette voix ne se trouve pas dans la tempête ni dans le tremblement de terre, mais dans le calme qui vient de la reconnaissance de notre douleur devant la situation actuelle et de notre capacité à nous laisser ensemble convoquer à nouveau par la Parole de Dieu (cf. 1 R 19,9-18).

Cette approche exige de nous que nous décidions d’abandonner un modus operandi qui consiste à dénigrer, discréditer, se considérer comme une victime ou être mauvaise langue dans nos relations et à faire au contraire de la place pour la douce brise que seul l’Évangile peut offrir. N’oublions pas que « le manque collégial de reconnaissance sincère et priante de nos limites empêche la grâce de travailler plus efficacement en nous, car il n’y a pas de place pour faire émerger le bien potentiel qui fait partie d’un chemin de croissance sincère et authentique » (6). Essayons de briser le cercle vicieux de la récrimination, du dénigrement et du discrédit, en évitant les ragots et les médisances et en cheminant vers l’acceptation priante et contrite de nos limites et de nos péchés, et la promotion du dialogue, de la discussion et du discernement. Cela nous disposera à trouver des chemins évangéliques qui peuvent éveiller et encourager la réconciliation et la crédibilité que notre peuple et notre mission exigent de nous. Nous le ferons si nous pouvons cesser de projeter sur les autres notre propre confusion et notre propre mécontentement, qui sont des obstacles à l’unité (7), et si nous osons nous rassembler, à genoux, devant le Seigneur pour nous laisser interpeller par ses blessures dans lesquelles nous pourrons voir les blessures du monde. Jésus nous dit : « Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi ».

   « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave »

Le peuple fidèle de Dieu et la mission de l’Église continuent de souffrir grandement à cause des abus de pouvoir et de conscience et des abus sexuels, et de la piètre manière dont ils ont été traités, ainsi que de la douleur de voir un épiscopat manquer d’unité et davantage préoccupés de montrer du doigt que de chercher des chemins de réconciliation. Cette situation nous force à regarder ce qui est essentiel et à nous débarrasser de tout ce qui fait obstacle à un témoignage clair de l’Évangile de Jésus-Christ.

Ce qu’il nous est demandé aujourd’hui, c’est une nouvelle présence dans le monde, conforme à la croix du Christ, qui se concrétise dans le service des hommes et des femmes de notre temps. Je pense aux paroles de saint Paul VI au début de son pontificat : « Il faut se faire les frères des hommes du fait même qu’on veut être leurs pasteurs, leurs pères et leurs maîtres. Le climat du dialogue, c’est l’amitié. Bien mieux, le service. Tout cela, nous devrons nous le rappeler et nous efforcer de le pratiquer selon l’exemple et le précepte que le Christ nous a laissés » (Jn 13,14-17) » (8 ).

Cette attitude n’est pas une question de respect ou de succès, ni d’applaudissements pour nos actions ; au contraire, elle requiert qu’en tant que pasteurs nous décidions vraiment d’être une semence qui poussera quand et comme le Seigneur le décidera. Cette décision nous préservera de tomber dans le piège qui consisterait à mesurer la valeur de nos efforts selon les standards du fonctionnalisme et de l’efficacité qui gouvernent le monde des affaires. Le chemin à emprunter est plutôt l’ouverture à l’efficacité et au pouvoir transformateur du Royaume de Dieu qui, comme une graine de moutarde, la plus petite et la plus insignifiante des graines, devient un arbre dans lequel les oiseaux du ciel font leur nid (cf. Mt 13,32-33). Dans la tempête, nous ne devons jamais perdre foi dans la puissance tranquille, quotidienne et efficace de l’Esprit-Saint à l’œuvre dans les cœurs humains et dans toute l’histoire.

La crédibilité naît de la confiance et la confiance naît du service sincère, quotidien, humble et généreux envers tous, mais en particulier envers ceux qui sont les plus chers au cœur du Seigneur (cf. Mt 25,31-46). Ce sera un service offert, non pas par souci de marketing ou à des fins stratégiques afin de regagner le prestige perdu ou de chercher des louanges, mais plutôt – comme je l’ai dit avec insistance dans la récente exhortation apostolique Gaudete et exsultate – parce qu’il appartient au « cœur battant de l’Évangile » (9).

