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JE SERAI A LOURDES DU 13 AU 21 /07/2019 ...ce site sera mis a jour dès mon retour(votre frère Philippe)

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 « Le Christ vit ! » CHAPITRES 5 ET 6

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02042019
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Mardi 2 Avril 2019

« Le Christ vit ! », texte intégral de l’exhortation apostolique


EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE CHRISTUS VIVIT
DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS
AUX JEUNES ET À TOUT LE PEUPLE DE DIEU

CHAPITRES 5 ET 6

CHAPITRE 5

Chemins de jeunesse

134. Comment vit-on sa jeunesse lorsqu’on se laisse éclairer par la grande nouvelle de l’Evangile? Il est important de se poser cette question parce que la jeunesse est plus qu’une fierté, elle est un don de Dieu: «Etre jeune est une grâce, une chance ».[71] C’est un don que nous pouvons gaspiller inutilement, ou bien que nous pouvons recevoir avec reconnaissance et vivre en plénitude.

135. Dieu est l’auteur de la jeunesse, et il œuvre en chaque jeune. La jeunesse est un temps béni pour le jeune, et une bénédiction pour l’Eglise et pour le monde. Elle est une joie, un chant d’espérance et une béatitude. Apprécier la jeunesse implique de voir ce temps de la vie comme un moment précieux, et non comme un temps qui passe où les personnes jeunes se sentent poussées vers l’âge adulte.

Un temps de rêves et de choix

136. A l’époque de Jésus, la sortie de l’enfance était une étape très attendue dans la vie qui était célébrée et grandement appréciée. Il en résulte que Jésus, lorsqu’il redonne la vie à une “enfant” (Mc 5, 39), lui fait faire un pas, l’encourage et la change en “jeune fille” (Mc 5, 41). En lui disant «jeune fille, lève-toi» (talitá kum), il la rend en même temps plus responsable de sa vie en lui ouvrant les portes de la jeunesse.

137. «La jeunesse, phase du développement de la personnalité, est marquée par des rêves qui, peu à peu, prennent corps, par des relations qui acquièrent toujours plus de consistance et d’équilibre, par des tentatives et des expériences, par des choix qui construisent progressivement un projet de vie. A cette période de la vie, les jeunes sont appelés à se projeter en avant, sans couper leurs racines, à construire leur autonomie, mais pas dans la solitude».[72]

138. L’amour de Dieu et notre relation avec le Christ vivant ne nous empêchent pas de rêver, et n’exigent pas de nous que nous rétrécissions nos horizons. Au contraire, cet amour nous pousse en avant, nous stimule, nous élance vers une vie meilleure et plus belle. Le mot “inquiétude” résume les nombreuses quêtes du cœur des jeunes. Comme le disait saint Paul VI: «Il y a un élément de lumièreprécisément dans les insatisfactions qui vous tourmentent ».[73] L’inquiétude qui rend insatisfait, jointe à l’étonnement pour la nouveauté qui pointe à l’horizon, ouvre un passage à l’audace qui les met en mouvement pour s’assumer eux-mêmes, devenir responsable d’une mission. Cette saine anxiété, qui s’éveille surtout dans la jeunesse, continue d’être la caractéristique de tout cœur qui reste jeune, disponible, ouvert. La véritable paix intérieure cohabite avec cette insatisfaction profonde. Saint Augustin disait: «Seigneur, tu nous a créés pour toi et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi».[74]

139. Il y a longtemps, un ami me demanda ce que je voyais quand je pensais à un jeune. Ma réponse a été: «Je vois un garçon ou une fille au pied agile qui cherche sa voie, qui entre dans le monde et qui regarde l’horizon avec les yeux pleins d’espoir, pleins de l’avenir et aussi d’illusions. Le jeune marche sur ses deux pieds comme les adultes, mais à la différence des adultes, qui les gardent bien parallèles, il en a toujours un devant l’autre, sans cesse prêt à partir, à bondir. Toujours prêt à aller de l’avant. Parler des jeunes, c’est parler de promesses, et c’est parler de joie. Ils ont une force immense, ils sont capables de regarder avec espoir. Un jeune est une promesse de vie qui possède par nature un certain degré de ténacité; il a assez de folie pour pouvoir s’illusionner, tout en ayant aussi la capacité à guérir de la désillusion qui peut s’ensuivre ».[75]

140. Certains jeunes rejettent parfois cette étape de la vie, parce qu’ils veulent rester enfants ou bien désirent «un prolongement indéfini de l’adolescence et le renvoi des décisions ; la peur du définitif engendre ainsi une sorte de paralysie décisionnelle. La jeunesse ne peut toutefois pas rester un temps suspendu : c’est l’âge des choix et c’est précisément en cela que réside sa fascination et sa tâche la plus grande. Les jeunes prennent des décisions dans le domaine professionnel, social, politique, et d’autres, plus radicales, qui donneront à leur existence une orientation déterminante».[76] Ils prennent aussi des décisions en rapport avec l’amour, le choix du partenaire et la possibilité d’avoir les premiers enfants. Nous approfondirons ces thèmes dans les derniers chapitres qui portent sur la vocation de chacun et son discernement.

141. Mais à l’encontre des rêves qui entraînent des décisions, souvent «il y a la menace de la lamentation, de la résignation. Celles-là, nous les laissons à ceux qui suivent la “déesse lamentation” […] Elle est une tromperie ; elle te fait prendre la mauvaise route. Quand tout semble immobile et stagnant, quand les problèmes personnels nous inquiètent, quand les malaises sociaux ne trouvent pas les réponses qu’ils méritent, ce n’est pas bon de partir battus. Le chemin est Jésus ; le faire monter dans notre « bateau » et avancer au large avec lui ! Il est le Seigneur ! Il change la perspective de la vie. La foi en Jésus conduit à une espérance qui va au-delà, à une certitude fondée non seulement sur nos qualités et nos dons, mais sur la Parole de Dieu, sur l’invitation qui vient de lui. Sans faire trop de calculs humains ni trop se préoccuper de vérifier si la réalité qui vous entoure coïncide avec vos sécurités. Avancez au large, sortez de vous-mêmes ».[77]

142. Il faut persévérer sur le chemin des rêves. Pour cela, il faut être attentifs à une tentation qui nous joue d’habitude un mauvais tour: l’angoisse. Elle peut être une grande ennemie lorsqu’il nous arrive de baisser les bras parce que nous découvrons que les résultats ne sont pas immédiats. Les rêves les plus beaux se conquièrent avec espérance, patience et effort, en renonçant à l’empressement. En même temps il ne faut pas s’arrêter par manque d’assurance, il ne faut pas avoir peur de parier et de faire des erreurs. Il faut avoir peur de vivre paralysés, comme morts dans la vie, transformés en des personnes qui ne vivent pas, parce qu’elles ne veulent pas risquer, parce qu’elles ne persévèrent pas dans leurs engagements et parce qu’elles ont peur de se tromper. Même si tu te trompes, tu pourras toujours lever la tête et recommencer, parce que personne n’a le droit de te voler l’espérance.

