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 « Il n’y a pas de justice dans l’iniquité »

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21062019
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Le pape François a prononcé un discours au Sommet des juges panaméricains sur les droits sociaux et la doctrine franciscaine, ce mardi 4 juin 2019, à la Via Pia ou ‘Casina Pio IV’, dans les Jardins du Vatican. Il les a invités à « mobiliser toute l’imagination juridique afin de repenser les institutions et de faire face aux nouvelles réalités sociales qui sont vécues ».

Discours du pape François :

Mesdames et Messieurs,

C’est une source de joie et aussi d’espérance de vous rencontrer à ce Sommet où vous vous êtes donné un rendez-vous qui ne se limite pas seulement à vous, mais qui rappelle le travail que vous réalisez avec avocats, consultants, procurateurs, défenseurs, fonctionnaires et qui rappelle aussi vos peuples, avec le désir et la recherche sincère afin de garantir que la justice, et en particulier la justice sociale, puisse rejoindre tout le monde. Votre mission, noble et grave, exige de se consacrer au service de la justice et du bien commun, avec l’appel constant à faire en sorte que les droits des personnes, et spécialement des plus vulnérables, soient respectés et garantis. Vous contribuez ainsi à faire en sorte que les États ne renoncent pas à leur fonction la plus sublime et la plus essentielle : prendre en charge le bien commun de leur peuple. « L’expérience nous montre, faisait observer Jean XXIII, que si l’autorité n’agit pas opportunément en matière économique, sociale ou culturelle, des inégalités s’accentuent entre les citoyens, surtout à notre époque, au point que les droits fondamentaux de la personne restent sans portée efficace » (Lettre encyclique, Pacem in terris, n.63).

Je loue cette initiative de se réunir, comme celle aussi que vous avez lancée l’année dernière dans la ville de Buenos Aires, dans laquelle plus de 300 magistrats et huissiers de justice ont délibéré sur les droits sociaux à la lumière d’Evangelii gaudium, de Laudato si’ et du Discours aux Mouvements populaires à Santa Cruz de la Sierra. Il en est sorti un ensemble intéressant de vecteurs pour le développement de la mission qui est entre vos mains. Cela nous rappelle l’importance et, pourquoi pas, la nécessité d’affronter les problèmes de fond que vos sociétés traversent et qui, comme nous le savons, ne peuvent pas être résolus simplement par des actions isolées ou des actes volontaires d’une personne ou d’un pays, mais qui exigent la création d’un nouveau climat ; c’est-à-dire d’une culture marquée par des leaderships commun et courageux qui sachent impliquer d’autres personnes et d’autres groupes, jusqu’à ce qu’ils portent du fruit dans des événements historiques importants (cf. Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n.223), capables d’ouvrir des chemins aux générations actuelles ainsi qu’ aux générations futures, semant les conditions pour dépasser les dynamiques d’exclusion et de ségrégation, afin que l’iniquité n’ait pas le dernier mot (cf. Lettre encyclique Laudato si’, nn.53 et 164). Nos peuples réclament ce type d’initiatives qui aident à abandonner tout attitude passive ou de spectateur, comme si l’histoire présente et future devait être déterminée et racontée par les autres.

Nous vivons une phase historique de changements où est mise en jeu l’âme de nos peuples. Un temps de crise – crise : patience chinoise, risques, dangers et opportunités ; c’est ambivalent, très sage cela – temps de crise où se vérifie un paradoxe : d’un côté un développement normatif phénoménal, de l’autre une détérioration dans la jouissance effective des droits consacrés au niveau mondial. C’est comme le début des nominalismes, cela commence toujours ainsi. En outre, chaque fois, et avec une plus grande fréquence, les sociétés adoptent des formes anomiques de fait, surtout par rapport aux lois qui régulent les droits sociaux et le font avec différents arguments. Cette anomie se fonde, par exemple, sur des insuffisances budgétaires, sur l’impossibilité de générer des bénéfices ou sur le caractère programmatique plutôt qu’opérationnel de ceux-ci. Je suis préoccupé en constatant que des voix s’élèvent, surtout de certains « doctrinaires », qui cherchent à « expliquer » que les droits sociaux sont désormais « vieux », qu’ils sont passés de mode et qu’ils n’ont rien à apporter à nos sociétés. De cette façon, ils confirment des politiques économiques et sociales qui poussent nos peuples à accepter et à justifier l’inégalité et l’indignité. L’injustice et le manque d’opportunités tangibles et concrètes derrière tant d’analyses incapables de se mettre dans les pieds de l’autre – et je dis ‘pieds’ et non ‘chaussures’ parce que, dans de nombreux cas, ces personnes n’en ont pas – est aussi une manière de générer de la violence : silencieuse, mais de la violence tout de même. L’excessive normativité nominaliste, indépendantiste, aboutit toujours à la violence.

