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 Le pape François déplore la violence contre les femmes

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Le pape François déplore la violence contre les femmes  Empty
30052019
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Le pape François déplore la violence contre les femmes  La-journaliste-Valentina


Le pape François a accordé un entretien à la journaliste Valentina Alazraki, correspondante au Vatican de la télévision mexicaine, Televisa. Ce long entretien, en espagnol, publié ce 28 mai 2019, s’ouvre et s’achève sur la question de la situation de la femme, des féminicides, avec en arrière-fond les femmes assassinées au Mexique.

VA – En parlant de violence, il y a un sujet auquel je consacre beaucoup, à savoir celui de la violence à l’égard des femmes, des féminicides. Cette petite chaîne m’a été offerte par une femme dont le mari a été tué devant elle, alors qu’elle était enceinte. Voilà un T-shirt qu’elle m’a demandé de vous remettre : elle appartenait à une femme qui a été tuée devant son fils. Et ils m’ont demandé de vous le confier et de penser à toutes ces femmes victimes de violence, au Mexique et dans le monde. Elle s’appelait Rocio.

Pape François – Rocio, là, c’est une vie brisée, une histoire conclue par la violence, l’injustice, la douleur.

VA – Savez-vous ce qui se passe? Nous parlons de statistiques, mais celle-ci s’appelle Rocío, une autre s’appelle Grecia, celle-là s’appelle Miroslava, en somme ce sont des noms. Ce sont des noms. Ce sont des noms de personnes en chair et en os. Et on ne voit pas pourquoi cette violence de genre est née contre les femmes, tous les jours, en Italie, en Espagne et dans le monde entier. Au Mexique. Ce ne sont pas des statistiques, ce sont des femmes. Selon vous, quelle est la raison de cette haine envers la femme qui conduit à tant de féminicides?

Pape François – Je ne pourrais pas donner d’explication sociologique aujourd’hui. Mais j’ose dire que la femme est toujours au second plan. Lors d’un voyage en avion, je vous ai raconté comment les bijoux pour femmes ont commencé. Te souviens-tu? Eh bien, à partir de cet âge préhistorique, que ce soit vrai ou non, nous le verrons, la femme est là. Et cela dans l’imaginaire collectif. Si peut-être la femme occupe une place importante, de grande influence, nous en venons à connaître le cas de femmes brillantes. Mais dans l’imaginaire collectif, il est dit: regardez, une femme a réussi! Elle a réussi à obtenir un prix Nobel! Incroyable. Regardez comment le génie littéraire s’exprime dans ces choses. C’est la femme en second plan. Et du second plan à être un objet d’esclavage, il y a peu. Il suffit d’aller à la gare de Termini, dans les rues de Rome. Et ce sont des femmes en Europe, dans la Rome cultivée. Il y a des femmes esclaves. Parce que c’est cela. Eh bien, d’ici à les tuer… Lorsque j’ai visité un centre d’intégration pour jeunes filles pendant l’Année de la Miséricorde, une d’entre elles avait l’oreille tranchée, car elle n’avait pas rapporté assez d’argent. Ils ont un contrôle spécial des clients, donc si la fille ne fait pas son « devoir », ils la battent ou la punissent comme c’est arrivé à celle-là. Femmes esclaves.

Je viens de lire le livre de Nadia Murad : quand elle est venue ici, elle me l’a donné en italien. Si vous ne l’avez pas lu, je vous le recommande. Tout ce que le monde pense des femmes y est concentré, même dans une culture particulière. Le monde sans femmes ne fonctionne pas. Non pas parce que c’est la femme qui porte les enfants, mettons la procréation de côté. Une maison sans femme ne fonctionne pas. Il y a un mot qui est sur le point de sortir du vocabulaire, car il fait peur à tout le monde: la tendresse. C’est le patrimoine de la femme. Maintenant, d’ici au féminicide, à l’esclavage, il n’y a qu’un pas. Ce qu’est la haine, je ne saurais pas l’expliquer. Peut-être qu’un anthropologue pourrait le faire mieux. Et comment cette haine se crée, tuer des femmes serait-elle une aventure? Je ne peux pas l’expliquer. Mais il est clair que la femme reste au second plan et l’expression de surprise quand une femme a du succès le montre bien.

VA – Vous avez également vécu tout cela en Amérique latine. Je suis en train d’écrire un livre qui aura pour titre : « Grecia y las otras » (« Grecia et les autres »), qui parle des femmes victimes, d’une façon ou d’une autre, de la violence. J’ai été frappée par le courage des femmes mexicaines et latino-américaines. Elles font tout. Elles font les mères, et très souvent ce sont des mères grand-mères, qui prennent soin de leurs enfants, font tout marcher, parce que les maris ou ont été tués ou sont alcooliques ou ont des problèmes. Ce sont des héroïnes. Je le vois comme ça.