143. Jeunes, ne renoncez pas au meilleur de votre jeunesse, ne regardez pas la vie à partir d’un balcon. Ne confondez pas le bonheur avec un divan et ne vivez pas toute votre vie derrière un écran. Ne devenez pas le triste spectacle d’un véhicule abandonné. Ne soyez pas des voitures stationnées. Il vaut mieux que vous laissiez germer les rêves et que vous preniez des décisions. Prenez des risques, même si vous vous trompez. Ne survivez pas avec l’âme anesthésiée, et ne regardez pas le monde en touristes. Faites du bruit! Repoussez dehors les craintes qui vous paralysent, afin de ne pas être changés en jeunes momifiés. Vivez! Donnez-vous à ce qu’il y a de mieux dans la vie! Ouvrez la porte de la cage et sortez voler! S’il vous plaît, ne prenez pas votre retraite avant l’heure!

Les envies de vivre et d’expérimenter

144. Cette projection vers l’avenir qui se rêve ne signifie pas que les jeunes soient complètement lancés en avant, car, en même temps, il y a en eux un fort désir de vivre le présent, de profiter au maximum des possibilités que leur offre cette vie. Ce monde est rempli de beauté! Comment dédaigner les dons de Dieu?

145. Contrairement à ce que beaucoup pensent, le Seigneur ne veut pas affaiblir ces envies de vivre. Il est bon de se souvenir de ce qu’un sage de l’Ancien Testament enseignait: «Mon fils, si tu as de quoi, traite-toi bien […] Ne te refuse pas le bonheur présent » (Si 14, 11.14). Le Dieu véritable, celui qui t’aime, te veut heureux. C’est pourquoi, dans la Bible, nous voyons aussi ce conseil adressé aux jeunes: «Réjouis-toi, jeune homme, dans ta jeunesse, sois heureux aux jours de ton adolescence […] Éloigne de ton cœur le chagrin » (Qo 11, 9-10). Car Dieu est celui qui «pourvoit largement à tout, afin que nous en jouissions » (1Tm 6, 17).

146. Comment pourra-t-il être reconnaissant à Dieu celui qui n’est pas capable de profiter de ses petits cadeaux quotidiens, celui qui ne sait pas s’arrêter devant les choses simples et agréables qu’il rencontre à chaque pas? Car «il n’y a pas homme plus cruel que celui qui se torture soi-même » (Si 14, 6). Il ne s’agit pas d’être insatiable, toujours obsédé par le fait d’avoir toujours plus de plaisirs. Au contraire, cela t’empêcherait de vivre le présent. La question est de savoir ouvrir les yeux et de s’arrêter pour vivre pleinement, et avec gratitude, chaque petit don de la vie.

147. Il est clair que la Parole de Dieu ne t’invite pas seulement à préparer demain, mais à vivre le présent: «Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s’inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 34). Mais il ne s’agit pas de nous lancer dans une frénésie irresponsable qui nous laisserait vides et toujours insatisfaits; mais de vivre le présent à fond, en utilisant les énergies pour de bonnes choses, en cultivant la fraternité, en suivant Jésus et en appréciant chaque petite joie de la vie comme un don de l’amour de Dieu.

148. Dans ce sens, je voudrais rappeler que le Cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuân, lorsqu’il était emprisonné dans un camp de concentration, ne voulait pas que ses journées consistent seulement à attendre et attendre un avenir. Son choix était de “vivre le moment présent en le remplissant d’amour”; et il le faisait de la manière suivante: «Je profite des occasions qui se présentent tous les jours pour faire des actions ordinaires de manière extraordinaire».[78] Pendant que tu te bats pour donner forme à tes rêves, vis pleinement l’aujourd’hui, remplis d’amour chaque moment et donne-le entièrement. Car il est vrai que cette journée de ta jeunesse peut être la dernière, et cela vaut donc la peine de la vivre avec toute l’envie et toute la profondeur possible.

149. Cela comprend aussi les moments difficiles qui doivent être vécus à fond pour parvenir à en découvrir le sens. Comme l’enseignent les évêques de Suisse: «Il est là où nous pensions qu’il nous avait abandonnés, et qu’il n’y avait plus de salut. C’est un paradoxe, mais la souffrance, les ténèbres se sont transformées, pour beaucoup de chrétiens […] en lieux de rencontre avec Dieu ».[79] De plus, le désir de vivre et de faire des expériences nouvelles concerne en particulier beaucoup de jeunes en condition de handicap physique, psychique et sensoriel. Même s’ils ne peuvent pas toujours faire les mêmes expériences que leurs compagnons, ils ont des ressources surprenantes, inimaginables, qui parfois sortent de l’ordinaire. Le Seigneur Jésus les comble d’autres dons, que la communauté est appelée à mettre en valeur, pour qu’ils puissent découvrir son projet d’amour pour chacun d’eux.

Dans l’amitié avec le Christ

150. Bien que tu vives et fasses des expériences, tu ne parviendras pas à la pleine jeunesse, tu ne connaîtras pas la véritable plénitude d’être jeune, si tu ne rencontres pas chaque jour le grand ami, si tu ne vis pas dans l’amitié de Jésus.

151. L’amitié est un cadeau de la vie, un don de Dieu. Le Seigneur nous polit et nous fait mûrir à travers les amis. En même temps, les amis fidèles, qui sont à nos côtés dans les moments difficiles, sont un reflet de la tendresse du Seigneur, de son réconfort et de son aimable présence. Avoir des amis nous apprend à nous ouvrir, à prendre soin des autres, à les comprendre, à sortir de notre confort et de l’isolement, à partager la vie. C’est pourquoi: «Un ami fidèle n’a pas de prix » (Si 6,15).

