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 Le pape en dialogue avec les jeunes de la réunion pré-synodale

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Date d'inscription : 17/03/2013

20032018
MessageLe pape en dialogue avec les jeunes de la réunion pré-synodale



Le pape François a dénoncé la « mentalité malade » selon laquelle « la femme doit être exploitée » : « au jour d’aujourd’hui, il n’y a pas de féminisme qui ait réussi à enlever cela de la conscience, de l’inconscient le plus profond ou de l’imaginaire collectif », c’est une « maladie de l’humanité… c’est un crime contre l’humanité », a-t-il insisté devant les 300 jeunes participant à la réunion de préparation au synode des évêques d’octobre 2018, ce 19 mars 2018, à Rome.

En dialogue avec le pape :

Question : Blessing OKOEDION – jeune Nigériane victime de la traite

Je m’appelle Blessing Okoedion e je suis nigérienne. Il y a quatre ans, je suis arrivée en Italie, impliquée par mensonge dans la traite des êtres humains. Une expérience dramatique, de total anéantissement de ma dignité. Mais avec la foi en un « Dieu qui ne dort pas », j’ai trouvé le courage de dénoncer et de sortir de cet enfer. Dans une communauté de sœurs, j’ai retrouvé ma résurrection. Mais c’est précisément en raison de cette liberté conquise que je sens fort et que je fais mien le cri d’appel à l’aide et à la libération de toutes les jeunes femmes, mes sœurs, aujourd’hui encore humiliées et réduites en esclavage dans nos rues et je me demande : comment aider les jeunes à prendre conscience de ce « crime contre l’humanité », comme tu l’as défini, Pape François ? Comment les aider à rester humain et à vaincre en s’y opposant une mentalité malade qui réduit la femme à une esclave, à une propriété de l’homme, à une marchandise soit pour le profit soit pour un plaisir égoïste ? Cher Pape François, ce qui m’inquiète le plus, c’est justement la demande, les trop nombreux clients et dont beaucoup sont, comme on l’a dit, catholiques. Je me demande et je te demande, mais l’Église, encore trop machiste, est-elle en mesure de s’interroger en vérité sur cette demande élevée de la part des clients ? Peut-elle être crédible en proposant aux jeunes des chemins relationnels entre l’homme et la femme qui soient libres et libérateurs ?

Pape François :

