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 Le monde cherche la proximité de Dieu, dit le pape aux jeunes évêques

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16092019
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Le monde cherche la proximité de Dieu, dit le pape aux jeunes évêques  Or120919121132_0220


Le pape François a reçu en audience les évêques participant à la formation organisée par la Congrégation pour les évêques et par la Congrégation pour les Églises orientales, jeudi 12 septembre 2019, dans la Salle Clémentine du Vatican.

Discours du pape François :

Chers frères, bonjour.

Je vous souhaite la bienvenue à cette rencontre qui conclut votre pèlerinage à Rome, organisé par les Congrégations pour les évêques et pour les Églises orientales. Je remercie les cardinaux Ouellet et Sandri pour leur engagement dans l’organisation de ces journées.

Ensemble, en tant que nouveaux membres du Collège épiscopal, vous êtes récemment descendu sur la tombe de Pierre, « trophée » de l’Église de Rome. Là, vous avez confessé la même foi que celle de l’apôtre. Ce n’est pas une théorie ni un compendium de doctrines, mais une personne, Jésus. Son visage nous rend proche le regard de Dieu. Notre monde cherche, même inconsciemment, cette proximité divine. Il est le médiateur. Sans cette proximité d’amour, le fondement de la réalité vacille ; l’Église elle-même s’égare quand elle perd la tendresse vivifiante du Bon Pasteur. Ici, vous avez confié vos Églises, pour elles vous avez redit avec Jésus : « corps offert et sang versé pour vous ». Nous ne connaissons pas d’autre force que celle-ci, la force du Bon Pasteur, la force de donner sa vie, d’approcher de l’Amour par le moyen de l’amour. Voilà notre mission : être pour l’Église et pour le monde « sacrements » de la proximité de Dieu. Je voudrais donc vous dire quelque chose sur la proximité, essentielle pour tous les ministres de Dieu et surtout pour les évêques. Proximité à l’égard de Dieu et proximité à l’égard de son peuple.

La proximité à l’égard de Dieu est la source du ministère de l’évêque. Dieu nous aime, il s’est fait plus proche que ce que nous pouvions imaginer, il a pris notre chair pour nous sauver. Cette annonce est le coeur de la foi, elle doit précéder et animer toutes nos initiatives. Nous existons pour rendre palpable cette proximité. Mais on ne peut communiquer la proximité de Dieu sans en faire l’expérience, sans l’expérimenter tous les jours, sans se laisser contaminer par sa tendresse. Tous les jours, sans économiser son temps, il faut rester devant Jésus, lui apporter les personnes, les situations, comme des canaux toujours ouverts entre lui et notre peuple. Par la prière, nous donnons au Seigneur la citoyenneté là où nous habitons. Nous nous sentons, comme saint Paul, des fabriquants de tentes (cf Ac 18,3) : des apôtres qui permettent au Seigneur d’habiter parmi son peuple (cf. Jn 1,14).

Sans cette confiance personnelle, sans cette intimité cultivée tous les jours dans la prière, y compris et surtout dans les heures de désolation et d’aridité, le coeur de notre mission épiscopale se délite. Sans une proximité avec le Semeur, la fatigue de jeter la semence sans connaître le temps de la récolte nous semblera peu gratifiante. Sans le Semeur, il sera difficile d’accompagner avec une confiance patiente la lenteur de la maturation. Sans Jésus, viendra le découragement à l’idée qu’il n’accomplira pas son oeuvre ; sans lui, tôt ou tard, on glisse dans la mélancolie pessimiste de celui qui dit : « tout va mal ». C’est triste d’entendre un évêque dire cela ! C’est seulement en restant avec Jésus que nous sommes préservés de la présomption pélagienne de croire que le bien découle de notre bravoure. C’est seulement en restant avec Jésus que vient dans le coeur cette paix profonde que nos frères et soeurs cherchent chez nous.

Et de la proximité à l’égard de Dieu à la proximité à l’égard de son peuple. En restant proche du Dieu de la proximité, nous grandissons dans la conscience que notre identité consiste à nous rendre proches. Ce n’est pas une obligation extérieure, mais une exigence interne à la logique du don. « Ceci est mon Corps livré pour vous », disons-nous au moment le plus haut de l’offrande eucharistique pour notre peuple. Notre vie jaillit de là et nous pousse à devenir des pains rompus pour la vie du monde. Alors la proximité à l’égard du peuple qui nous est confié n’est pas une stratégie opportuniste, mais notre condition essentielle. Jésus aime s’approcher de ses frères en passant par nous, en passant par nos mains ouvertes qui caressent et consolent ; par nos paroles, prononcées pour oindre le monde de l’Évangile et non de nous-mêmes ; par notre coeur, lorsqu’il se charge des angoisses et des joies de nos frères. Malgré notre pauvreté, il dépend de nous que personne ne perçoive Dieu comme lointain, que personne ne prenne Dieu comme un prétexte pour élever des murs, abattre des ponts et semer la haine. C’est triste aussi quand un évêque démolit des ponts, sème la haine ou la méfiance, fait le contre-évêque. Nous avons à annoncer par notre vie une mesure de vie différente de celle du monde : la mesure d’un amour sans mesure, qui ne cherche pas ce qui lui est utile ou son profit mais l’horizon sans limite de la miséricorde de Dieu.