152. L’amitié n’est pas une relation fugitive ou passagère, mais stable, solide, fidèle, qui mûrit avec le temps. Elle est une relation d’affection qui nous fait sentir unis, et en même temps elle est un amour généreux, qui nous porte à chercher le bien de l’ami. Même si les amis peuvent être très différents entre eux, il y a toujours des choses en commun qui les portent à se sentir proches, et il y a une intimité qui se partage avec sincérité et confiance.

153. L’amitié est si importante que Jésus se présente comme un ami: «Je ne vous appelle plus serviteurs mais je vous appelle amis » (Jn 15, 15). Par la grâce qu’il nous donne, nous sommes élevés de telle sorte que nous sommes réellement ses amis. Nous pouvons l’aimer du même amour qu’il répand en nous, étendant son amour aux autres, dans l’espérance qu’eux aussi trouveront leur place dans la communauté d’amitié fondée par Jésus-Christ.[80] Et même s’il est déjà pleinement heureux, ressuscité, il est possible d’être généreux envers lui, en l’aidant à construire son Royaume en ce monde, en étant ses instruments pour porter son message et sa lumière, et surtout son amour, aux autres (cf. Jn 15, 16). Les disciples ont entendu l’appel de Jésus à l’amitié avec lui. C’est une invitation qui ne les a pas forcés, mais qui a été proposée délicatement à leur liberté: il leur dit « Venez et voyez», et «ils vinrent donc et virent où il demeurait, et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là » (Jn 1, 39). Après cette rencontre, intime et inespérée, ils ont tout laissé et ils ont été avec lui.

154. L’amitié avec Jésus est indéfectible. Il ne s’en va jamais, même si parfois il semble être silencieux. Quand nous en avons besoin, il se laisse rencontrer par nous (cf. Jr 29, 14) et il est à nos côtés, où que nous allions (cf. Jos 1, 9). Car il ne rompt jamais une alliance. Il demande que nous ne l’abandonnions pas: «Demeurez en moi » (Jn 15, 4). Mais si nous nous éloignons, «il reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même » (2Tm 2, 13).

155. Nous parlons avec l’ami, nous partageons les choses les plus secrètes. Avec Jésus aussi, nous parlons. La prière est un défi et une aventure. Et quelle aventure! Elle permet que nous le connaissions mieux chaque jour, que nous entrions dans sa profondeur et que nous grandissions dans une union plus forte. La prière nous permet de lui dire tout ce qui nous arrive et de rester confiants dans ses bras, et en même temps elle nous offre des instants de précieuse intimité et d’affection, où Jésus répand en nous sa propre vie. En priant, nous lui «ouvrons le jeu » et nous lui faisons la place «pour qu’il puisse agir et puisse entrer et puisse triompher ».[81]

156. Il est ainsi possible de faire l’expérience d’une union constante avec lui qui dépasse tout ce que nous pouvons vivre avec d’autres personnes: «Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Ne prive pas ta jeunesse de cette amitié. Tu pourras le sentir à ton côté non seulement quand tu pries. Tu reconnaîtras qu’il marche avec toi à tout moment. Essaie de le découvrir et tu vivras la belle expérience de te savoir toujours accompagné. C’est ce qu’ont vécu les disciples d’Emmaüs quand Jésus se rendit présent et «marchait avec eux» (Lc 24, 15), alors qu’ils marchaient et parlaient, désorientés. Un saint a ditque «le christianisme n’est pas un ensemble de vérités à croire, de lois à suivre, d’interdictions. Il devient repoussant de cette manière. Le christianisme est une Personne qui m’a aimé tellement qu’il demande mon amour. Le christianisme, c’est le Christ ».[82]

157. Jésus peut réunir tous les jeunes de l’Eglise en un unique rêve, «un grand rêve et un rêve capable d’abriter tout le monde. Ce rêve pour lequel Jésus a donné sa vie sur la croix et que l’Esprit Saint a répandu et a marqué au feu, le jour de la Pentecôte, dans le cœur de tout homme et de toute femme, dans le cœur de chacun […] Il l’a gravé dans l’attente de trouver de la place pour grandir et pour se développer. Un rêve, un rêve appelé Jésus semé par le Père, Dieu comme Lui – comme le Père – envoyé par le Père, dans la confiance qu’il grandira et vivra en chaque cœur. Un rêve concret, qui est une personne, qui circule dans nos veines, qui fait frissonner le cœur et le fait danser chaque fois que nous l’écoutons ».[83]

La croissance et le mûrissement

158. Beaucoup de jeunes ont le souci de leur corps, se préoccupent du développement de la force physique ou de l’apparence. D’autres s’inquiètent de développer leurs capacités et leurs connaissances, et ils se sentent ainsi plus sûrs. Certains visent plus haut, essayent de s’engager davantage et cherchent un développement spirituel. Saint Jean disait: «Je vous ai écrit, jeunes gens, parce que vous êtes forts, que la parole de Dieu demeure en vous» (1Jn 2, 14). Chercher le Seigneur, garder sa Parole, essayer de répondre par sa propre vie, grandir dans les vertus, cela rend fort le cœur des jeunes. C’est pourquoi il faut garder la connexion avec Jésus, être en ligne avec lui, puisque tu ne grandiras pas en bonheur et en sainteté par tes seules forces ni par ton esprit. De même que tu fais attention à ne pas perdre la connexion Internet, fais attention à ce que ta connexion avec le Seigneur reste active; et cela signifie ne pas couper le dialogue, l’écouter, lui raconter tes affaires et, quand tu ne sais pas clairement ce que tu dois faire, lui demander: Jésus, qu’est-ce que tu ferais à ma place?[84]

159. J’espère que tu t’estimes toi-même, que tu te prends au sérieux, que tu cherches ta croissance spirituelle. En plus des enthousiasmes propres à la jeunesse, il y a la beauté de chercher «la justice, la foi, la charité, la paix » (2Tm 2, 22). Cela ne veut pas dire perdre la spontanéité, le courage, l’enthousiasme, la tendresse. Car devenir adulte ne signifie pas abandonner les valeurs les meilleures de cette étape de la vie. Autrement, le Seigneur pourrait un jour te faire des reproches : «Je me rappelle l’affection de ta jeunesse, l’amour de tes fiançailles, alors que tu marchais derrière moi au désert » (Jr 2, 2).