La question est sans anesthésie, mais c’est la réalité, c’est la réalité. L’année dernière je suis allé visiter une des maisons des jeunes filles qui ont été libérées de cet esclavage : c’est à ne pas y croire. L’une d’elle a été enlevée en Moldavie et emmenée en voiture, à l’arrière, là où l’on met les bagages, attachée, toute une nuit, jusqu’à Rome ; on l’a menacée, si elle s’échappait, de tuer ses parents. Ensuite, ceux qui résistent – nous l’avons entendu dans la première intervention sur l’Afrique – il y a des journées de ramollissement – en espagnol nous disons « el ablande » : on te bat, te torture, et à la fin ils gagnent. Ensuite – c’est ce que m’ont raconté les jeunes filles – ensuite elles commencent à travailler et à ce moment-là, pour se défendre, elles font ce que j’appelle – je ne sais pas si c’est ainsi scientifiquement, mais j’appelle cela – une schizophrénie défensive : elles isolent leur cœur, elles isolent leur esprit et disent seulement : « C’est mon travail », mais elles ne s’impliquent pas, pour sauver ce qu’elles peuvent de leur dignité intérieure, mais la dignité extérieure et sociale est par terre. Et elles se défendent comme cela. Mais sans aucune espérance. Certaines ont réussi à fuir, mais la mafia de ces gens, les coalitions entre eux, les persécute ; ils les trouvent et parfois ils se vengent. Celles qui viennent, par exemple, d’Afrique et d’un pays d’Europe – c’est au moins ce que je sais – sont trompées pour un travail, pas seulement enlevées mais aussi trompées : [on promet] un travail d’hôtesse ou d’assistante dans les avions et là elles sont aussitôt introduites dans cette vie. Mais quand elles se libèrent, elles n’ont pas le courage de rentrer chez elle, parce qu’il y a la dignité de la famille et elles n’ont pas le courage de dire la vérité, elles ne peuvent pas. Mais ce n’est pas qu’elles soient lâches , parce qu’elles aiment tellement leur famille que cela empêche que leurs parents, leurs frères et sœurs soient salis par cette histoire. Et elles ne peuvent pas rentrer. Et elles restent à tourner comme elles peuvent, trouvant un autre travail… Une des filles m’a dit que deux fois quand elle n’a pas rapporté la somme qu’elle devait rapporter ce jour-là, on lui a coupé l’oreille ; d’autres brisent les doigts et ces choses, ces tortures si elles ne font pas cela. C’est l’esclavage d’aujourd’hui. Et je crois qu’ici, en Italie, en parlant des clients, je crois – je fais un calcul sans fondement mais je crois que c’est vraisemblable – 90 pour cent sont des baptisés, c’est-à-dire, comme vous le disiez, des catholiques. Je pense à la gifle que doivent ressentir ces jeunes filles ces hommes leur font faire tout cela… Je me souviens une fois, il y a eu un accident à Buenos Aires, dans une discothèque, deux cent personnes sont mortes ; je suis allé rencontrer les blessés à l’hôpital et il y avait en thérapie intensive deux vieillards : ils avaient perdu conscience, il avait eu un avc. On m’a dit : « Ces deux-là ont été amenés ici de la maison close ». Des vieux, des jeunes… ces jeunes filles supportent tout… J’ai parlé avec elles – une belle réunion – dans une des maison de don Benzi, un prêtre qui a fait tout un travail pour racheter ces jeunes filles ; ils ont une méthode. Les filles sont surveillées ; quelqu’un s’approche d’elle et commence à parler, apparemment pour se mettre d’accord sur le prix, mais au lieu de lui dire : « Combien tu coûtes ? », on demande « Est-ce que tu souffres ? ». La jeune fille écoute, l’autre lui parle brièvement, lui donne un mot : « Nous t’emmènerons d’ici, personne ne te trouvera », avec un numéro de téléphone. Et 80 pour cent des jeunes filles appellent. « Cela va très bien, sois tranquille : quel jour est le plus sûr pour toi ? – Tel jour. – À ce coin-là, à telle heure », ils passent en voiture… et la font sortir de Rome. Ils ont des maisons et là commence la thérapie. C’est une belle thérapie qu’ils font. Et puis l’insertion. C’est une des œuvres qui se font ici à Rome, que je connais, qui m’a touché ; mais il y en a beaucoup. Et puis je parle du phénomène mais j’ai voulu commencer par cet [aspect] positif. C’est intéressant : à cette réunion, il y avait le chapelain et deux volontaires. Quand une jeune fille a raconté l’histoire, le volontaire qui était à côté d’elle, un de ceux qui l’avaient aidée à se reprendre… était son mari ! Ils étaient tombés amoureux l’un de l’autre, ils s’étaient mariés. Et l’autre était le fiancé d’une autre. J’ai vu une très belle réinsertion. Mais je reviens ici à ceux que vous avez dit : c’est un crime contre l’humanité, c’est un délit contre l’humanité et cela naît d’une mentalité malade : la femme doit être exploitée. Et au jour d’aujourd’hui, il n’y a pas de féminisme qui ait réussi à enlever cela de la conscience, de l’inconscient le plus profond ou de l’imaginaire collectif, disons. La femme doit être exploitée, d’une manière ou d’une autre. Et c’est ainsi que s’explique cette… maladie de l’humanité, c’est une maladie d’une manière de penser sociale, c’est un crime contre l’humanité.

