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 Prière du pape François à Bari pour chasser «les ténèbres de la guerre»

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Date d'inscription : 17/03/2013

08072018
MessagePrière du pape François à Bari pour chasser «les ténèbres de la guerre»




« Il n’y a pas d’alternative à la paix au Moyen-Orient », déclare le pape François au terme d’une longue rencontre à huis-clos, à Bari (Italie), avec les patriarches et responsables d’Eglises du Moyen-Orient, de différentes confessions chrétiennes, dans la basilique Saint-Nicolas, au sud de l’Italie.

Allocution du pape François :

Chers frères et sœurs,

Je vous suis très reconnaissant du partage que nous avons eu la grâce de vivre. Nous nous sommes aidés à redécouvrir notre présence de chrétiens au Moyen-Orient, en tant que frères. Celle-ci sera d’autant plus prophétique qu’elle témoignera de Jésus, Prince de la paix (cf. Is 9,5). Il ne prend pas l’épée, mais il demande aux siens de la remettre au fourreau (Jn 18,11). Même notre « être l’Église » est tenté par la logique du monde, des logiques du pouvoir et du profit, des logiques hâtives et de commodité. Et il y a notre péché, l’incohérence entre la foi et la vie, qui obscurcit le témoignage. Nous sentons que nous devons nous convertir une fois de plus à l’Evangile, garantie d’une liberté authentique, et le faire de toute urgence maintenant, dans la nuit du Moyen-Orient à l’agonie. Comme dans la nuit d’angoisse de Gethsémani, ce ne sera pas la fuite (cf. Mt 26,56) ou l’épée (Mt 26,52) qui anticiperont l’aube radieuse de Pâques, mais le don de soi à l’imitation du Seigneur.

La bonne nouvelle de Jésus, crucifié et ressuscité par amour,  arrivée des pays du Moyen-Orient, a conquis le cœur de l’homme à travers les siècles parce qu’elle n’est pas liée aux puissances du monde, mais à la force désarmée de la croix. L’Évangile nous engage à une conversion quotidienne aux plans de Dieu, à trouver en Lui seul la sécurité et le réconfort, à l’annoncer à tous et malgré tout. La foi des simples, si enracinée au Moyen-Orient, est la source à laquelle puiser pour nous désaltérer et nous purifier, comme lorsque nous revenons à nos origines, en allant en pèlerins à Jérusalem, en Terre Sainte ou dans les sanctuaires d’Egypte, de Jordanie, du Liban, de Syrie, de Turquie et des autres lieux saints de ces régions.

Encouragés mutuellement, nous avons dialogué fraternellement. Ce fut un signe qu’il faut toujours rechercher la rencontre et l’unité, sans craindre les différences. Et il en est de même de la paix: il faut la cultiver même dans les terres arides des affrontements, parce qu’aujourd’hui, malgré tout, il n’y a pas d’alternative possible à la paix. Ce ne sont pas les trêves garanties par des murs ni les épreuves de force qui apporteront la paix, mais une réelle volonté d’écoute et de dialogue. Nous nous engageons à marcher, prier et travailler, et nous supplions que l’art de la rencontre l’emporte sur les stratégies de confrontation, que l’ostentation de signes de pouvoir menaçants soit remplacé par le pouvoir de signes d’espérance: des hommes de bonne volonté et de fois différentes qui n’aient pas peur de se parler, d’accueillir les raisons des autres et de prendre soin les uns des autres. C’est seulement ainsi, en veillant à ce que le pain et le travail, la dignité et l’espérance ne manquent à personne, que les cris de guerre se transformeront en chants de paix

Pour y arriver, il est essentiel que ceux qui sont au pouvoir se mettent finalement et avec décision au vrai service de la paix et non de leurs propres intérêts. Non aux profits de quelques-uns sur la peau de beaucoup! Non aux occupations de terres qui déchirent les peuples! Non à la domination de vérités partisanes sur les espérances des peuples! Non à l’utilisation du Moyen-Orient pour des profits étrangers au Moyen-Orient!