160. Au contraire, même un adulte doit mûrir sans perdre les valeurs de la jeunesse. Car chaque étape de la vie est une grâce qui demeure; elle renferme une valeur qui ne doit pas passer. Une jeunesse bien vécue reste comme une expérience intérieure, et elle est reprise dans la vie adulte, elle est approfondie et continue à donner du fruit. Si le propre du jeune est de se sentir attiré par l’infini qui s’ouvre et qui commence,[85] un risque de la vie adulte, avec ses sécurités et ses conforts, est de restreindre toujours plus cet horizon et de perdre cette valeur propre aux années de la jeunesse. Or le contrairedevrait arriver: mûrir, grandir et organiser sa vie sans perdre cet attrait, cette vaste ouverture, cette fascination pour une réalité qui est toujours plus. A chaque moment de la vie, nous devrions pouvoir renouveler et renforcer la jeunesse. Quand j’ai commencé mon ministère de Pape, le Seigneur m’a élargi les horizons et m’a offert une nouvelle jeunesse. La même chose peut arriver pour un mariage célébré il y a de nombreuses années, ou pour un moine entré dans son monastère. Il y a des choses qui demandent des années pour“s’établir”, mais ce mûrissement peut cohabiter avec un feu qui se renouvelle, avec un cœur toujours jeune.

161. Grandir c’est conserver et nourrir les choses les plus précieuses que la jeunesse te laisse, mais, en même temps, c’est être ouvert à purifier ce qui n’est pas bon et à recevoir de nouveaux dons de Dieu qui t’appelle à développer ce qui a de la valeur. Parfois, le complexe d’infériorité peut te conduire à ne pas vouloir voir tes défauts et tes faiblesses, et tu peux de la sorte te fermer à la croissance et à la maturation. Il est mieux de te laisser aimer par Dieu, qui t’aime comme tu es, qui t’estime et te respecte, mais qui, aussi, te propose toujours plus: plus de son amitié, plusde ferveur dans la prière, plusde faim de sa Parole, plusde désir de recevoir le Christ dans l’Eucharistie, plusde désir de vivre son Evangile, plusde force intérieure, plusde paix et de joie spirituelle.

162. Mais je te rappelle que tu ne seras pas saint ni accompli, en copiant les autres. Imiter les saints ne signifie pas copier leur manière d’être et de vivre la sainteté: «Il y a des témoins qui sont utiles pour nous encourager et pour nous motiver, mais non pour que nous les copiions, car cela pourrait même nous éloigner de la route unique et spécifique que le Seigneur veut pour nous ».[86] Tu dois découvrir qui tu es et développer ta manière propre d’être saint, au-delà de ce que disent et pensent les autres. Arriver à être saint, c’est arriver à être plus pleinement toi-même, à être ce que Dieu a voulu rêver et créer, pas une photocopie. Ta vie doit être un aiguillon prophétique qui stimule les autres, qui laisse une marque dans ce monde, cette marque unique que toi seul pourras laisser. En revanche, si tu copies, tu priveras cette terre, et aussi le ciel, de ce que personne d’autre que toi ne pourra offrir. Je me rappelle que saint Jean de la Croix, dans son Cantique Spirituel, écrit que chacun doit tirer profit de ses conseils spirituels «à sa façon»[87], car le même Dieu a voulu manifester sa grâce «d’une manière aux uns, et aux autres d’une autre».[88]

Sentiers de fraternité

163. Ton développement spirituel s’exprime avant tout en grandissant dans l’amour fraternel, généreux, miséricordieux. Saint Paul le disait: «Que le Seigneur vous fasse croître et abonder dans l’amour que vous avez les uns envers les autres et envers tous » (1Th 3, 12). Si seulement tu vivais toujours plus cette “extase” de sortir de toi-même pour chercher le bien des autres jusqu’à donner ta vie.

164. Une rencontre avec Dieu prend le nom d’“extase” lorsqu’elle nous sort de nous-mêmes et nous élève, captivés par l’amour et la beauté de Dieu. Mais nous pouvons aussi être sortis de nous-mêmes pour reconnaître la beauté cachée en tout être humain, sa dignité, sa grandeur en tant qu’image de Dieu et d’enfant du Père. L’Esprit Saint veut nous stimuler pour que nous sortions de nous-mêmes, embrassions les autres par amour et recherchions leur bien. Par conséquent, il est toujours mieux de vivre la foi ensemble et d’exprimer notre amour dans une vie communautaire, en partageant avec d’autres jeunes notre affection, notre temps, notre foi et nos préoccupations. L’Eglise propose beaucoup de lieux divers pour vivre la foi en communauté, car tout est plus facile ensemble.

165. Les blessures que tu as reçues peuvent te porter à la tentation de l’isolement, à te replier sur toi-même, à accumuler les ressentiments; mais tu ne dois jamais cesser d’écouter l’appel de Dieu au pardon. Comme l’ont bien enseigné les évêques du Rwanda: «La réconciliation avec l’autre demande d’abord de découvrir en lui la splendeur de l’image de Dieu […] Dans cette optique, il est vital de distinguer le pécheur de son péché et de son offense, pour arriver à la vraie réconciliation. Cela veut dire que tu haïsses le mal que l’autre t’inflige, mais que tu continues de l’aimer parce que tu reconnais sa faiblesse et vois l’image de Dieu en lui ».[89]

166. Parfois, toute l’énergie, les rêves et l’enthousiasme de la jeunesse s’affaiblissent par la tentation de nous enfermer en nous-mêmes, dans nos difficultés, dans la blessure de nos sentiments, dans nos plaintes et dans notre confort. Ne permets pas que cela t’arrive, parce que tu deviendras vieux intérieurement, avant l’heure. Chaque âge a sa beauté, et la jeunesse possède l’utopie communautaire, la capacité de rêver ensemble, les grands horizons que nous fixons ensemble.

167. Dieu aime la joie des jeunes et il les invite spécialement à cette joie qui se vit en communion fraternelle, à cette allégresse supérieure de celui qui sait partager, parce que «il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20, 35) et que «Dieu aime celui qui donne avec joie » (2Co 9,7). L’amour fraternel multiplie notre capacité de bonheur car il nous rend capable d’être heureux du bien des autres: «Réjouissez-vous avec qui est dans la joie » (Rm 12, 15). Que la spontanéité et l’élan de ta jeunesse se changent chaque jour davantage en spontanéité de l’amour fraternel, en courage pour répondre toujours par le pardon, par la générosité, par l’envie de faire communauté. Un proverbe africain dit: “Si tu veux aller vite, marche seul. Si tu veux aller loin, marche avec les autres”. Ne nous laissons pas voler la fraternité.