J’ai parlé des méthodes [per aiutarle]. Celles qui sont le mieux capables d’aider ces jeunes filles, ce sont les femmes, les sœurs. Mais il y a aussi des femmes qui les vendent. J’ai entendu l’histoire d’une d’elles, d’Afrique, une jeune fille qui avait fini une partie de l’université et qui voulait travailler ; et une dame, je ne me souviens pas si c’était une consacrée d’une paroisse ou une femme de l’Action catholique de cette paroisse, elle s’est intéressée à elle : « Je te fais la liaison, toute la liaison… » et on l’attendait à l’aéroport et de l’aéroport, au travail. Elle a été trompée. Ensuite elle a été rachetée par un de ces groupes et ils l’ont emmenée chez eux pour qu’elle se reprenne. La supérieure est sortie. « Non ! » a crié [cette fille] ; elle a vu une sœur et elle a dit « Non ! » parce qu’elle avait été vendue, je ne sais pas si c’était par une sœur, peut-être… elle disait une femme, une laïque, une catholique, mais de la paroisse.  Et à la fin elle est restée là et a beaucoup aidé. Mais aussi ces gens qui se disent catholiques… mais peut-être une minorité d’entre eux… c’est une maladie : la femme doit être exploitée ! Je me réjouis que les jeunes se battent pour cette cause. C’est un des combats que je vous demande, à vous les jeunes, de faire ; pour la dignité de la femme. Pour la dignité qui est plus que le fait que la femme puisse faire ceci ou ne puisse pas faire cela, qu’elle puisse devenir ceci ou cela, non : elle est digne, c’est une fille de Dieu. En plus, dans le récit de la Création, c’est elle qui a surpris l’homme : ah, la beauté, la beauté de la femme ! Et puis ça se termine comme cela. Certains gouvernements cherchent à faire payer des amendes aux clients, mais ça ne fonctionne pas tellement, d’après ce que je sais. Le problème dont tu as parlé est un problème grave, grave, grave et je voudrais que vous vous battiez pour cela, les jeunes. Et s’il vous plaît, si un jeune a cette habitude, qu’il la coupe ! C’est un criminel. Qui fait cela est criminel. « Mais Père, on ne peut pas faire l’amour ? » Non, non, ce n’est pas faire l’amour. C’est torturer une femme. Ne confondons pas les termes. C’est criminel. Une mentalité malade. Et je veux profiter de ce moment, parce que tu as parlé des baptisés, des chrétiens, pour vous demander pardon, à vous et à la société, pour tous les catholiques qui font cet acte criminel.    

Question Maxime RASSION – France

Très Saint-Père, Je m’appelle Maxime, je suis étudiant en Droit à Paris. Je n’ai pas été baptisé et je ne suis pas catholique. Aujourd’hui, comme des milliers de jeunes, croyants ou non, je dois faire des choix, notamment autour de mon orientation professionnelle. Cependant, je suis indécis, perdu et inquiet. Ce choix crucial pour mes études, a fait resurgir en moi, une forme d’insécurité et d’oppression. Comme si je m’étais essentiellement construit sur la forme et non pas sur le fond. Je me retrouve actuellement comme face à un mur, celui du sens profond à donner à ma vie. Je pense avoir besoin de discernement face à ce vide. Je voudrais trouver mes fondations afin de mieux me connaitre, de savoir qui je suis, dans ce monde et par rapport à Dieu. Si je crois en une puissance transcendante, je suis dépassé par l’immensité de l’Eglise et questionné entre ma volonté personnelle ou l’influence que peut avoir un mouvement. J’ai l’impression de ne pas avoir réellement construit ma colonne vertébrale, je voudrais bâtir une forteresse dans mon coeur. Je veux pouvoir choisir et avancer, j’ai cette volonté au plus profond de moi, mais je ne sais pas par ou commencer, savez-vous quel chemin dois-je prendre ? Je vous remercie sincèrement.