L’appel à la sainteté nous empêche de tomber dans de fausses dichotomies et des façons de penser réductrices, et de rester en silence face à un climat enclin à la haine et au rejet, à la désunion et à la violence entre frères et sœurs. L’Église, en tant que « signe et moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen gentium, 1), porte dans son cœur et dans son âme la mission sacrée d’être un lieu de rencontre et d’accueil non seulement pour ses membres mais pour toute l’humanité. Cela fait partie de son identité et de sa mission de travailler sans se lasser pour tout ce qui peut contribuer à l’unité entre les individus et les peuples en tant que symbole et sacrement du sacrifice du Christ sur la croix pour tous les hommes et toutes les femmes sans distinction. Car « il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28). C’est le plus grand service qu’elle offre, surtout aujourd’hui, alors que nous assistons à la résurgence d’une rhétorique incendiaire et de préjugés anciens et nouveaux. Aujourd’hui, nos communautés doivent témoigner de manière concrète et créative que Dieu est le Père de tous et qu’à ses yeux nous sommes tous ses fils et ses filles. Notre crédibilité dépend aussi de la mesure dans laquelle nous contribuons, aux côtés des autres, à renforcer un tissu social et culturel qui risque non seulement de s’effriter, mais aussi d’abriter et de favoriser de nouvelles formes de haines. Comme Église, nous ne pouvons pas être pris en otage par tel ou tel camp, mais nous devons être attentifs à toujours commencer par les plus vulnérables. Avec les paroles de la Prière eucharistique, demandons au Seigneur que « le peuple qui [lui] appartient brille comme un signe prophétique de l’unité et de la paix, au milieu d’une humanité qui se divise et se déchire » (Messes pour des circonstances particulières).

Comme elle est sublime, mes frères, la tâche à accomplir ! Nous ne pouvons pas nous taire ou la minimiser à cause de nos limites et de nos fautes ! Je me souviens des paroles sages de Mère Teresa de Calcutta, que nous pouvons répéter, individuellement et ensemble : « Oui, j’ai beaucoup de fautes et d’échecs humains… Mais Dieu se penche et nous utilise, vous et moi, pour que nous soyons son amour et sa compassion dans le monde ; il porte nos péchés, nos peines et nos défauts. Il dépend de nous pour aimer le monde et pour montrer combien il l’aime. Si nous sommes trop préoccupés de nous-mêmes, il ne nous restera pas de temps pour les autres » (10).

Chers frères, le Seigneur était conscient qu’à l’heure de la croix, le manque d’unité, la division et la dispersion, ainsi que les tentatives de fuir cette heure, seraient les plus grandes tentations auxquelles ses disciples seraient confrontés – des attitudes qui déformeraient et entraveraient leur mission. C’est pourquoi il a demandé à son Père de veiller sur eux, pour qu’en ces temps-là ils soient un, comme lui et le Père sont un et qu’aucun d’entre eux ne soit perdu (cf. Jn 17,11-12). En entrant avec confiance dans la prière de Jésus à son Père, nous voulons apprendre de lui et, avec une ferme résolution, commencer ce temps de prière, de silence et de réflexion, de dialogue et de communion, d’écoute et de discernement. Ainsi, nous lui permettrons de conformer nos cœurs à son image et de nous aider à découvrir sa volonté.

Sur ce chemin, nous ne sommes pas seuls. Dès le début, Marie a accompagné et soutenu la communauté de ses disciples. Par sa présence maternelle, elle a aidé la communauté à ne pas perdre ses repères en se divisant en groupes fermés ou en pensant qu’elle pouvait se sauver elle-même. Elle a protégé la communauté des disciples de l’isolement spirituel qui mène à l’égocentrisme. Par sa foi, elle les a aidés à persévérer dans la perplexité, confiante que la lumière viendrait. Nous lui demandons de nous garder unis et persévérants comme au jour de la Pentecôte, pour que l’Esprit soit répandu dans nos cœurs et nous aide en tout temps et en tout lieu à témoigner de la résurrection.

Chers frères, avec ces pensées, je vous suis uni pendant ces jours de retraite spirituelle. Je prie pour vous ; s’il vous plaît, faites de même pour moi. Que le Seigneur vous bénisse et que Notre Dame veille sur vous.
Fraternellement.

François
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[1] Cf. Evangelii Gaudium, 76.
[2] Ignace de Loyola, Exercices spirituels, 135.
[3] Cf. Jorge M. Bergoglio, Las Cartas de la Tribulación, 12. Ed. Diego De Torres, Buenos Aires (1987).
[4] Cf. Jean XXIII, Pacem in Terris, éd. Carlen, 47.
[5] Paul VI, Ecclesiam Suam, éd. Carlen, 85.
[6] Gaudete et Exsultate, 50.
[7] Cf. Evangelii Gaudium, 96.
[8] Paul VI, Ecclesiam Suam, éd. Carlen, 90.
[9] Gaudete et Exsultate, 97.
[10] Mère Teresa de Calcutta, citée in Gaudete et Exsultate, 107.
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Source : https://fr.zenit.org/
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