Des jeunes engagés

168. Il est vrai que, parfois, face à un monde rempli de violences et d’égoïsme, les jeunes peuvent courir le risque de s’enfermer dans de petits groupes, et se priver ainsi des défis de la vie en société, d’un monde vaste, stimulant et dans le besoin. Ils sentent qu’ils vivent l’amour fraternel, mais peut-être leur groupe s’est-il changé en un simple prolongement de soi. Cela devient plus grave si la vocation de laïc se conçoit seulement comme un service à l’intérieur de l’Eglise (lecteurs, acolytes, catéchiste, etc.), oubliant que la vocation laïque consiste avant tout dans la charité en famille, la charité sociale et la charité politique: elle est un engagement concret, à partir de la foi, pour la construction d’une société nouvelle, elle consiste à vivre au milieu du monde et de la société pour évangéliser ses diverses instances, pour faire grandir la paix, la cohabitation, la justice, les droits humains, la miséricorde, et étendre ainsi le Règne de Dieu dans le monde.

169. Je propose aux jeunes d’aller au-delà des groupes d’amis et de construire l’«amitié sociale, chercher le bien commun. L’inimitié sociale détruit. Et l’inimitié détruit une famille. L’inimitié détruit un pays. L’inimitié détruit le monde. Et l’inimitié la plus grande, c’est la guerre. Et aujourd’hui, nous voyons que le monde est en train d’être détruit par la guerre, parce qu’ils sont incapables de s’asseoir et de se parler […]. Soyez capables de créer l’amitié sociale».[90] Ce n’est pas facile. Il faut toujours renoncer à quelque chose, il faut négocier, mais si nous le faisons en pensant au bien de tous, nous pourrons réaliser la magnifique expérience de laisser de côté les différences pour lutter ensemble pour une chose commune. Oui, essayons de chercher les points de coïncidence parmi les nombreuses dissensions, dans cet effort artisanal parfois coûteux de jeter des ponts, de construire une paix qui soit bonne pour tous; cela c’est le miracle de la culture de la rencontre que les jeunes peuvent oser vivre avec passion.

170. Le Synode a reconnu que «bien que sous une forme différente par rapport aux générations passées, l’engagement social est un trait spécifique des jeunes d’aujourd’hui. A côté de certains qui restent indifférents, il y en a beaucoup d’autres qui sont disponibles pour des initiatives de volontariat, de citoyenneté active et de solidarité sociale: il est important de les accompagner et de les encourager pour faire émerger leurs talents, leurs compétences et leur créativité et pour inciter à la prise de responsabilité de leur part. L’engagement social et le contact direct avec les pauvres demeurent une occasion fondamentale de découverte et d’approfondissement de la foi et de discernement de sa propre vocation. […] La disponibilité en faveur de l’engagement dans le domaine politique en vue du bien commun a été signalée ».[91]

171. Aujourd’hui, grâce à Dieu, les groupes de jeunes en paroisse, dans les collèges, dans les mouvements, ou les groupes universitaires, sortent souvent pour accompagner les personnes âgées et malades, ou visiter les quartiers pauvres, ou bien sortent ensemble pour aider les personnes dans le besoin dans ce qu’on appelle les “nuits de la charité”. Ils reconnaissent souvent que, dans ces activités, ils reçoivent plus qu’ils ne donnent, car on apprend et mûrit beaucoup lorsqu’on ose entrer en contact avec la souffrance des autres. De plus, il y a chez les pauvres une sagesse cachée, et ils peuvent, avec des mots simples, nous aider à découvrir des valeurs que nous ne voyons pas.

172. D’autres jeunes participent à des programmes sociaux pour construire des maisons pour ceux qui n’ont pas de toit, ou pour assainir des lieux pollués, ou pour collecter des aides pour les personnes les plus nécessiteuses. Il serait bon que cette énergie communautaire s’applique non seulement à des actions ponctuelles, mais de manière stable, avec des objectifs clairs et une bonne organisation qui aide à réaliser un travail plus suivi et plus efficace. Les étudiants peuvent s’unir de manière interdisciplinaire pour appliquer leur savoir à la résolution de problèmes sociaux, et ils peuvent, dans cette tâche, travailler au coude à coude avec les jeunes d’autres Eglises ou d’autres religions.

173. Comme dans le miracle de Jésus, les pains et les poissons des jeunes peuvent se multiplier (cf. Jn 6, 4-13). De même que dans la parabole, les petites semences des jeunes se transforment en arbres et en récoltes (cf. Mt 13, 23. 31-32). Tout cela à partir de la source vive de l’Eucharistie dans laquelle notre pain et notre vin sont transfigurés pour nous donner la vie éternelle. Si on demande aux jeunes un travail important et difficile, ils pourront, avec la foi dans le Ressuscité, l’affronter avec créativité et espérance, et en se disposant toujours au service, comme les serviteurs de ces noces, surpris d’être les collaborateurs du premier signe de Jésus, qui ont seulement suivi la consigne de sa Mère: «Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2, 5). Miséricorde, créativité et espérance font grandir la vie.

174. Je veux t’inciter à cet engagement, parce que je sais que «ton cœur, cœur jeune, veut construire un monde meilleur. Je suis les nouvelles du monde et je vois quede nombreux jeunes, en tant de parties du monde, sont sortis sur les routes pour exprimer le désir d’une civilisation plus juste et fraternelle. Les jeunes sur les routes. Ce sont des jeunes qui veulent être protagonistes du changement. S’il vous plaît, ne laissez pas les autres être protagonistes du changement! Vous, vous êtes ceux qui ont l’avenir! Par vous l’avenir entre dans le monde. Je vous demande aussi d’être protagonistes de ce changement. Continuez à vaincre l’apathie, en donnant une réponse chrétienne aux inquiétudes sociales et politiques, présentes dans diverses parties du monde. Je vous demande d’être constructeurs du monde, de vous mettre au travail pour un monde meilleur. Chers jeunes, s’il vous plaît, ne regardez pas la vie “du balcon”, mettez-vous en elle, Jésus n’est pas resté au balcon, il s’est immergé; ne regardez pas la vie“du balcon”, immergez-vous en elle comme l’a fait Jésus ».[92]