Pape François

Je vais te dire : de cette façon, tu as déjà commencé. Le danger est de ne pas laisser surgir les questions. Ce que je vois, c’est que tu les laisses émerger, pour les voir. Tu as déjà commencé ; tu as commencé à laisser émerger les questions, sans anesthésier les questions ! Nos questions fortes – et c’est important, prenez note – peuvent subir le processus du son qu’on baisse, et être anesthésiées un peu, un peu, un peu ou totalement. Il y a une manière « éduquée » d’anesthésier les questions et cela n’est pas social. C’est la technique qui finit dans la corruption avec des gants blancs ! On commence comme cela. La loyauté envers soi-même doit avoir le courage de dire les vérités crues, telles qu’elles sont et se poser les questions crues telles qu’elles sont, sans anesthésie. « Je pense avoir besoin de discernement face à ce vide ». C’est vrai. Nous avons tous besoin de discernement. C’est pourquoi, dans le titre du Synode, il y a ce mot, n’est-ce pas ? Et quand il y a ce vide, cette inquiétude, il faut discerner. Nous devons dire, sur ce point, que de nombreuses communautés ecclésiales ne savent pas le faire ou il leur manque la capacité de discerner. C’est un des problèmes que nous avons, mais il ne faut pas s’effrayer. [Les jeunes] vivent cette inquiétude, quelques inquiétudes, qui bien souvent sont moralement repoussées. [Au contraire], ne pas t’effrayer : prends-la, accompagne-la, aide à discerner. Discerner, accompagner, écouter et chercher à ce que la personne sorte tout et qu’elle-même cherche à trouver la route. Vous aurez ici, par exemple, des facilitateurs dans les groupes : c’est une manière d’aider à faire en sorte que les questions sortent. Ils aident à discerner. Le dialogue, le dialogue pour discerner. Faire que cela t’aide. Cela, c’est par rapport au « besoin de discernement face à ce vide ». Parce qu’il y a un vide à l’intérieur. Dans la vie, il faut toujours avoir deux choses : premièrement, avoir le courage de parler des choses qui se produisent ; mais on ne peut pas parler de tout avec tout le monde ; il y a des choses qui concernent notre identité plus profonde. Cherche quelqu’un en qui tu aies confiance ! Cela peut être une personne âgée, une personne sage, un jeune sage : les jeunes aussi ont la sagesse ! Pense à Salomon. Les jeunes ont la sagesse. Certains jeunes. Cherche une personne sage. Le sage est quelqu’un qui ne s’effraie de rien, qui sait écouter et qui a le don du Seigneur pour dire la parole juste au bon moment. Fais en sorte qu’il soit interpellé par ton inquiétude, et laisse-toi interpeller par lui : le dialogue, non ? Mais ce que tu as dit, Maxime, est une des choses dont nous avons le plus besoin. Tu es président de la « Junior Consulting » de l’Institut Catholique de Paris. Là, tu as l’expérience de la manière dont cela se fait et comment on s’aide en tout cela. C’est important parce que, quand un jeune ne trouve pas cette route du discernement – pas seulement vocationnel, discernement à mille choses, de ce que sens toi-même, non ? – il se fermera de façon négative. Et se refermer ainsi dans la vie, c’est porter en soi une tumeur. Quelque chose d’enfermé dans l’âme qui, tôt ou tard, te fait un poids et t’enlève ta liberté. Il est important de tout ouvrir, de ne pas maquiller ses sentiments, de ne pas mimer ses sentiments. Les pensées qui émergent doivent être [portées] dans le discernement, avec quelqu’un. Je crois que ce que tu dis, que tu voudrais « choisir et avancer », je crois que cette volonté si profonde est précisément le début d’un processus de discernement qui doit avancer et durer toute la vie. Mais c’est beau, quand on a une personne avec laquelle parler de ces choses. Laisser sortir ses sentiments. Ne pas les anesthésier, ne pas les diminuer. Chercher quelqu’un qui m’inspire confiance pour en parler et faire le discernement. C’est ma réponse pour toi, Maxime.

