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 Audience avec les « Jésuites européens en formation »

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06082018
MessageAudience avec les « Jésuites européens en formation »




Le pape François a reçu en audience les participants à la rencontre « Jésuites européens en formation », qui se déroule à Rome, ce mercredi 1er août 2018, dans la Petite salle de la Salle Paul VI. Après son discours, il a pris le temps de répondre à une question d’un des participants sur le problème du chômage des jeunes.

Discours du pape François :

Bonjour ! Je suis content de vous accueillir. Merci beaucoup pour cette visite, cela me fait du bien. Quand j’étais étudiant, quand il fallait aller voir le Général et quand, avec le Général, nous devions aller voir le pape, on portait la soutane et le manteau. Je vois que cette mode n’existe plus, grâce à Dieu.

Le prêtre m’a fait rire lorsqu’il a parlé d’unifier la pastorale des jésuites. J’avais compris qu’il s’agissait d’unifier les âmes et les cœurs des jésuites, pas les modalités, parce que si l’on fait cela, la Compagnie de Jésus est finie. On disait que le premier rôle du Général était de « faire paître les jésuites » et un autre disait : « Oui, mais c’est comme faire paître un troupeau de crapauds » : un par ici, un par là… Mais c’est beau, parce qu’il faut une grande liberté, sans liberté on ne peut pas être jésuite. Et une grande obéissance au pasteur, qui doit avoir le grand don du discernement pour permettre à chacun des « crapauds » de choisir ce qu’il sent que le Seigneur lui demande. C’est cela, l’originalité de la Compagnie : unité avec une grande diversité.

Le bienheureux Paul VI nous a dit, dans la XXXIIème Congrégation générale, que là où il y a des carrefours d’idées, des problèmes, des défis, il y a un jésuite. Lisez ce discours : à mon avis, c’est le plus beau discours qu’un pape ait fait à la Compagnie. C’était un moment difficile pour la Compagnie et le bienheureux Paul VI commence son discours ainsi : « Pourquoi doutez-vous ? Un moment de doutes ? Non ! Courage ! » Et je voudrais le relier à un autre discours, non pas d’un pape mais d’un Général, de Pedro Arrupe : cela a été son « chant du cygne », dans le camp de réfugiés en Thaïlande, je ne sais pas si c’était à Bangkok ou au sud de Bangkok. Il a fait ce discours dans l’avion et il a atterri à Fiumicino avec un Avc. Cela a été sa dernière prédication, son testament.

Dans ces deux discours, il y a le cadre de ce que la Compagnie doit faire aujourd’hui : courage, aller dans les périphéries, aux carrefours des idées, des problèmes, de la mission… Il y a là le testament d’Arrupe, le « chant du cygne », la prière. Il faut du courage pour être jésuite. Cela ne veut pas dire qu’un jésuite doive être inconscient, ou téméraire, non. Mais avoir du courage. Le courage est une grâce de Dieu, cette « parresia » paulinienne… Et il faut des genoux forts pour la prière. Je crois qu’avec ces deux discours, vous aurez l’inspiration pour aller là où l’Esprit-Saint vous dira, dans votre cœur.

Ensuite, on parle de communication, qui est l’un de vos thèmes. J’aime beaucoup la méthode de communication de saint Pierre Favre : oui, Favre communiquait et faisait communiquer les autres. Lisez le mémorial : c’est un monument à la communication, qu’elle soit intérieure avec le Seigneur ou extérieure avec les gens.

Et je vous remercie pour ce que vous faites. Allez de l’avant, aux carrefours, sans peur. Mais soyez ancrés dans le Seigneur.

Priez pour moi, n’oubliez pas ! Ce travail [du pape] n’est pas facile… Cela semble peut-être une hérésie, mais d’habitude, c’est distrayant. Merci.

Nous avons encore quelques minutes : si l’un d’entre vous veut poser une question ou exprimer une réflexion, profitons de ces minutes. Comme cela, j’apprends de vos hérésies…

Question (en anglais)

Merci pour vos paroles, Saint-Père. Le thème de nos rencontres est la communication, les jeunes. Une fois, quelqu’un m’a dit qu’être religieux ou prêtre signifie qu’il y a une chose à laquelle nous ne serons jamais confrontés, c’est le chômage. Mais beaucoup de jeunes, même avec une formation de haut niveau, courent aussi le risque du chômage. Je trouve que c’est un défi pour moi, pour voir les choses de leur point de vue, parce que je sais que la Compagnie de Jésus et l’Église auront toujours une tâche pour moi, quelque part. Je trouve que c’est un grand défi pour la communication : c’est une expérience du chômage que je sais que je n’aurai jamais. Je trouve que c’est quelque chose de difficile…

Pape François : Peut-être est-ce un des problèmes les plus aigus et les plus douloureux pour les jeunes parce que cela touche vraiment le cœur de la personne. La personne qui n’a pas de travail se sent privée de sa dignité. Je me souviens d’une fois, dans mon pays, une dame est venue me dire que sa fille, universitaire, parlait plusieurs langues mais ne trouvait pas de travail. Je me suis remué avec quelques laïcs et ils ont trouvé un travail. Cette femme m’a écrit un mot dans lequel elle disait : « Merci, Père, parce que vous avez aidez ma fille à retrouver sa dignité ». Ne pas avoir de travail ôte la dignité. Et plus encore : ce n’est pas le fait de ne pas pouvoir manger, parce qu’on peut aller à la Caritas et on recevra de quoi manger. Le problème est de ne pas pouvoir rapporter le pain à la maison : cela ôte la dignité.

