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 Académie des Sciences sociales: non à un « holocauste nucléaire »!

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03052019
MessageAcadémie des Sciences sociales: non à un « holocauste nucléaire »!

Académie des Sciences sociales: non à un « holocauste nucléaire »!  AAA0138


Le pape François a reçu en audience au Vatican, les participants à l’assemblée plénière de l’Académie pontificale des Sciences sociales, jeudi 2 mai 2019, dans la Salle Clémentine.

Discours du pape François :

Chers sœurs et frères,

Je vous souhaite la bienvenue et je remercie votre président, le professeur Stefano Zamagni, pour ses aimables paroles et pour avoir accepté de présider l’Académie pontificale des Sciences sociales. Cette année encore, vous avez choisi de traiter un thème d’une permanente actualité. Malheureusement, nous avons sous les yeux des situations dans lesquelles certains États nationaux mettent en œuvre leurs relations dans un esprit d’opposition plutôt que de coopération. En outre, il faut constater que les frontières des États ne coïncident pas toujours avec des démarcations de populations homogènes et que beaucoup de tensions proviennent d’une revendication excessive de souveraineté de la part des États, souvent précisément dans des domaines où ils ne sont plus en mesure d’agir efficacement pour protéger le bien commun.

Dans l’encyclique Laudato si’ comme dans le Discours aux membres du Corps diplomatique de cette année, j’ai attiré l’attention sur les défis à caractère mondial que l’humanité doit affronter, tels que le développement intégral, la paix, le soin de notre maison commune, le changement climatique, la pauvreté, les guerres, les migrations, la traite des personnes, le trafic d’organes, la protection du bien commun ou les nouvelles formes d’esclavage.

Saint Thomas a une belle notion de ce qu’est un peuple : « De même que la Seine n’est pas un fleuve déterminé par l’eau qui coule, mais par une origine et un lit précis qui font qu’on le considère toujours comme le même fleuve, bien que l’eau qui y coule soit différente, ainsi un peuple est le même non pas par l’identité d’une âme ou des hommes, mais par l’identité du territoire, ou encore davantage, des lois et de la manière de vivre, comme le dit Aristote dans le troisième livre de la Politique » (Les créatures spirituelles, a. 9, ad 10). L’Église a toujours exhorté à l’amour de son propre peuple, de sa patrie, au respect du trésor des diverses expressions culturelles, des us et coutumes et des manières justes de vivre enracinées dans les peuples. En même temps, l’Église a admonesté les personnes, les peuples et les gouvernements quant aux déviations de cet attachement lorsqu’il se transforme en exclusion et en haine de l’autre, lorsqu’il devient un nationalisme conflictuel qui élève des murs, ou carrément du racisme ou de l’antisémitisme.

L’Église observe avec préoccupation la réémergence, un peu partout dans le monde, de courants agressifs envers les étrangers, en particulier les immigrés, ainsi que ce nationalisme croissant qui néglige le bien commun. On risque ainsi de compromettre des formes déjà consolidées de coopération internationale, on attente aux objectifs des Organisations internationales comme espace de dialogue et de rencontre pour tous les pays sur un plan de respect réciproque, et on fait obstacle à la réalisation des Objectifs de développement durable approuvés à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies le 25 septembre 2015.

C’est une doctrine commune que l’État est au service de la personne et des regroupements naturels des personnes comme la famille, le groupe culturel, la nation en tant qu’expression de la volonté et les coutumes profondes d’un peuple, le bien commun et la paix. Trop souvent, toutefois, les États sont asservis aux intérêts d’un groupe dominant, surtout pour des raisons de profit économique, qui opprime, entre autres, les minorités ethniques, linguistiques ou religieuses qui se trouvent sur leur territoire.

Dans cette optique, par exemple, la manière dont une nation accueille les migrants révèle sa vision de la dignité humaine et de son rapport à l’humanité. Toutes les personnes humaines sont membres de l’humanité et ont la même dignité. Quand une personne ou une famille est contrainte à laisser sa terre, elle doit être accueillie avec humanité. J’ai dit à maintes reprises que nos obligations envers les migrants s’articulent autour de quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. Le migrant n’est pas une menace contre la culture, les coutumes et les valeurs de la nation qui accueille. Il a lui aussi un devoir, celui de s’intégrer dans la nation qui le reçoit.

Intégrer ne signifie pas assimiler, mais partager le genre de vie de sa nouvelle patrie, tout en restant soi-même comme personne, porteur d’une histoire biographique personnelle. De cette façon, le migrant pourra se présenter et être reconnu comme une opportunité pour enrichir le peuple qui l’intègre. C’est la tâche de l’autorité publique de protéger les migrants et de réguler avec la vertu de prudence les flux migratoires, comme de promouvoir l’accueil de sorte que les populations locales soient formées et encouragées à participer consciemment au processus d’intégration des migrants accueillis.

La question migratoire, qui est une donnée permanente de l’histoire humaine, ravive aussi la réflexion sur la nature de l’État national. Toutes les nations sont le fruit de l’intégration de vagues successives de personnes ou de groupes de migrants et tendent à être des images de la diversité de l’humanité tout en étant unies par des valeurs, des ressources culturelles communes et de saines coutumes. Un État qui susciterait des sentiments nationalistes de son peuple contre d’autres nations ou groupes de personnes manquerait à sa mission. Nous savons par l’histoire où mènent de semblables déviations ; je pense à l’Europe du siècle dernier.