Pape François – Ecoute, la femme a toujours tendance à cacher sa faiblesse, à sauver la vie. Il y a une image qui m’a particulièrement impressionné: la file de mères ou des épouses que je vois toujours quand j’arrive dans une prison, à attendre pour voir leurs fils ou leurs maris prisonniers. Et toutes les humiliations qu’elles doivent endurer pour pouvoir le faire. Elles sont dans la rue. Les bus passent, les gens les voient. Mais elles ne s’en occupent pas. « Mon amour est à l’intérieur », pensent-elles. Elles ont beaucoup de courage.

VA – Fantastiques. Fantastiques et des lutteuses. Je me souviens toujours du cas de l’Uruguay. Elles ont été les femmes les plus glorieuses de l’Amérique, car elles sont restées à 8 contre 1 après une guerre injuste : elles ont défendu leur patrie, leur culture, leur foi et leur langue. Sans se prostituer et en continuant à avoir des enfants. Fantastique!

A la fin de l’entretien, le pape revient spontanément à la question de la femme, de Rocio.

Pape François – Merci, merci beaucoup. Je voudrais terminer en parlant de Rocio. Cette femme n’a pas pu voir ses enfants, elle ne les a pas vus grandir, et voici son T-shirt. Je voudrais dire à ceux qui nous suivent que plus qu’un T-shirt, c’est un drapeau, un drapeau de la souffrance de tant de femmes qui donnent la vie et donnent la vie, et qui passent sans un nom. Nous connaissons le nom de Rocio, et aussi de Grecia, mais beaucoup d’autres, non. Elles passent sans laisser de nom mais laissent une semence. Le sang de Rocio et de tant de femmes tuées, utilisées, vendues, exploitées, je pense que cela doit être la semence d’une prise de conscience de tout cela. Je voudrais demander à ceux qui nous voient de faire un instant silence dans leur cœur en pensant à Rocio, pour lui donner un visage, pour penser aux femmes comme elle. Et si vous priez, priez, si vous avez des désirs, exprimez-les et que le Seigneur vous donne la grâce de pleurer. Pleurez contre toute cette injustice, contre tout ce monde sauvage et cruel, où la culture semble être juste une question d’encyclopédie. Je voudrais conclure avec ce souvenir et avec le nom de Rocio.

Questions sur la façon dont il a affronté le cas de l’ancien cardinal McCarrick :

Pape François – Je dois toujours (…) tenir compte [de la présomption d’innocence], parce que dans un procès public, il y a présomption d’innocence, même pour les juges les plus anticléricaux, pour tous. Mais il faut expliquer aux gens. Dans ce cas-ci (le cas du card. Barbarin, ndr), il faut expliquer. En revanche, dans d’autres cas, comme celui de McCarrick, où c’était évident, j’ai tranché net avant le procès. Quand le procès McCarrick s’est conclu, il y a un mois, avec la suspension de l’état clérical, je lui ai enlevé le cardinalat et tout le reste.

VA – La question de McCarrick m’amène à une autre question que je voulais aborder avec vous. Lors d’un de vos derniers voyages, vous m’avez conseillé de lire « Lettres de la tribulation » : je les ai lues, j’ai fait mes devoirs. J’ai très souvent rencontré le mot ‘silence’ et l’explication de pourquoi parfois le silence est nécessaire… Ne riez pas, pape François, c’est comme cela. Vous vous souvenez quand on vous a dit, il y a huit mois : il y a une déclaration de l’ancien nonce Carlo Maria Viganò qui dit qu’il vous a dit lui-même, lors d’une audience au début de votre pontificat, qui était Mc Carrick, et que vous n’avez rien fait, vous avez seulement dit : « Je ne répondrai pas, jugez vous-mêmes, je répondrai en temps voulu ». Ce silence a beaucoup pesé parce que, pour la presse et pour beaucoup de gens, quand quelqu’un se tait, c’est comme entre le mari et sa femme, non ? Tu attrapes ton mari qui ne te répond pas et tu dis « là, il y a quelque chose qui ne va pas ». Alors pourquoi ce silence ? Le moment est venu de répondre à cette question que nous vous avons posée dans l’avion, cela fait plus de huit mois, Pape François.