Question Yulian VENDZILOVYCH – séminariste d’Ukraine

[Il salue en disant en italien “Loué soit Jésus-Christ”; le pape François lui répond en ukrainien]

Je suis Yulian Vendzilovych, séminaire de l’Esprit Saint de Lviv, Église gréco-catholique ukrainienne. C’est la question de notre Séminaire pour le Saint-Père. Saint-Père, notre époque est caractérisée par divers nouveaux mouvements culturels. Aujourd’hui il est important qu’un prêtre puisse être non seulement un enseignant de religion, mais un témoin vivant du Christ, quelqu’un qui comprend les questions de son temps et ne veut pas perdre le souffle de l’Esprit Saint qui inspire la culture d’aujourd’hui. Selon vous, comment un jeune qui se prépare au sacerdoce et veut être ouvert à la jeunesse et à la culture actuelle devrait-il se préparer pour comprendre ce qu’il y a de précieux dans la culture et ce qu’il y a de faux ? Par exemple, le tatouage pour un groupe de personnes, exprime une véritable beauté, mais pour un autre, c’est un exemple de la culture qui est difficile à comprendre. Le jeune pasteur, comment devrait-il réagir aux circonstances complexes de la culture d’aujourd’hui ? Merci, merci Saint-Père.

Pape François :

Enfin un collègue ! Je te remercie. Tu parles de « témoin vivant du Christ ». C’est vrai, un prêtre qui n’est pas un témoin du Christ fait beaucoup de mal, beaucoup de mal. Beaucoup de mal, il se trompe, il désoriente les gens, il fait du mal. Mais celle qui doit être témoin du Christ, c’est la communauté : le prêtre est témoin du Christ en tant que membre de cette communauté. Le pauvre prêtre, dans une communauté qui n’est pas témoin du Christ, je ne sais pas s’il réussira à avancer. Si, il pourra témoigner, mais l’appui de la communauté est un témoignage et le premier travail, c’est que les communautés soient témoins du Christ, des communautés chrétiennes. Sinon, le prêtre sera seul, et les pauvres, les prêtres seuls, affectivement seuls parce qu’une communauté ne les accompagne pas dans le témoignage, cela en fait un prêtre seulement fonctionnel : la communauté va à l’église, « loue » une messe, demande une sépulture, la première Communion et ensuite le laisse seul. C’est un isolé dans une communauté qui n’est pas témoin du Christ. La première chose que je te dirais, c’est de te demander : « Comment est ta communauté, ou la communauté de ton frère, de cet autre… ? Si une communauté n’est pas témoin du Christ, l’évêque doit intervenir et aider le prêtre et ne pas le laisser seul. Ils le « mangeront vivant » parce qu’on ne peut pas être témoin tout seul : on a toujours besoin de la communauté et les grands saints – pensons à François – ont aussitôt cherché des compagnons, tout de suite ! La communauté. Philippe Néri, tout de suite. Parce qu’on ne peut être témoins du Christ s’il n’y a pas de communauté témoin. Tu es témoin dans une communauté témoin du Christ. Et il y a ici le rapport entre le prêtre et la communauté : le rapport aussi doit être de l’ordre du témoignage. Parce qu’il y a une maladie très grande, qui est le cléricalisme et nous devons sortir de cette maladie. Certains d’entre vous ne sont pas catholiques, les autres vous êtes non croyants, mais je dis avec beaucoup d’humilité : c’est une des maladies les plus graves de l’Église. Le cléricalisme. Quand une communauté cherche un prêtre et ne trouve pas un père, ne trouve pas un frère, mais trouve un docteur, un professeur ou un prince… Et c’est une des maladies qui font beaucoup de mal à l’Église. Cela me préoccupe beaucoup, parce qu’on confond le rôle paternel du prêtre et on le réduit à un rôle de dirigeant : le « boss ». Le boss de l’entreprise, le dirigeant… Et ce qui me préoccupe aussi, ce sont les attitudes non paternelles, non fraternelles du prêtre qui, dans sa relation avec la communauté, ne font pas de lui un témoin du Christ. Par exemple, le spiritualisme exagéré : quand tu trouves ces prêtres qui pensent être toujours au ciel, qui sont incapables de comprendre, qui croient qu’avec un comportement comme cela – comme je le dis – « avec l’air de la bienheureuse Imelda » [il rit, ils rient] comme cela, non, cela ne va pas… Comment, si tu as fait une de ces chutes comme on en fait dans la vie, iras-tu le lui dire ? Mais tu as peur ! Tu ne trouves pas en lui le témoignage de la miséricorde du Christ. Ou quand tu vois un prêtre qui est rigide, qui avance toujours avec rigidité, mais comment la communauté peut-elle aller à lui ? Il manque le témoignage. Et quand tu vois un prêtre mondain, c’est grave, c’est pire. Priez pour lui pour que le Seigneur le convertisse, parce que les prêtres mondains font beaucoup de mal, beaucoup de mal à la communauté. Mais aussi les communautés : elles doivent être des communautés-témoins. Un des vices de la communauté, c’est le commérage.

