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 Rencontre avec un groupe de jeunes étudiants en Doctrine sociale de l’Église

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06032019
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Le pape François a rencontré un groupe de jeunes Latino-américains, qui participaient à un programme de troisième cycle en doctrine sociale de l’Église au Vatican, le 4 mars 2019, dans la Salle du Consistoire du Palais apostolique du Vatican. « Entrer en politique signifie miser sur l’amitié sociale », a déclaré le pape.

Discours du pape François :

Chers amis,

Je remercie le cardinal Ouellet pour ses paroles. J’ai commencé cette intervention en vous appelant « chers amis » et pas par un simple artifice rhétorique, mais parce qu’en pensant à l’initiative que vous avez entreprise, je crois qu’il peut être opportun de se souvenir d’un verset du chapitre 15 de l’Évangile de saint Jean où Jésus dit à tous : « Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15,15).

Et Jésus fonde l’Église en lui donnant l’aspect d’une amitié, comme un acte d’amour, comme un geste de compassion pour notre condition fragile et limitée. Et en s’incarnant, Jésus-Christ embrasse notre humanité, embrasse notre ‘je’ parfois égoïste, si souvent craintif, pour nous donner sa force et nous montrer que nous ne sommes pas seuls sur le chemin de la vie, que nous avons un ami qui nous accompagne. Grâce à cela, chaque fois que nous disons ‘je’, nous pouvons dire ‘nous’, nous sommes une communauté avec lui. Nous avons un « ami » qui nous soutient et nous invite à proposer de façon missionnaire cette même amitié à tous les autres et à élargir ainsi notre expérience de l’ « Église ».

Et cette vérité a de nombreuses implications dans divers domaines, mais elle est surtout importante pour ceux qui se découvrent appelés à être responsables de la promotion du bien commun.

Être catholique en politique ne signifie pas que l’on est une recrue d’un groupe, d’une organisation ou d’un parti, mais que l’on vit à l’intérieur d’une amitié, à l’intérieur d’une communauté. Si, en te formant à la doctrine sociale de l’Église, tu ne découvres pas dans ton cœur le besoin d’appartenir à une communauté de disciples missionnaires vraiment ecclésiale, dans laquelle tu peux vivre l’expérience d’être aimé de Dieu, tu peux courir le risque de te lancer un peu tout seul dans les défis du pouvoir, des stratégies et de l’action, et de finir, dans le meilleur des cas, avec un bon poste en politique, mais seul, triste et courant le risque d’être manipulé.

Jésus nous invite à être ses amis. Si nous nous ouvrons à cette opportunité, notre fragilité ne diminuera pas. Les circonstances dans lesquelles nous vivons ne changeront pas immédiatement. Toutefois, nous pourrons regarder la réalité d’une manière nouvelle, nous pourrons vivre avec une passion renouvelée les défis dans la construction du bien commun. N’oublions pas qu’entrer en politique signifie miser sur l’amitié sociale.

En Amérique latine, nous avons un saint qui connaissait bien tout cela. Il a su vivre sa foi comme une amitié et son engagement avec son peuple jusqu’à donner sa vie pour lui. Il voyait beaucoup de laïcs désireux de changer les choses mais qui, bien souvent, se perdaient avec de fausses réponses de type idéologique. L’esprit et le cœur fondés en Jésus, et guidé par la doctrine sociale de l’Église, saint Oscar Arnulfo Romero disait, je le cite : « L’Église ne peut être identifiée à aucune organisation, pas même à celles qui se sentent, et qui se définissent comme chrétiennes. L’Église n’est pas l’organisation, et l’organisation n’est pas l’Église. Si, chez un chrétien, les dimensions de la foi et de la vocation politique se sont épanouies, on ne peut pas seulement identifier les devoirs de la foi à une tâche politique donnée, et encore moins peut-on identifier l’Église à l’organisation. On ne peut pas affirmer que l’exigence de la foi ne peut se développer qu’à l’intérieur d’une organisation déterminée. Tous les chrétiens n’ont pas une vocation politique et la voie de la politique n’est pas la seule à mener à une tâche de justice. Il y a aussi d’autres façons de traduire sa foi dans un travail pour la justice et pour le bien commun. On ne peut pas exiger de l’Église ou de ses symboles ecclésiaux qu’ils se convertissent en mécanismes d’activité politique. Pour être un bon politique, il n’est pas nécessaire d’être chrétien mais le chrétien qui s’engage en politique a l’obligation de professer sa foi. Et si, ce faisant, un conflit naissait entre la loyauté à sa foi et la loyauté à l’organisation, le véritable chrétien doit préférer sa foi et montrer que son combat pour la justice est pour la justice du Royaume de Dieu et non pour une autre justice » (1). La citation de Romero s’arrête ici.