La proximité de l’évêque n’est pas rhétorique. Elle n’est pas faite de proclamations autoréférentielles, mais de disponibilité réelle. Dieu nous surprend et, souvent, il aime bouleverser notre emploi du temps : préparez-vous à cela sans peur. La proximité connaît des verbes concrets, ceux du bon Samaritain : voir, c’est-à-dire ne pas regarder de l’autre côté, ne pas faire semblant de rien, ne pas faire attendre les personnes et ne pas cacher les problèmes sous le tapis. Puis, se faire proches, être en contact avec les personnes, leur consacrer plus de temps qu’à notre bureau, ne pas craindre le contact avec la réalité, à connaître et à embrasser. Ensuite, panser les blessures, se charger, prendre soin, se dépenser (cf. Lc 10,29-37). Chacun de ces verbes de la proximité est un jalon sur le chemin d’un évêque avec son peuple. Chacun demande de se mettre en jeu et de se salir les mains. Être proches, c’est s’identifier avec le peuple de Dieu, partager ses peines, ne pas dédaigner ses espérances. Être proches du peuple, c’est avoir confiance que la grâce de Dieu, qui se répand fidèlement sur lui et dont nous sommes les canaux, y compris à travers les croix que nous portons, est plus grande que la boue dont nous avons peur. S’il vous plaît, ne laissez pas prévaloir la crainte des risques du ministère, en vous retirant et en gardant les distances. Que vos Églises soient le signe de votre identité, parce que Dieu en a uni les destins, en prononçant votre nom avec le leur.

Le baromètre de la proximité est l’attention aux plus petits, aux pauvres, qui est déjà une annonce du Royaume. Votre sobriété le sera aussi, à une époque où, dans de nombreuses parties du monde, tout est réduit à un moyen pour satisfaire des besoins secondaires qui étouffent et sclérosent le coeur. Vivre simplement est un témoignage que Jésus nous suffit et que le trésor dont nous voulons nous entourer est constitué plutôt de ceux qui, dans leur pauvreté, se souviennent de nous et Le représentent : non pas des pauvres abstraits, des données et des catégories sociales, mais des personnes concrètes, dont la dignité nous est confiée parce que nous sommes leurs pères. Pères de personnes concrètes ; c’est-à-dire paternité, capacité de voir, être concret, capacité de caresser, capacité de pleurer.

Aujourd’hui il semble qu’il y ait des stéthoscopes qui réussissent à entendre un coeur à un mètre de distance. Il nous faut des évêques capables d’entendre le battement du coeur de leur communauté et de leurs prêtres, même à distance : entendre le battement de coeur. Des pasteurs qui ne se contentent pas d’une présence formelle, de rencontres officielles ou de dialogues de circonstance. Il me vient à l’esprit des pasteurs qui prennent tellement soin d’eux-mêmes qu’ils ressemblent à de l’eau distillée, sans goût. Des apôtres de l’écoute, qui sachent aussi prêter l’oreille à ce qui n’est pas agréable à entendre. S’il vous plaît, ne vous entourez pas de porteurs de bagages et de « yes men »… les prêtres « arrivistes » qui cherchent toujours… non, s’il vous plaît. N’aspirez pas à être confirmés par ceux que vous devez vous-mêmes confirmer. Il y a de nombreuses formes de proximité à l’égard de vos Églises. Je voudrais encourager en particulier les visites pastorales régulières : visiter fréquemment, pour rencontrer les gens et les pasteurs ; visiter à l’exemple de la Vierge Marie, qui ne perdit pas de temps et se leva pour aller en hâte chez sa cousine. Que la Mère de Dieu nous montre que visiter, c’est rendre proche Celui qui fait exulter de joie, c’est apporter le réconfort du Seigneur qui accomplit de grandes choses parmi les humbles de son peuple (cf. Lc 1,39 ss).

Enfin, je vous demande encore de réserver la plus grande proximité pour vos prêtres : le prêtre est le prochain le plus proche de l’évêque. Aimer son prochain le plus proche. Je vous prie de les embrasser, de les remercier et de les encourager de ma part. Ils sont eux aussi exposés aux intempéries d’un monde qui, bien que lassé des ténèbres, n’épargne pas son hostilité à la lumière. Ils ont besoin d’être aimés, suivis, encouragés : Dieu ne désire pas de demi-mesures de leur part, mais un oui total. Dans les eaux peu profondes, on stagne ; mais leur vie est faite pour prendre le large. Comme la vôtre. Courage, donc, très chers frères ! Je vous remercie et je vous bénis. S’il vous plaît, souvenez-vous de prier aussi pour moi tous les jours. Merci.
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Source : https://fr.zenit.org/
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