Un cardinal, sympathique, me racontait qu’il avait connu un prêtre qui avait un grand sens de l’humour et dans la paroisse il avait une femme très bavarde, qui parlait de tout le monde et à tout propos. Mais elle habitait tout près de la paroisse à tel point que de la fenêtre de son logement elle pouvait voir l’autel de la paroisse. Elle venait à la messe tous les jours et ensuite, aux autres heures du jour, elle tournait dans la paroisse en disant du mal des autres. Un jour elle était malade, elle appelle le prêtre et dit : « Père, je suis au lit avec un gros rhume, s’il vous plaît, pouvez-vous m’apporter la Communion ? – Ne vous préoccupez pas : vous, avec la langue que vous avez, de votre fenêtre vous arrivez au tabernacle ! » Mais dis-moi, dans une paroisse où les fidèles font du commérage toute la journée les uns contre les autres et contre le prêtre, le pauvre prêtre est seul sans le témoignage rendu au Christ par la communauté. Et je ne parle que du commérage parce que pour moi c’est une des choses les plus graves des communautés chrétiennes. Mais savez-vous que les commérages sont un terrorisme ? Un terrorisme, les commérages ? Oui, parce qu’un bavard fait comme un terroriste : il s’approche, il parle de quelqu’un, lance la bombe du commérage, détruit et s’en va. Tranquille. Tu es témoin du prêtre avec la communauté et de la communauté avec le prêtre.

Ensuite, ta dernière question, sur la culture. N’aie pas peur des tatouages : les Erythréens, il y a des années, se faisaient la croix ici [il indique son front], aujourd’hui encore nous les voyons. Ils se tatouaient la croix. Oui, il y a des exagérations, aujourd’hui je vois que certains… je crois que ceux qui ont une mesure forte de tatouages ne peuvent donner leur sang, non ? Je crois quelque chose de ce genre, parce qu’il y a un danger d’intoxication… Non, quand on exagère…, mais c’est un problème d’exagération, pas de tatouage. Le tatouage indique l’appartenance. Toi, jeune, qui t’es tatoué comme cela, que cherches-tu ? Quelle appartenance exprimes-tu ? Et commencer à dialoguer avec cela et de là on arrive à la culture des jeunes. C’est important. Mais ne sois pas effrayé : avec les jeunes, il ne faut jamais s’effrayer, jamais ! Parce que toujours, même derrière les choses qui ne sont pas très bonnes, il y a quelque chose qui nous fera arriver à quelque vérité. Et n’oublie jamais ceci : le double témoignage ensemble, celle du prêtre et celle de la communauté avec le prêtre. Merci.

Question Soeur Teresina Chaoying CHENG – Chine

Bonjour à tous, et aussi au Saint-Père !

Très cher Pape François, je suis sœur Teresina Cheng, chinoise. J’étudie les sciences religieuses à l’Université pontificale urbanienne, ayant son siège au collège Mater Ecclesiae de Castel Gandolfo. Je suis très honorée et heureuse d’avoir cette opportunité de vous rencontrer et de pouvoir vous demander conseil. La Chine, actuellement, fait des pas de géant dans le développement ; les gens poursuivent surtout la recherche de biens matériels tandis que les jeunes traversent une crise d’identité. Leur cœur est porté à la confrontation et à l’émulation des autres. Internet rend tout rapide et pratique. Ainsi, il devient difficile de résister aux propositions de la société sécularisée et les jeunes suivent le courant. La formation culturelle des sœurs est généralement basse et seule leur spiritualité est en mesure d’interagir avec les jeunes et de les attirer. Les résultats souvent ne sont pas très évidents. Face à cette situation, Saint-Père, je voudrais vous demander : nous, jeunes sœurs, comment pouvons nous équilibrer la culture dominante de la société et la vie spirituelle pour réaliser la mission ? Merci.