La guerre est le fléau qui assaille tragiquement cette région bien-aimée. Avant tout les pauvres en sont les victimes. Nous pensons à la Syrie martyrisée, en particulier la province de Deraa. Là, des combats acharnés ont repris, provoquant un grand nombre de personnes déplacées, exposées à de terribles souffrances. La guerre est la fille du pouvoir et de la pauvreté. Elle est vaincue si l’on renonce à la logique de la suprématie et en éradiquant la pauvreté. De nombreux conflits ont également été fomentés par des formes de fondamentalisme et de fanatisme qui, déguisés en prétextes religieux, ont en réalité blasphémé le nom de Dieu, qui est la paix, et persécuté le frère qui a toujours vécu à côté. Mais la violence est toujours alimentée par des armes. On ne peut pas élever la voix pour parler de la paix alors qu’en secret, on poursuit des courses effrénées au réarmement. C’est une responsabilité très sérieuse qui pèse sur la conscience des nations, surtout les plus puissantes. Puissions-nous ne pas oublier le siècle dernier, les leçons d’Hiroshima et de Nagasaki, et ne pas transformer les terres de l’Orient, où a surgi la Parole de paix, en de ténébreux espaces de silence. Non aux oppositions obstinées, non à la soif d’argent, qui n’a d’égard pour personne  du moment qu’on accapare des gisements de gaz et de combustibles, sans retenue pour la maison commune et sans de faire de scrupules sur le fait que ce soit le marché de l’énergie qui dicte la loi de la coexistence entre peuples!

Pour ouvrir des chemins de la paix, que l’on tourne plutôt le regard vers ceux qui plaident pour vivre fraternellement avec les autres. Que toutes les présences soient protégées, pas seulement les majorités. Que s’ouvrent au Moyen-Orient aussi, la voie vers le droit à la citoyenneté commune, qui est la route d’un nouvel avenir. Les chrétiens sont – et qu’ils soient – des citoyens à part entière, avec des droits égaux.

Fortement angoissés, mais jamais sans espérance, nous tournons le regard vers Jérusalem, ville pour tous les peuples, ville unique et sacrée pour les chrétiens, les juifs et les musulmans du monde entier, dont l’identité et la vocation doivent être préservées au-delà des différentes disputes et tensions, et dont le statu quo doit être respecté selon les décisions de la communauté internationale et les demandes répétées des communautés chrétiennes de Terre Sainte. Seule une solution négociée entre Israéliens et Palestiniens, fermement voulue et favorisée par la Communauté des Nations, pourra conduira à une paix stable et durable et garantira la coexistence de deux Etats pour deux peuples.

L’espérance a le visage des enfants. Au Moyen-Orient, depuis des années, un nombre effrayant de jeunes pleure des morts violentes dans leurs familles et voient leur terre natale menacée, souvent avec la seule perspective d’avoir à fuir. C’est la mort de l’espérance. Les yeux de trop nombreux enfants ont passé la plus grande partie de leur vie à voir des décombres au lieu d’écoles, à entendre le grondement sourd des bombes au lieu du bruit festif des jeux. Que l’humanité écoute – je vous en supplie – le cri des enfants, dont la bouche proclame la gloire de Dieu (Ps 8,3). C’est en essuyant leurs larmes que le monde retrouvera sa dignité.

En pensant aux enfants – n’oublions pas les enfants! – nous allons libérer, en même temps que des colombes, notre désir de paix. Que l’aspiration à la paix s’élève plus haut que tous les nuages noirs. Que nos coeurs restent unis et tournés vers le Ciel, en attendant que, comme au temps du déluge, revienne la tendre brindille de l’espérance (Genèse 8,11). Et que le Moyen-Orient ne soit plus un arc de guerre tendu entre les continents, mais une arche de paix accueillant les peuples et les religions. Moyen-Orient bien-aimé, que s’effacent de toi les ténèbres de la guerre, du pouvoir, de la violence, des fanatismes, des gains injustes, de l’exploitation, de la pauvreté, de l’inégalité et de la non-reconnaissance des droits. « Que la paix soit avec toi » (Ps 122: 8 ) – ensemble: « Que la paix soit avec toi » [la foule répète] – en toi, la justice, et que soit sur toi la bénédiction de Dieu. Amen.
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Source : https://fr.zenit.org/
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