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 Climat et agriculture: le principe de précaution ne suffit pas, il faut de la sagesse!

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15102016
MessageClimat et agriculture: le principe de précaution ne suffit pas, il faut de la sagesse!


Vendredi 14 Octobre 2016

Climat et agriculture: le principe de précaution ne suffit pas, il faut de la sagesse!

Face aux changements climatiques et aux défis de l’agriculture aujourd’hui le pape François avertit que « le principe de précaution ne suffit pas », il faut de la « sagesse »! Et c’est une « urgence » que d’agir.

Le pape s’exprime ainsi dans son message, en espagnol, au directeur de l’Organisation de l’ONU pour l’alimentationet l’agriculture (FAO), M. José Graziano da Silva, à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, dimanche, 16 octobre 2016.

Message du pape François :

Au professeur José Graziano da Silva, Directeur général de la FAO

Monsieur,

1. Le fait que la FAO ait voulu dédier la Journée mondiale de l’Alimentation de ce jour au thème : « Le climat change. L’alimentation et l’agriculture aussi », nous porte à considérer la lutte contre la faim comme un objectif encore plus difficile à atteindre, en présence d’un phénomène complexe comme les changements climatiques. Dans la logique de l’affrontement des défis que la nature lance à l’homme et que l’homme lance à la nature (cf. Enc. Laudato si’, 25), je me permets de soumettre quelques réflexions à la considération de la FAO, de ses États membres et de ceux qui participent à son action.

À quoi est dû l’actuel changement climatique ? Nous devons nous interroger sur nos responsabilités individuelles et collectives sans recourir à des sophismes faciles qui se cachent derrière des données statistiques ou des prévisions discordantes. Il ne s’agit pas d’abandonner le donné scientifique dont nous avons plus que jamais besoin, mais d’aller au-delà de la seule lecture du phénomène ou de la comptabilisation de ses multiples effets.

Notre condition de personnes nécessairement en relation et notre responsabilité de gardiens de la création et de son ordre nous imposent de remonter aux causes des changements en acte et d’aller à la racine. Nous devons avant tout admettre que les différents effets négatifs sur le climat découlent des comportement quotidiens de personnes, communautés, peuples et États. Si nous avons conscience de cela, la seule évaluation en termes éthiques et moraux ne suffit pas. Il est nécessaire d’agir politiquement et d’opérer donc les choix nécessaires, de décourager ou promouvoir des comportements et styles de vie, au bénéfice des nouvelles générations et de celles qui viendront. C’est seulement ainsi que nous pouvons préserver la planète.

Les interventions à mettre en œuvre doivent être adéquatement planifiées et ne peuvent être le fruit de l’émotion ou des raisons d’un moment. Il est important de les programmer. Dans ce travail, les institutions appelées à œuvrer ensemble jouent un rôle essentiel, à partir du moment où l’action des individus, bien que nécessaire, ne devient efficace que si elle est encadrée dans un réseau fait de personnes, d’entités publiques et privées, et d’appareils nationaux et internationaux. Mais ce réseau ne peut pas rester anonyme, ce réseau a le nom de fraternité et doit agir sur la base de sa solidarité fondamentale.

2. Ceux qui sont engagés dans le travail des champs, de l’élevage, de la petite pêche, des forêts, ou qui vivent dans les zones rurales en contact direct avec les effets des changements climatiques, font l’expérience que, si le climat change, leur vie change aussi. Sur leur quotidien s’abattent des situations difficiles, parfois dramatiques, l’avenir devient toujours plus incertain et ainsi se fait son chemin l’idée d’abandonner maisons et parents. Un sentiment d’abandon prévaut, le sentiment d’être oubliés par les institutions, privés des apports qui peuvent découler de la technique et même d’une juste considération de la part de nous tous qui bénéficions de leur travail.

Nous pouvons apprendre, de la sagesse des communautés rurales, un style de vie qui peut aider à se défendre de la logique de la consommation et de la production à tout prix, logique qui, se couvrant de bonnes justifications, comme l’augmentation de la population, ne vise en réalité qu’à l’augmentation du profit. Dans le secteur où opère la FAO, le nombre grandit de ceux qui pensent désormais être tout-puissants et pouvoir négliger les cycles des saisons ou modifier improprement les différentes espèces animales et végétales, en faisant perdre cette diversité qui, si elle existe dans la nature, signifie qu’elle a – et qu’elle doit avoir – son rôle. Produire des qualités qui donnent, en laboratoire, d’excellents résultats, peut être avantageux pour certains, mais avoir des effets désastreux pour d’autres. Et le principe de précaution ne suffit pas parce que, bien souvent, il se limite à ne pas permettre de faire quelque chose, alors qu’il faut agir avec équilibre et honnêteté. Sélectionner génétiquement une qualité de plante peut donner des résultats impressionnants du point de vue quantitatif, mais avons-nous tenu compte des terrains qui perdront leur capacité de produire, des éleveurs qui n’auront plus de pâturage pour leur bétail et de toutes les ressources aquifères qui deviendront inutilisables ? Et surtout, nous sommes-nous demandé si et dans quelle mesure nous concourons à modifier le climat ?