Des missionnaires courageux

175. Amoureux du Christ, les jeunes sont appelés à témoigner de l’Evangile partout, par leur propre vie. Saint Albert Hurtado disait: «Etre apôtre ce n’est pas porter un insigne à la boutonnière de la veste; ce n’est pas parler de la vérité mais la vivre, s’incarner en elle, devenir Christ. Etre apôtre ce n’est pas porter une torche à la main, posséder la lumière mais être la lumière […] L’Evangile […] plus qu’un enseignement est un exemple. Le message changé en vie vécue».[93]

176. La valeur du témoignage ne signifie pas que l’on doit faire taire la Parole. Pourquoi ne pas parler de Jésus, pourquoi ne pas dire aux autres qu’il donne la force de vivre, qu’il est bon de parler avec lui, que méditer ses parolesnous fait du bien ? Jeunes, ne permettez pas que le monde vous entraîne à partager seulement les choses mauvaises ou superficielles. Soyez capables d’aller à contre-courant et sachez partager Jésus, communiquez la foi qu’il vous a offerte. Si seulement vous pouviez sentir dans le cœur le même mouvement irrésistible qui agitait saint Paul quand il disait: «Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile » (1Co 9, 16).

177. «Où nous envoie Jésus ? Il n’y a pas de frontières, il n’y a pas de limites : il nous envoie à tous. L’Evangile est pour tous et non pour quelques-uns. Il n’est pas seulement pour ceux qui semblent plus proches, plus réceptifs, plus accueillants. Il est pour tous. N’ayez pas peur d’aller, et de porter le Christ en tout milieu, jusqu’aux périphéries existentielles, également à celui qui semble plus loin, plus indifférent. Le Seigneur est à la recherche de tous, il veut que tous sentent la chaleur de sa miséricorde et de son amour ».[94] Il nous invite à aller sans crainte avec l’annonce missionnaire, là où nous nous trouvons et avec qui nous sommes, dans le quartier, au bureau, au sport, lors des sorties avec les amis, dans le bénévolat ou dans le travail; toujours il est bon et opportun de partager la joie de l’Evangile. C’est ainsi que le Seigneur va chercher tout le monde. Et vous, jeunes, il veut que vous soyez ses instruments pour répandre lumière et espérance, car il veut compter sur votre audace, votre courage et votre enthousiasme.

178. Il ne faut pas espérer que la mission soit facile et confortable. Certains jeunes ont donné leur vie afin de ne pas arrêter leur élan missionnaire. Les évêques de Corée ont déclaré: «Nous attendons de pouvoir être des grains de blé et des instruments pour le salut de l’humanité, en suivant l’exemple des martyrs. Même si notre foi est toute petite comme une semence de moutarde, Dieu lui donnera la croissance et l’utilisera comme un instrument pour son œuvre de salut ».[95] Chers amis, n’attendez pas demain pour collaborer à la transformation du monde avec votre énergie, votre audace et votre créativité. Votre vie n’est pas un «entre-temps». Vous êtes l’heure de Dieu qui vous veut féconds.[96] Car « c’est en donnant que l’on reçoit»,[97]et la meilleure manière de préparer un bon avenir est de bien vivre le présent dans le don et la générosité.

CHAPITRE 6

Des jeunes avec des racines

179. J’ai parfois vu de jeunes arbres, beaux, cherchant toujours davantage à élever leurs branches vers le ciel, et qui ressemblaient à un chant d’espérance. Plus tard, après une tempête, je les ai vus tombés, sans vie. C’est parce qu’ils n’avaient pas beaucoup de racines; ils avaient déployé leurs branches sans bien s’enraciner dans la terre et ils ont cédé aux assauts de la nature. C’est pourquoi je souffre de voir que certains proposent aux jeunes de construire un avenir sans racines, comme si le monde commençait maintenant. Car «il est impossible que quelqu’un grandisse s’il n’a pas de racines fortes qui aident à être bien debout et enraciné dans la terre. Il est facile de se disperser, quand on n’a pas où s’attacher, où se fixer».[98]

Qu’ils ne t’arrachent pas de la terre

180. Ce n’est pas une question secondaire, et il me semble bon d’y consacrer un bref chapitre. Comprendre cela permet de distinguer la joie de la jeunesse d’un faux culte à la jeunesse que quelques-uns utilisent pour séduire les jeunes et les utiliser à leurs fins.

181. Pensez à cela: si quelqu’un vous fait une proposition et vous dit d’ignorer l’histoire, de ne pas reconnaître l’expérience des aînés, de mépriser le passé et de regarder seulement vers l’avenir qu’il vous propose, n’est-ce pas une manière facile de vous piéger avec sa proposition afin que vous fassiez seulement ce qu’il vous dit? Cette personne vous veut vides, déracinés, méfiants de tout, pour que vous ne fassiez confiance qu’à ses promesses et que vous vous soumettiez à ses projets. C’est ainsi que fonctionnent les idéologies de toutes les couleurs, qui détruisent (ou dé-construisent) tout ce qui est différent et qui, de cette manière, peuvent régner sans opposition. Pour cela elles ont besoin de jeunes qui méprisent l’histoire, qui rejettent la richesse spirituelle et humaine qui a été transmise au cours des générations, qui ignorent tout ce qui les a précédés.

182. En même temps, les manipulateurs utilisent d’autres moyens: une vénération de la jeunesse, comme si tout ce qui n’est pas jeune était détestable et caduque. Le corps jeune devient le symbole de ce nouveau culte, et donc tout ce qui a rapport avec ce corps est idolâtré, désiré sans limites; et ce qui n’est pas jeune est regardé avec mépris. Mais c’est une arme qui, surtout, finit par dégrader les jeunes eux-mêmes, les vide des vraies valeurs, les utilise pour obtenir des avantages personnels, économiques ou politiques.