Il a prononcé ces paroles le 6 août 1978 pour que les fidèles laïcs soient libres et non esclaves et pour qu’ils retrouvent les raisons pour lesquelles il vaut la peine de faire de la politique, mais à partir de l’Évangile, en dépassant les idéologies.  La politique n’est pas simplement l’art d’administrer le pouvoir, les ressources ou les crises. La politique n’est pas la simple recherche de l’efficacité, de la stratégie et de l’action organisée. La politique est une vocation au service, une diaconie laïque qui promeut l’amitié sociale pour générer le bien commun. C’est seulement ainsi que la politique contribue à faire en sorte que le peuple devienne protagoniste de sa propre histoire et ainsi on évite que les fameuses « classes dirigeantes » se croient les seules à pouvoir tout résoudre. C’est le concept libéral bien connu et exaspéré : tout pour le peuple mais rien avec le peuple. Faire de la politique ne peut se réduire à des techniques et des ressources humaines ni à des capacités de dialogue et de persuasion ; tout cela, seul, ne sert à rien. L’homme politique se tient au milieu de son peuple et collabore avec lui ou avec d’autres moyens afin que le peuple qui est souverain soit le protagoniste de son histoire.

En Amérique latine et dans le monde entier, nous vivons actuellement un véritable « changement d’époque » (2) – c’est ce que disait Aparecida – qui nous demande de renouveler nos langages, nos symboles et nos méthodes. Si nous continuons à faire la même chose que ce que l’on faisait il y a plusieurs décennies, nous retomberons dans ces mêmes problèmes que nous devons surmonter dans le domaine social et politique. Je ne parle pas ici simplement d’améliorer quelque stratégie de « marketing » mais de suivre la méthode que Dieu lui-même a choisie pour s’approcher de nous : l’Incarnation. En assumant tout l’humain – sauf le péché – Jésus-Christ nous annonce la libération à laquelle notre cœur et nos peuples aspirent. Alors, en tant que jeunes catholiques qui vous dédiez à différentes activités politiques, vous serez en première ligne dans la manière d’accueillir les langages et les signes, les préoccupations et les espérances, des secteurs les plus emblématiques du changement d’époque latino-américain. Et ce sera à vous de trouver les chemins du processus politique le plus adéquat pour aller de l’avant.

Quels sont les secteurs les plus emblématiques ou significatifs dans ce changement d’époque latino-américain ? À mon avis, il y en a trois, d’ailleurs vous devez l’avoir déjà entendu parce que Carriquiri est ici et, en fait, j’ai pris cela chez lui. À mon avis, il y en a trois, à travers lesquels il est possible de réactiver les énergies sociales de notre région afin qu’elle soit fidèle à son identité et, en même temps, afin qu’elle construise un projet d’avenir : les femmes, les jeunes et les plus pauvres.

En premier lieu, les femmes. L’année dernière, la Commission pontificale pour l’Amérique latine a consacré une réunion plénière précisément à la femme, comme pilier dans l’édification de l’Église et de la société (3). En outre, aux évêque du Celam, à Bogota en 2017, j’ai adressé un message dans lequel je leur rappelais que « l’espérance en Amérique latine a un visage féminin » (4). En second lieu, les jeunes, parce qu’ils ont en eux l’anticonformisme et la rébellion qui sont nécessaires pour promouvoir des changements véritables et pas simplement cosmétiques. Jésus-Christ, éternellement jeune, est présent dans leur sensibilité, dans leur visage et dans leurs inquiétudes. Et en troisième lieu, les plus pauvres et les personnes marginalisées. Parce que, dans l’option préférentielle pour eux, l’Église manifeste sa fidélité en tant qu’épouse du Christ, pas moins que du côté de l’orthodoxie (5).

Les femmes, les jeunes et les pauvres sont, pour diverses raisons, des lieux de rencontre privilégiée avec la nouvelle sensibilité culturelle émergente et avec Jésus-Christ. Ce sont des protagonistes du changement d’époque et des sujets de véritable espérance. Leur présence, leurs joies et, en particulier, leurs souffrances sont un signal d’alarme fort pour les responsables de la vie publique. C’est dans la réponse à leurs besoins et à leurs demandes que se joue en grande partie la véritable construction du bien commun. Ils représentent un lieu de vérification de l’authenticité de l’engagement catholique en politique. Si nous ne voulons pas nous perdre dans un océan de paroles vides, regardons toujours le visage des femmes, des jeunes et des pauvres. Regardons-les comme des sujets du changement et non comme de simples objets de l’assistance. Leurs regards qui nous interpellent nous aideront à corriger notre intention et à redécouvrir la méthode pour agir « inculturadamente » (« en nous inculturant ») dans nos différents contextes. Assumer, et assumer concrètement, toute cette problématique signifie être concrets et, en politique, quand on s’écarte du concret, on s’écarte aussi de la gouvernance politique.