Pas de précaution, par conséquent, mais de la sagesse ! Celle que les paysans, les pêcheurs et les éleveurs conservent dans la mémoire de générations et qui est aujourd’hui raillée et oubliée par un modèle de production qui est à l’avantage de groupes restreints et d’une portion exiguë de la population mondiale. Souvenons-nous qu’il s’agit d’un modèle qui, avec toute la science, permet qu’environ huit-cent millions de personnes souffrent encore de la faim.

3. La question a ses effets directs dans les urgences que les Institutions intergouvernementales comme la FAO sont quotidiennement appelées à affronter et à gérer, bien conscientes que les changements climatiques n’appartiennent pas exclusivement à la sphère de la météorologie. Comment oublier que le climat concourt aussi à rendre la mobilité humaine irrépressible ? Les données les plus récentes nous disent que les migrants climatiques sont de plus en plus nombreux et vont grossir les rangs de cette caravane des derniers, des exclus, de ceux à qui est niée la possibilité d’avoir un rôle dans la grande famille humaine. Un rôle qui ne peut être concédé par un État ou par un statut, mais qui appartient à tous les êtres humains en tant que personnes, avec leur dignité et leurs droits.

Il ne suffit plus d’être impressionné et de s’émouvoir devant qui, sur toutes les latitudes, demande son pain quotidien. Des choix et des actions sont nécessaires. Souvent, en tant qu’Église catholique, nous avons rappelé que les niveaux de production mondiale permettent d’assurer une alimentation pour tous, pourvu qu’il existe une distribution équitable. Mais pouvons-nous encore continuer sur cette ligne, si les logiques du marché suivent ensuite d’autres voies, allant jusqu’à faire des produits agricoles une marchandise quelconque, jusqu’à utiliser toujours plus la nourriture pour des buts non alimentaires ou à détruire des aliments pour la seule raison qu’il sont en excès par rapport au profit et non par rapport aux besoins ? En effet, nous savons que le mécanisme de la distribution demeure théorique si les affamés n’ont pas un accès effectif aux aliments, s’ils continuent de dépendre d’apports extérieurs ou moins conditionnés, s’il ne se crée pas un rapport correct entre la demande et la consommation et, non moins important, si l’on n’élimine pas le gaspillage et que l’on ne réduit pas les pertes de nourriture.

Nous sommes tous appelés à coopérer à ce changement de direction : responsables politiques, producteurs, travailleurs de la terre, de la pêche et des forêts, ainsi que tous les citoyens. Certes, chacun selon ses responsabilités, mais tous dans le même rôle de constructeurs d’un ordre interne aux Nations et d’un ordre international qui ne permettent plus que le développement soit l’apanage d’un petit nombre ni que les biens de la création soient le patrimoine des puissants. Les possibilités ne manquent pas et les exemples positifs, les bonnes pratiques, mettent à notre disposition des expériences qui peuvent être parcourues, partagées et diffusées.

4. La volonté d’œuvrer ne peut dépendre des avantages qui peuvent en découler, mais c’est une exigence liée aux besoins qui se manifestent dans la vie des personnes et de toute la famille humaine. Des besoins matériels et spirituels, mais de toute façon réels, non pas le fruit des choix de quelques-uns, des modes du moment ou des modèles de vie qui font de la personne un objet, de la vie humaine un instrument, y compris d’expérimentation, et de la production d’aliments un simple affaire économique à laquelle sacrifier carrément la nourriture disponible, destinée par nature à faire en sorte que chacun puisse avoir tous les jours des aliments suffisants et sains.

Nous sommes désormais proches de la nouvelle étape qui, à Marrakech, appellera les États membres de la Convention sur les changements climatiques à mettre en œuvre ces engagements. Je pense interpréter le désir de beaucoup en souhaitant que les objectifs établis par l’Accord de Paris ne demeurent pas de belles paroles mais se transforment en décisions courageuses, capables de faire de la solidarité non seulement une vertu mais aussi un modèle opérationnel en économie, et de la fraternité non plus une aspiration mais un critère de la gouvernance interne et internationale.

Voici, Monsieur le Directeur Général, quelques réflexions que je désire vous faire parvenir en ce moment où se font vives les préoccupations, les inquiétudes et tensions causées aussi par une question climatique qui est de plus en plus présente dans notre quotidien et qui pèse sur les conditions de vie, avant tout de beaucoup de nos frères et sœurs parmi les plus vulnérables et marginalisés. Veuille le Tout-puissant bénir vos efforts au service de l’humanité entière.
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Source : https://fr.zenit.org/
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