Pape François – Oui, ceux qui ont fait le droit romain disent que le silence est une façon de parler. Dans ce cas-ci, j’ai vu que Viganò n’avait pas lu toute la lettre, alors j’ai pensé faire confiance à l’honnêteté des journalistes et je vous ai dit : « Regardez, ici, vous avez tout, étudiez et tirez vous-mêmes les conclusions ». Et vous l’avez fait, parce que c’est vous qui avez fait le travail et, dans ce cas-ci, cela a été fantastique. J’ai fait très attention à ne pas dire des choses qui n’étaient pas là, mais ensuite, trois ou quatre mois plus tard, un juge de Milan les a dites quand il l’a condamné.

VA – Vous parlez de sa famille?

Pape François – Oui. Je me suis tu, parce que j’aurais dû jeter de la boue. Que les journalistes le découvrent. Et vous l’avez découvert, vous avez trouvé tout ce monde. C’était un silence basé sur la confiance en vous. Pas uniquement. Mais je vous ai aussi dit : « Prenez, étudiez-le, c’est tout ». Et le résultat a été bon, meilleur que si je m’étais mis à expliquer, à me défendre. Vous jugez les preuves en main. Il y a autre chose qui m’a toujours frappé : les silences de Jésus. Jésus répondait toujours, même à ses ennemis quand ils le provoquaient, « on peut faire ceci, cela » pour voir s’il tombait dans la provocation. Et dans ce cas, il répondait. Mais quand c’est devenu de l’acharnement, le Vendredi saint, l’acharnement des gens, il s’est tu. Au point que Pilate lui-même dit : « Pourquoi ne me réponds-tu pas ? ». Cela signifie que, dans un climat d’acharnement, on ne peut pas répondre. Et cette lettre était un acharnement, comme vous vous en êtes rendu compte vous-mêmes à partir des résultats. Certains d’entre vous ont même écrit qu’elle était payée, je ne sais pas, je ne crois pas.

VA – Certains continuent de penser qu’elle est vraie et ils continuent de se demander pourquoi, si vous étiez ou non au courant de McCarrick. Dans la presse, il y a de tout évidemment.

Pape François – À propos de McCarrick je ne savais rien, naturellement, rien. Je l’ai dit plusieurs fois, je ne savais rien. Vous savez que je ne savais rien de McCarrick, sinon je ne me serais pas tu. La raison de mon silence a été avant tout le fait que les preuves étaient là, je vous ai dit : « Jugez vous-mêmes ». Cela a vraiment été un acte de confiance. Et puis pour ce que je vous ai dit de Jésus, que dans les moments d’acharnement, on ne peut pas parler, parce que c’est pire. Tout est contre. Le Seigneur nous a indiqué ce chemin et je le suis.

VA – Pape François, avant la rencontre de février que vous avez convoquée, dans les médias, on disait que votre pontificat était un peu mis en cause, que vous étiez excessif, et l’on parlait de la manière dont votre pontificat allait passer à l’histoire sur cette question. Vous ne nous avez pas encore parlé de l’impression qu’ont suscitée chez vous ces trois journées. Je crois que vous ne l’avez pas encore fait publiquement. Écouter ces victimes – vous les aviez déjà écoutées à d’autres occasions naturellement – mais voir tant d’évêques arriver en pensant que ce n’était pas leur problème, parce que ceux de l’Afrique et de l’Asie disaient : « ce n’est pas mon problème, c’est un problème de l’Occident, du monde anglosaxon… Que vous est-il resté de ces trois jours ? Vous avez promulgué trois nouvelles lois.

Pape François – Il m’est resté un sentiment de très grande communion ecclésiale. Le pape avec les évêques. Et puis il m’est resté le sérieux avec lequel ils ont affronté la question, dès le premier jour, certains le second, quand ils se sont rendu compte que c’était un thème brûlant. Cela a été quelque chose de sérieux, très sérieux, bien traité. Et avant cela, j’avais eu les réponses et les propositions de cette liste que je vous ai donnée à tous. Ce sont déjà des propositions et elles sont déjà mises en œuvre. Et à la fin, je me suis senti uni à tout l’épiscopat dans ce travail de lutte contre tout cela, pour y mettre fin, si nous le pouvons et pour résoudre les problèmes de corruption de ce type.

VA – Croyez-vous qu’ils ont compris que les victimes doivent être au centre ? Je crois que beaucoup de ceux qui étaient là n’avaient jamais vu les victimes, vous leur avez demandé de rencontrer d’abord les victimes. Je crois que beaucoup d’entre eux, avant votre suggestion, ne les avaient pas rencontrées.

Pape François – Oui, je ne sais pas si tous les ont rencontrées, mais il me semble qu’il y avait la bonne volonté pour le faire. En outre, parmi les propositions de la liste, que j’ai toutes acceptées, j’ai mis les huit dernières dans le discours de conclusion que j’ai prononcé. Comment procède-t-on ? Une série de décrets et de documents ont déjà été publiés.
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Source : https://fr.zenit.org
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