183. Chers jeunes, n’acceptez pas qu’on utilise votre jeunesse pour favoriser une vie superficielle qui confond beauté et apparence. Il est mieux que vous sachiez découvrir qu’il y a de la beauté chez le travailleur qui rentre chez lui sale et décoiffé, mais avec la joie d’avoir gagné le pain pour ses enfants. Il y a une beauté extraordinaire dans la communion de toute une famille à table, et dans le pain partagé avec générosité, même si la table est très pauvre. Il y a de la beauté chez l’épouse mal coiffée et un peu âgée qui reste à s’occuper de son mari malade, au-delà de ses forces et de sa propre santé. Même si le printemps des fiançailles est passé, il y a de la beauté dans la fidélité des couples qui s’aiment à l’automne de leur vie, et chez ces vieillards qui marchent de pair. Il y a de la beauté, au-delà des apparences et de l’esthétique en vogue, en tout homme et en toute femme qui vit avec amour sa vocation personnelle, dans le service désintéressé de la communauté, de la patrie, dans le travail anonyme et gratuit pour rétablir l’amitié sociale. Découvrir, montrer et mettre en avant cette beauté, qui ressemble à celle du Christ sur la croix, c’est poser les fondations de la véritable solidarité sociale et de la culture de la rencontre.

184. Avec les stratégies du faux culte de la jeunesse et de l’apparence, on promeut aujourd’hui une spiritualité sans Dieu, une affectivité sans communauté et sans engagement envers ceux qui souffrent, une crainte des pauvres vus comme des personnes dangereuses, et une série d’offres qui prétendent vous créer un avenir paradisiaque qui sera sans cesse reporté à plus tard. Je ne veux pas vous proposer cela, et, avec toute mon affection, je veux vous mettre en garde de ne pas vous laisser dominer par cette idéologie qui ne vous rendra pas davantage jeunes, mais qui fera de vous des esclaves. Je vous propose un autre chemin, fait de liberté, d’enthousiasme, de créativité, d’horizons nouveaux, mais en cultivant en même temps ces racines qui nourrissent et soutiennent.

185. Dans ce sens, je veux souligner que «de nombreux Pères synodaux provenant de milieux non occidentaux signalent que, dans leurs pays, la mondialisation porte en elle d’authentiques formes de colonisation culturelle, qui déracinent les jeunes des appartenances culturelles et religieuses dont ils proviennent. Un engagement de l’Eglise est nécessaire pour les accompagner dans ce passage sans qu’ils perdent les traits les plus précieux de leur identité ».[99]

186. Nous voyons aujourd’hui une tendance à homogénéiser les jeunes, à dissoudre les différences propres à leur lieu d’origine, à les transformer en êtres manipulables, fabriqués en série. Il se produit ainsi une destruction culturelle qui est aussi grave que la disparition des espèces animales et végétales.[100] C’est pourquoi, dans un message aux jeunes indigènes réunis à Panama, je les ai exhortés à «assumer leurs racines, parce que c’est des racines que vient la force qui vous fera grandir, fleurir, porter des fruits».[101]

Ta relation avec les personnes âgées

Ta relation avec les personnes âgées

187. Il a été dit au Synode que «les jeunes sont projetés vers le futur et affrontent la vie avec énergie et dynamisme. Ils sont toutefois tentés aussi de se concentrer sur la jouissance du présent et tendent parfois à accorder peu d’attention à la mémoire du passé d’où ils proviennent, en particulier des nombreux dons que leur ont transmis leurs parents, leurs grands-parents et le bagage culturel de la société dans laquelle ils vivent. Aider les jeunes à découvrir la richesse vivante du passé, en en faisant mémoire et en s’en servant pour leurs choix et pour le développement de leurs potentialités, est un acte d’amour véritable à leur égard, en vue de leur croissance et des choix qu’ils sont appelés à faire ».[102]

188. La Parole de Dieu recommande de ne pas perdre le contact avec les personnes âgées afin de pouvoir recourir à leur expérience: «Tiens-toi dans l’assemblée des vieillards et si tu vois un sage, attache-toi à lui […] Si tu vois un homme de sens, va vers lui dès le matin, et que tes pas usent le seuil de sa porte » (Si 6, 34.36). De toute manière, les longues années qu’ils ont vécues et tout ce qui est arrivé dans leur vie doivent nous porter à les considérer avec respect: «Tu te lèveras devant une tête chenue » (Lv 19, 32). Car «la fierté des jeunes gens, c’est leur vigueur, la parure des vieillards, c’est leur tête chenue » (Pr 20, 29)

189. La Bible nous demande: «Écoute ton père qui t’a engendré, ne méprise pas ta mère devenue vieille » (Pr 23, 22). Le commandement d’honorer son père et sa mère «est le premier commandement auquel soit attachée une promesse » (Ep 6, 2; cf. Ex 20, 12; Dt 5, 16; Lv 19, 3), et la promesse est: «tu t’en trouveras bien et jouiras d’une longue vie sur la terre» (Ep 6, 3).

190. Cela ne signifie pas que tu doives être d’accord avec tout ce qu’ils disent, ni que tu doives approuver toutes leurs actions. Un jeune devrait toujours avoir un esprit critique. Saint Basile le Grand, en parlant des auteurs grecs anciens, recommandait aux jeunesde les estimer mais d’accueillir seulement ce qu’ils peuvent enseigner de bon.[103] Il s’agit simplement d’être ouvert pour recueillir une sagesse qui se communique de génération en génération, qui peut coexister avec certaines misères humaines, et qui n’a pas à disparaître devant les nouveautés de la consommation et du marché.

191. La rupture entre générations n’a jamais aidé le monde et ne l’aidera jamais. Ce sont les chants des sirènes d’un avenir sans racines, sans ancrage. C’est le mensonge qui te fait croire que seul ce qui est nouveau est bon et beau. L’existence de relations intergénérationnelles implique que les communautés possèdent une mémoire collective, car chaque génération reprend les enseignements de ceux qui ont précédé, laissant un héritage à ceux qui suivront. Cela constitue le cadre de référence pour consolider fermement une nouvelle société. Comme le dit le dicton: “Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait, il n’y aurait rien qui ne puisse se faire”.

Rêves et visions

192. Dans la prophétie de Joël nous trouvons l’annonce qui nous permet de comprendre cela d’une manière très belle. Il dit: «Je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Alors vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions et vos vieillards des songes » (Jl 3, 1; cf. Ac 2, 17). Si les jeunes et les anciens s’ouvrent à l’Esprit Saint, ils forment une association merveilleuse. Les anciens rêvent et les jeunes ont des visions. Comment se complètent ces deux choses?