Une nouvelle présence de catholiques en politique est nécessaire en Amérique latine. Une « nouvelle présence » qui implique non seulement de nouveaux visages dans les campagnes électorales mais aussi et surtout de nouvelles méthodes qui permettent de forger des alternatives qui soient en même temps critiques et constructives. Des alternatives qui recherchent toujours le bien possible, même s’il est modeste. Des alternatives souples, mais avec une claire identité sociale chrétienne. À cette fin, il est nécessaire de valoriser de manière nouvelle notre peuple et les mouvements populaires qui expriment sa vitalité, son histoire et ses combats les plus authentiques. Faire de la politique inspirée de l’Évangile à partir du peuple en mouvement peut devenir une manière puissante d’assainir nos fragiles démocraties et d’ouvrir l’espace pour réinventer de nouvelles instances représentatives d’origine populaire.

Nous, les catholiques, nous savons bien que « dans les situations concrètes et en tenant compte des solidarités vécues par chacun, il faut reconnaître une légitime diversité d’options possibles. Une même foi chrétienne peut conduire à des engagements différents » (6) C’est pourquoi je vous invite à vivre votre foi avec une grande liberté. Sans jamais croire qu’il existe une unique forme d’engagement politique pour les catholiques. Un parti catholique. Cela a peut-être été une première intuition qui a conduit au réveil de la Doctrine sociale de l’Église qui, avec les années, s’est adaptée à ce que doit réellement être la vocation du politique aujourd’hui dans la société, je parle du chrétien. Le parti catholique n’est plus possible. En politique, il est mieux d’avoir une polyphonie qui s’inspire de la même foi et construite avec des sons et des instruments multiples, plutôt qu’une ennuyeuse mélodie monocorde, apparemment correcte mais homogénéisante et neutralisante – gratuite – tranquille. Non, cela n’est plus possible.

Je suis content que soit née l’Académie des Leaders catholiques et qu’elle se diffuse dans différents pays de l’Amérique latine. Je suis content que vous cherchiez à être en même temps fidèles à l’Évangile, pluriels en termes de partis et toujours en communion avec vos pasteurs.

Dans quelques années, en 2031, nous célèbrerons le Vème centenaire de l’événement de Guadalupe et, en 2033, le second millénaire de la Rédemption. Que Dieu vous accorde à tous de travailler d’ores et déjà à la diffusion de la Doctrine sociale de l’Église afin d’arriver ainsi à la célébration de ces dates avec de véritables fruits laïques de disciples missionnaires. J’aime redire que nous devons toujours nous garder des colonisations culturelles, non, des colonisations idéologiques, il y a les colonisations économiques parce que les sociétés ont une dimension de « coloneidad », c’est-à-dire d’être ouvertes à une colonisation. Alors, nous devons nous protéger de tout. Et à cet égard, je me permets une intuition. Ce sera à vous de réglementer et de corriger, ou de ne pas le faire, mais c’est une intuition que je laisse entre vos mains, si vous ne voulez pas vous tromper sur le chemin pour l’Amérique latine : c’est le mot « métis ». L’Amérique latine est née métisse, elle se conservera métisse, elle ne grandira que métisse et ce sera son destin.

C’est justement saint Juan Diego, indigène pauvre et exclu, qui fut l’instrument petit et humble que Sainte Marie de Guadalupe a choisi pour une grande mission qui allait donner naissance au visage multiforme de la grande nation latino-américaine. Nous nous confions à son intercession parce que, quand les forces nous manqueront dans notre combat pour notre peuple, nous nous souviendrons que c’est précisément dans la faiblesse que la force de Dieu peut se manifester pleinement (cf. 2 Cor 12,9). Et que la Morenita du Tepeyac n’oublie jamais notre chère « Grande Patrie », c’est l’Amérique latine, une Grande Patrie en gestation, qu’elle n’oublie jamais nos familles et les personnes qui souffrent le plus. Et vous, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci.



1. Saint Óscar Arnulfo Romero, Homélie, 6 août 1978.

2. Cf. Conférence générale de l’épiscopat latino-américain, Aparecida, 44.

3. Cf. Commission pontificale pour l’Amérique latine, La mujer pilar de la edificación de la Iglesia e de la sociedad en América Latina, Librairie éditrice du Vatican, Città del Vaticano, 2018.

4. François, Discours au Comité directeur du Celam, 7 septembre 2017.

5. Cf. Saint Jean-Paul II, Novo millennio ineunte, n. 49.

6. Saint Paul VI, Octagesima adveniens, n. 50.
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Source : https://fr.zenit.org/
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