« Aujourd’hui, nous vivons dans d’immenses villes qui affichent leur modernité avec orgueil et même avec vanité. Des villes » – orgueilleuses de leur révolution technologique et numérique – « qui offrent d’innombrables plaisirs et bien-être pour une heureuse minorité, mais qui nie un logement à des milliers de nos voisins et frères, même des enfants, et on les appelle, élégamment, “personnes sans domicile fixe”. Il est curieux de voir que dans le monde des injustices, les euphémismes abondent » (Rencontre mondiale des Mouvements populaires, 28 octobre 2014). On dirait que les Garanties constitutionnelles et les Traités internationaux ratifiés dans la pratique n’ont pas de valeur universelle.

L’ « injustice sociale naturalisée » – autrement dit comme quelque chose de naturel (et donc rendu invisible) – dont nous nous souvenons et que nous reconnaissons uniquement quand « quelques-uns font du bruit dans la rue » et qu’ils sont rapidement catalogués comme dangereux et agaçants – finit par passer sous silence une histoire de reports et d’oublis. Permettez-moi de le dire, ceci est un des grands obstacles que rencontre le pacte social et qui affaiblit le système démocratique. Pour un sain développement, un système politique et économique a besoin de garantir que la démocratie n’est pas seulement nominale, mais qu’on peut la voir façonnée dans des actions concrètes qui veillent sur la dignité de tous les habitants, selon la logique du bien commun, dans un appel à la solidarité et une option préférentielle pour les pauvres (cf. Lettre encyclique Laudato si’, n.158). Cela exige les efforts des plus hautes autorités et, naturellement, du pouvoir judiciaire, pour réduire la distance entre la reconnaissance juridique et la pratique de celui-ci. Il n’y a pas de démocratie avec la faim, ni de développement avec la pauvreté, ni de justice dans l’iniquité.

Bien souvent l’égalité nominale de beaucoup de nos déclarations et de nos actions ne fait rien d’autre que cacher et reproduire une inégalité réelle et sous-jacente et révèle que l’on est face à un possible ordre fictif. L’économie des cartes, la démocratie « avec des mots » et la démocratie multimédia concentrée génèrent une bulle qui conditionne tous les regards et toutes les options de l’aube au coucher du soleil (cf. Roberto Andrés Gallardo, Derechos sociales y doctrina franciscana, 14). Un ordre fictif qui rend égaux dans sa virtualité mais qui, concrètement, amplifie et augmente la logique et les structures de l’exclusion-expulsion, parce qu’il empêche un contact et un engagement réel avec l’autre. Il empêche le concret ou la prise en charge du concret.

Tout le monde ne part pas du même point au moment de penser l’ordre social. Cela nous interroge et nous impose de penser de nouveaux chemins afin que l’égalité devant la loi ne dégénère pas dans une propension de l’injustice. Dans un monde de virtualités, de changements et de fragmentation – nous sommes à l’époque du virtuel – les droits sociaux ne peuvent être seulement des exhortations ou des appellations nominales, mais ils doivent être un phare et une boussole sur le chemin parce que « l’état de santé des institutions d’une société comporte des conséquences pour l’environnement et pour la qualité de la vie humaine » (Lettre encyclique Laudato si’, n.142). On nous demande lucidité de diagnostic et capacité de décision devant le conflit, on nous demande de ne pas nous laisser dominer par l’inertie ou par une attitude stérile comme ceux qui le regardent, le nient ou l’annulent et vont de l’avant comme s’il ne s’était rien passé, s’en lavent les mains pour pouvoir continuer leur vie habituelle. D’autres entrent tellement dans le conflit qu’ils en restent prisonniers, qu’ils perdent les horizons et projettent sur les institutions leurs propres confusions et insatisfactions. Nous sommes invités à regarde le conflit en face, à le subir et à le résoudre, en le transformant en un maillon d’un nouveau processus (cf. Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n.227).

Quand on affronte le conflit, il apparaît clairement que nous avons un engagement vis-à-vis de nos frères pour faire fonctionner les droits sociaux, en nous engageant à chercher à démonter tous les arguments qui portent atteinte à leur mise en œuvre, et cela par le biais de l’application ou de la création d’une législation capable d’élever les personnes à travers la reconnaissance de leur dignité. Les vides législatifs, d’une législation inadéquate ou de l’accessibilité et la mise en œuvre de celle-ci, créent des cercles vicieux qui privent les personnes et les familles des garanties nécessaires à leur développement et à leur bien-être.

Ces vides sont des générateurs de corruption et trouvent dans le pauvre et dans l’environnement leurs premières et principales victimes.

Nous savons que le droit n’est pas seulement la loi ou les normes, mais aussi une pratique qui configure les liens, qui les transforme, d’une certaine manière, en « auteurs » du droit chaque fois qu’ils se confrontent aux personnes et à la réalité. Et ceci invite à mobiliser toute l’imagination juridique afin de repenser les institutions et de faire face aux nouvelles réalités sociales qui sont vécues (cf. Horacio Corti, Derechos sociales y doctrina franciscana, 106). En ce sens, il est très important que les personnes qui se présentent dans votre bureau et à votre table de travail sentent que vous êtes arrivés avant eux, que vous êtes arrivés les premiers, que vous les connaissez et les comprenez dans leur situation particulière, mais surtout que vous les reconnaissez dans leur pleine citoyenneté et dans leur potentiel à être des agents de changement et de transformation. Ne perdons jamais de vue que les secteurs populaires ne sont pas d’abord un problème, mais une partie active du visage de nos communautés et de nos nations, qu’ils ont tous les droits à participer à la recherche et à la construction de solutions inclusives. « La structure politique et institutionnelle n’existe pas seulement pour éviter les mauvaises pratiques, mais pour encourager les bonnes pratiques, pour stimuler la créativité qui cherche de nouvelles voies et pour faciliter des initiatives personnelles et collectives (Lettre encyclique Laudato si’, n.177).