L’État national ne peut être considéré comme un absolu, comme une île par rapport au contexte environnant. Dans la situation actuelle de mondialisation non seulement de l’économie mais aussi des échanges technologiques et culturels, l’État national n’est plus en mesure de procurer seul le bien commun à ses populations. Le bien commun est devenu mondial et les nations doivent s’associer dans leur propre intérêt. Quand un bien commun supranational est clairement identifié, il faut une autorité spécifique, juridiquement et unanimement constituée, capable de favoriser sa mise en œuvre. Pensons aux grands défis contemporains du changement climatique, des nouveaux esclavages et de la paix.

Si, en vertu du principe de subsidiarité, chaque nation doit avoir le pouvoir d’agir aussi loin qu’elle le peut, par ailleurs, des groupes de nations voisines – comme c’est déjà le cas – peuvent renforcer leur coopération en attribuant l’exercice de certaines fonctions et de certains services à des institutions intergouvernementales qui gèrent leurs intérêts communs. Il faut espérer, par exemple, que nous ne perdrons pas en Europe la conscience des bénéfices apportés par cette voie de rapprochement et de concorde entre les peuples entreprise après la seconde guerre mondiale. En Amérique latine, en revanche, Simón Bolivar a exhorté les dirigeants de son temps à forger le rêve d’une Grande Patrie qui sache et puisse accueillir, respecter, embrasser et développer la richesse de chaque peuple. Cette vision coopérative entre les nations peut faire avancer l’histoire en relançant le multilatéralisme, qui s’oppose à la fois aux nouvelles montées nationalistes et à une politique hégémonique.

L’humanité éviterait ainsi la menace du recours à des conflits armés chaque fois que surgit un différend entre États nationaux, de même qu’elle échapperait au danger de la colonisation économique et idéologique des superpuissances, évitant l’oppression du plus faible par le plus fort, en prêtant attention à la dimension mondiale sans perdre de vue la dimension locale, nationale et régionale. Devant le dessein d’une mondialisation imaginée comme « sphérique », qui nivelle les différences et étouffe la localisation, les nationalismes comme les impérialismes hégémoniques peuvent facilement émerger à nouveau. Afin que la mondialisation puisse être au bénéfice de tous, il faut penser à en réaliser une forme « polyédrique » en soutenant une saine lutte pour la reconnaissance mutuelle entre l’identité collective de chaque peuple et nation et la mondialisation, en vertu du principe selon lequel le tout vient avant les parties, afin de parvenir à un état général de paix et de concorde.

Les instances multilatérales ont été créées dans l’espérance de pouvoir remplacer la logique de la vengeance, la logique de la domination, de l’oppression et du conflit par celle du dialogue, de la médiation, du compromis, de la concorde et de la conscience d’appartenir à la même humanité dans notre maison commune. Certes, il faut que ces organismes garantissent que les États sont effectivement représentés, égaux en droits et en devoirs, pour éviter la croissante hégémonie de pouvoirs et de groupes d’intérêts qui imposent leurs visions et leurs idées, ainsi que les nouvelles formes de colonisation idéologique, souvent peu respectueuses de l’identité, des us et coutumes, de la dignité et de la sensibilité des peuples concernés. L’émergence de ces tendances affaiblit le système multilatéral, ce qui résulte dans un manque de crédibilité dans la politique internationale et dans une progressive marginalisation des membres les plus vulnérables de la famille des nations.

Je vous encourage à persévérer dans la recherche de processus aptes à dépasser ce qui divise les nations et à proposer de nouvelles voies de coopération, surtout en ce qui concerne les nouveaux défis du changement climatique et des nouveaux esclavages, ainsi que ce bien commun suprême qu’est la paix. Malheureusement, aujourd’hui, la saison du désarmement nucléaire multilatéral semble dépassée et ne trouble plus la conscience politique des nations qui possèdent des armes atomiques. Au contraire, il semble que s’ouvre une nouvelle saison d’opposition nucléaire inquiétante, parce qu’elle annule les progrès du passé récent et multiplie le risque des guerres, y compris en raison d’un mauvais fonctionnement possible de technologies qui ont fait de grands progrès mais qui sont toujours sujettes à l’impondérable naturel et humain. Si, maintenant, non seulement sur la terre mais aussi dans l’espace, on place des armes nucléaires offensives et défensives, la fameuse nouvelle frontière technologique aura élevé et non abaissé le niveau du danger d’un holocauste nucléaire.

C’est pourquoi l’État est appelé à une plus grande responsabilité. Toute en maintenant les caractéristiques d’indépendance et de souveraineté et en continuant à poursuivre le bien de sa population, aujourd’hui, il est de son devoir de participer à l’édification du bien commun de l’humanité, élément nécessaire et essentiel pour l’équilibre mondial. Ce bien commun universel, à son tour, doit acquérir une valeur juridique plus accentuée au niveau international. Je ne pense certes pas à un universalisme ou à un internationalisme générique qui néglige l’identité de chaque peuple : celle-ci, en effet, doit toujours être valorisée en tant qu’apport unique et indispensable dans le plus grand dessein harmonique.

Chers amis, en tant qu’habitants de notre temps, chrétiens et académiciens de l’Académie pontificale des Sciences sociales, je vous demande de collaborer avec moi à diffuser cette conscience d’une solidarité internationale renouvelée dans le respect de la dignité humaine, du bien commun, du respect de la planète et du bien suprême qu’est la paix.

Je vous bénis tous, je bénis votre travail et vos initiatives. Je vous accompagne de ma prière et vous aussi, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci !
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Source : https://fr.zenit.org/
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