Quand je vois – vous voyez – tant de jeunes sans travail, nous devrons nous demander pourquoi. Vous trouverez certainement la raison : il y a une réorganisation de l’économie mondiale où l’économique, qui est concrète, laisse la place à la finance qui est abstraite. Au centre, il y a la finance et la finance est cruelle : elle n’est pas concrète, elle est abstraite. Et on joue là avec un imaginaire collectif qui n’est pas concret, mais qui est liquide ou gazeux. Et au centre, il y a cela : le monde de la finance. À sa place, il aurait dû y avoir l’homme et la femme. Aujourd’hui, c’est, je crois, le grand péché contre la dignité de la personne : la déplacer de sa place centrale. L’an dernier, en parlant avec une dirigeante du Fonds monétaire international, elle m’a dit qu’elle avait eu le désir de promouvoir un dialogue entre l’économie, l’humanisme et la spiritualité. Et elle m’a dit : « J’y suis parvenue. Et puis je me suis enthousiasmée et j’ai voulu le faire entre la finance, l’humanisme et la spiritualité. Et je n’y suis pas parvenue parce que l’économie, même celle de marché, peut s’ouvrir à l’économie sociale de marché, comme l’avait demandé Jean-Paul II ; en revanche, la finance n’en est pas capable, parce que tu ne peux pas saisir la finance : elle est « gazeuse ». La finance ressemble, à l’échelle mondiale, à la chaîne de saint Antoine ! Ainsi, avec ce déplacement de la personne du centre et en mettant au centre une chose comme la finance, qui est « gazeuse », cela génère des vides dans le travail.

J’ai voulu dire cela en général, parce qu’il y a là les racines du problème du manque de travail, soulevé par ta question : « Comment puis-je comprendre, communiquer et accompagner un jeune qui est dans cette situation de chômage ? » Mes frères, il faut de la créativité ! Dans chaque cas. Une créativité courageuse pour chercher comment affronter cette situation. Mais ce n’est pas une question superficielle que tu as posée. Le nombre de suicides chez les jeunes augmente mais les gouvernements – pas tous – ne publient pas le chiffre exact : ils publient jusqu’à un certain point, parce que c’est un scandale. Et pourquoi ces jeunes se pendent-ils, se suicident-ils ?

La raison principale de presque tous les cas est le manque de travail. Ils sont incapables de se sentir utiles et ils finissent… D’autres jeunes ne veulent pas affronter le suicide mais ils cherchent une aliénation intermédiaire avec les dépendances et la dépendance, aujourd’hui, est une fuite de ce manque de dignité. Pensez que derrière chaque dose de cocaïne – c’est ce que l’on pense – il y a une grande industrie mondiale qui permet cela et, probablement – je n’en suis pas sûr – le plus grand mouvement d’argent dans le monde. D’autres jeunes, sur leur téléphone portable, voient des choses intéressantes comme projet de vie : au moins, il y a du travail… C’est réel, cela se produit ! « Ah, je prends l’avion et je vais me faire enrôler par Daech : au moins j’aurai mille dollars en poche tous les mois et quelque chose à faire ! ».

Suicide, dépendances et sortie vers la guérilla sont les trois options que les jeunes ont aujourd’hui, quand il n’y a pas de travail. C’est important : comprendre le problème des jeunes ; faire sentir [à ce jeune] que je le comprends, et c’est cela communiquer avec lui. Et puis se remuer pour résoudre ce problème. Le problème a une solution, mais il faut trouver la manière, il faut une parole prophétique, il faut une inventivité humaine, il faut faire beaucoup de choses. Se salir les mains… Ma réponse à ta question est un peu longue, mais ce sont tous les éléments pour prendre une décision dans la communication avec un jeune qui n’a pas de travail. Tu as bien fait d’en parler, parce que c’est un problème de dignité.
Et que se passe-t-il quand un jésuite n’a pas de travail ? Là, c’est un gros problème ! Parle vite avec ton père spirituel, avec ton supérieur, fais un bon discernement sur la raison…
Merci. Je ne te donne plus de travail [adressé au traducteur].

Demain, c’est la fête de saint Pierre Favre : priez-le pour qu’il nous donne la grâce d’apprendre à communiquer.

Prions la Vierge Marie : Je vous salue, Marie…
[Bénédiction]

Et n’oubliez pas, s’il vous plaît, ces deux discours : celui du bienheureux Paul VI, en 1974, à la XXXIIème Congrégation générale, et celui du père Arrupe en Thaïlande, son chant du cygne, son testament.
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Source : https://fr.zenit.org/
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