Il est important de faire en sorte que, dès le commencement de la formation professionnelle, les acteurs légaux puissent le faire en contact concret avec les réalités qu’ils serviront un jour, les connaissant personnellement et comprenant les injustices contre lesquelles ils devront agir un jour. Il est aussi nécessaire de distinguer tous les moyens et mécanismes afin que les jeunes provenant de situations d’exclusion ou de marginalisation puissent eux-mêmes réussir à se former, afin de pouvoir assumer le protagonisme nécessaire. On a beaucoup parlé pour eux, maintenant nous devons aussi les écouter et leur donner la parole dans ces rencontres. Il me vient à l’esprit le leitmotiv implicite de tout paternalisme juridique et social : tout pour le peuple mais rien contre le peuple. Ces mesures nous permettront d’instaurer une culture de la rencontre « parce qu’on n’aime ni les concepts ni les idées […]. Se donner, se donner authentiquement vient de ce qu’on aime les hommes et les femmes, les enfants et les personnes âgées et les communautés : des visages, des visages et des noms qui remplissent le cœur » (II Rencontre mondiale des Mouvements populaires, Santa Cruz de la Sierra, 9 juillet 2015).

Je profite de cette opportunité de vous rencontrer pour vous faire part de ma préoccupation au sujet d’une nouvelle forme d’intervention exogène dans les scénarios politiques des pays à travers l’utilisation indue de procédures légales et de typifications judiciaires. Le ‘lawfare’, outre qu’il met gravement en danger la démocratie des pays, est généralement utilisé pour miner les processus politiques émergents et pour inciter à la violation systématique des droits sociaux. Pour garantir la qualité institutionnelle des États, il est fondamental de détecter et de neutraliser ce type de pratiques qui découlent d’une activité judiciaire impropre combinée à des opérations multimédiatiques parallèles. Sur ce point, je ne m’arrête pas, mais le jugement médiatique préalable, nous le connaissons tous.

Ceci nous rappelle que, dans un bon nombre de cas, la défense des droits sociaux, ou la priorité qui leur est accordée sur d’autres types d’intérêts vous conduira à vous opposer non seulement à un système injuste mais aussi à un puissant système de communication du pouvoir qui faussera souvent la portée de vos décisions, mettra votre honnêteté en doute ainsi que votre probité, et l’on pourra carrément vous faire un procès. C’est une bataille asymétrique et usante dans laquelle, pour vaincre, il faut maintenir non seulement la force, mais aussi la créativité et une souplesse adéquate. Si souvent, les juges, hommes et femmes, doivent affronter dans la solitude les murs de la diffamation et du déshonneur, sinon de la calomnie !

Il faut certainement une grande intégrité pour pouvoir les surmonter. « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice car le Royaume de Dieu est à eux » (Mt 5,10), disait Jésus. En ce sens, je me réjouis que l’un des objectifs de cette rencontre soit la création d’un Comité permanent panaméricain de Juges pour les Droits sociaux, qui ait parmi ses objectifs celui de surmonter la solitude dans la magistrature, offrant soutien et assistance réciproque, pour revitaliser l’exercice de votre mission. La véritable sagesse ne s’obtient pas par une simple accumulation de données – ceci est de l’encyclopédisme – une accumulation qui finit par saturer et créer la confusion, dans une sorte de contamination environnementale, mais elle s’obtient par la réflexion, le dialogue et la rencontre généreuse entre les personnes, cette confrontation adulte et saine qui nous fait tous grandir (cf. Lettre encyclique Laudato si’, n.47).

En 2015, j’ai dit aux membres des Mouvements populaires : Vous avez « un rôle essentiel, non seulement en exigeant ou en réclamant, mais fondamentalement en créant. Vous êtes des poètes sociaux : des créateurs de travail, des bâtisseurs de maisons, des producteurs de denrées alimentaires, surtout pour ceux qui sont écartés du marché mondial (II Rencontre mondiale des Mouvements populaire, Santa Cruz de la Sierra, 9 juillet 2015). Chers magistrats, vous avez un rôle essentiel ; permettez-moi de vous dire que vous êtes aussi des poètes, vous êtes des poètes sociaux quand vous n’avez pas peur d’ « être des protagonistes dans la transformation du système judiciaire basé sur la valeur, sur la justice et sur le primat de la dignité de la personne humaine » (Nicolás Vargas, Derechos humanos y doctrina franciscana, 230) sur tout autre type d’intérêt et de justification.

Je voudrais conclure en vous disant : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice ; heureux les artisans de paix » (Mt 5,6 et 9). Merci.
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Source : https://fr.zenit.org/
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