193. Les anciens ont des rêves faits de souvenirs, de beaucoup de choses vécues, avec l’empreinte de l’expérience des années. Si les jeunes s’enracinent dans ces rêves des anciens, ils arrivent à voir l’avenir, ils peuvent avoir des visions qui leur ouvrent l’horizon et leur montrent de nouveaux chemins. Mais si les anciens ne rêvent pas, les jeunes ne peuvent plus voir clairement l’horizon.

194. Il est beau de trouver dans ce qu’ont gardé nos parents, un souvenir qui nous permet d’imaginer ce que nos grands-pères et nos grand-mères ont rêvé pour nous. Tout être humain, même avant de naître, a reçu de ses ancêtres, en don, la bénédiction d’un rêve plein d’amour et d’espérance: celui d’une vie meilleure pour lui. Et s’il ne l’a pas reçu de ses grands-parents, un arrière-grand-parent l’a rêvé et s’est réjoui pour lui en regardant le berceau de ses enfants puis, celui de ses petits-enfants. Le rêve premier, le rêve créateur de Dieu notre Père précède et accompagne la vie de tous ses enfants. Faire mémoire de cette bénédiction qui se poursuit de génération en génération est un héritage précieux qu’il faut savoir garder vivant pour pouvoir le transmettre nous aussi.

195. Pour cela, il est bon de faire en sorte que les personnes âgées racontent de longues histoires, qui semblent parfois mythiques, fantaisistes – ce sont des rêves d’anciens – mais elles sont très souvent remplies d’une riche expérience, de symboles éloquents, de messages cachés. Ces récits demandent du temps, que nous donnons gratuitement pour écouter et interpréter avec patience, car ils n’entrent pas dans un message des réseaux sociaux. Nous devons accepter que toute la sagesse dont nous avons besoin pour la vie ne puisse pas être enfermée dans les limites qu’imposent les moyens de communication actuels.

196. Dans le livre La sagesse du temps,[104] j’ai exprimé certains souhaits sous forme de requêtes: «Qu’est-ce que je demande aux anciens parmi lesquels je me compte moi-même?Je demande que nous soyons les gardiens de la mémoire. Les grands-pères et les grands-mères doivent former un chœur. Je m’imagine les anciens comme le chœur permanent d’un grand sanctuaire spirituel, dans lequel les prières de demande et les chants de louange soutiennent la communauté tout entière qui travaille et lutte sur le terrain de la vie ».[105] C’est beau que «les jeunes hommes, aussi les vierges, les vieillards avec les enfants louent le nom du Seigneur » (Ps 148, 12-13).

197. Nous, les anciens,que pouvons-nous leur donner? «Nous pouvons rappeler aux jeunes d’aujourd’hui, qui vivent leur propre mélange d’ambitions héroïques et d’insécurités, qu’une vie sans amour est une vie inféconde».[106] Que pouvons-nous leur dire? «Nous pouvons dire aux jeunes qui ont peur que l’anxiété face à l’avenir peut être vaincue ».[107] Que pouvons-nous leur apprendre? «Nous pouvons apprendre aux jeunes trop préoccupés d’eux-mêmes que l’on fait l’expérience d’une plus grande joie à donner qu’à recevoir, et que l’amour ne se montre pas seulement par des paroles, mais aussi par des actes ».[108]

Risquer ensemble

198. L’amour qui se donne et qui opère se trompe souvent. Celui qui agit, celui qui risque, peut commettre des erreurs. Il peut être à présent intéressant de rapporter ici le témoignage de Maria Gabriela Perin: orpheline de père depuis sa naissance, elle réfléchit sur la manière dont une relation, qui n’a pas duré mais qui l’a rendue mère et maintenant grand-mère, a influencé sa vie: «Ce que je sais c’est que Dieu crée des histoires. Dans son génie et sa miséricorde, il prend nos victoires et nos échecs et tisse de belles tapisseries pleines d’humour. Le revers du tissage peut sembler désordonné avec ses fils emmêlés – les événements de notre vie – sûrement c’est sur ce côté que nous faisons une fixation quand nous avons des doutes. Cependant, le bon côté de la tapisserie présente une histoire magnifique, et c’est le côté que Dieu voit».[109] Quand les personnes aînées regardent attentivement la vie, elles savent souvent de manière instinctive ce qu’il y a derrière les fils emmêlés, et elles reconnaissent ce que Dieu fait de façon créative, même avec nos erreurs.

199. Si nous marchons ensemble, jeunes et vieux, nous pourrons être bien enracinés dans le présent, et, de là, fréquenter le passé et l’avenir: fréquenter le passé, pour apprendre de l’histoire et pour guérir les blessures qui parfois nous conditionnent; fréquenter l’avenir pour nourrir l’enthousiasme, faire germer des rêves, susciter des prophéties, faire fleurir des espérances. De cette manière, nous pourrons, unis, apprendre les uns des autres, réchauffer les cœurs, éclairer nos esprits de la lumière de l’Evangile et donner de nouvelles forces à nos mains.

200. Les racines ne sont pas des ancres qui nous enchaînent à d’autres époques et qui nous empêchent de nous incarner dans le monde actuel pour faire naître quelque chose de nouveau. Elles sont, au contraire, un point d’ancrage qui nous permet de nous développer et de répondre à de nouveaux défis. Il ne faut pas non plus «nous asseoir pour regretter le temps passé; nous devons accepter avec réalisme et amour notre culture et la remplir de l’Evangile. Nous sommes envoyés aujourd’hui pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus aux temps nouveaux. Nous devons aimer notre temps avec ses possibilités et ses risques, avec ses joies et ses souffrances, avec ses risques et ses limites, avec ses succès et ses erreurs ».[110]

201. Au Synode, l’un des jeunes auditeurs, venant des îles Samoa, a dit que l’Eglise est une pirogue, sur laquelle les vieux aident à maintenir la direction en interprétant la position des étoiles, et les jeunes rament avec force en imaginant ce qui les attend plus loin. Ne nous laissons entraîner ni par les jeunes qui pensent que les adultes sont un passé qui ne compte plus, déjà caduque, ni par les adultes qui croient savoir toujours comment doivent se comporter les jeunes. Il est mieux que nous montions tous dans la même pirogue et que nous cherchions ensemble un monde meilleur, sous l’impulsion toujours nouvelle de l’Esprit Saint.
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Source : https://fr.zenit.org/
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