Pape François :

[la sœur lui a donné une écharpe rouge] De pape, elle m’a refait cardinal ! [ils rient] Elle a dit que c’est quelque chose qu’ils font eux-mêmes, que l’écharpe donne de la chaleur et que le rouge est la couleur de la joie, en Chine ; elle espère que cela donnera chaleur et joie au pape. C’est beau ! Vous voyez, deux choses qui viennent « de la maison », deux choses qui font la relation entre la maman et le papa et l’enfant : donner de la chaleur et donner la joie. Ces Chinois savent où sont les racines ! Merci.

Ta question était plus longue, je l’ai lue hier. Tu parles de la formation ; je crois que c’est important ce que tu dis. Avant tout, ce que tu dis de l’entrée dans la Congrégation. C’est vrai, il y a un premier temps de vie spirituelle pour bien comprendre la dimension spirituelle ; mais ensuite, on ne peut pas avancer ainsi sans une formation de type humain, intellectuel… Mais je dirais, la vraie formation religieuse dans la vie consacrée – cela pour les congrégations qui ont des jeunes, et de même pour les prêtres – doit avoir quatre piliers : formation à la vie spirituelle, formation à la vie intellectuelle – ils doivent étudier – , formation à la vie communautaire – ils doivent apprendre à résoudre les problèmes communautaires et à vivre ensemble communautairement – et formation à la vie apostolique – ils doivent apprendre à faire l’annonce évangélique. Et si, comme tu le disais ici, on développe seulement la vie spirituelle et qu’ensuite on t’envoie à faire l’école ou la catéchèse, psychologiquement, vous serez immatures. Et c’est un problème de cette mentalité. Pourquoi fait-on ainsi ? Pour protéger du monde. Mais protéger du monde « en taillant » les potentialités ? Potentialités affectives, potentialités intellectuelles, potentialités communicatives ? Cela n’est pas de la protection, c’est l’anéantissement ; je me permet un mot psychiatrique un peu fort : cela s’appelle « castrer » la personne. La véritable protection se fait dans la croissance. Une maman qui hyper-protège son enfant, l’anéantit, ne le laisse pas grandir, ne le laisse pas être libre. Et ainsi nous trouvons dans la vie, beaucoup, beaucoup de vieux garçons et de vieilles filles qui n’ont pas su trouver une vie d’amour, de mariage, parce qu’ils avaient été contraints à la dépendance maternelle ou n’avaient pas la liberté de choisir. Mais c’est un danger, ils peuvent perdre leur vocation ! Je préfère qu’un jeune, qu’une jeune perde sa vocation plutôt que ce soit un religieux ou une religieuse malade qui fasse ensuite du mal. Ou quand nous lisons – il faut parler clairement – quand nous lisons des cas d’abus : combien parmi eux ont été anéantis dans leur développement, dans leur liberté, dans leur éducation affective et ont fini comme cela ? Je ne sais pas, chacun a sa propre histoire, mais nous pouvons penser à des personnes qui finissent comme cela parce qu’elles n’ont pas été éduquées dans l’affectivité. C’est pourquoi, je dirais, quand tu seras supérieure générale, ou quelque chose comme cela [il rit, ils rient], cherche à changer cette mentalité. L’éducation spirituelle, intellectuelle, communautaire et apostolique. Mais dès le commencement. Selon les doses de chaque étape, mais n’en négliger aucune. C’est très important, très important. Et ce qui est valide pour les prêtres et pour les sœurs est valide aussi pour les laïcs. La majorité d’entre vous, vous vous marierez, vous aurez des enfants, mais s’il vous plaît, éduquez-les bien, comme cela, avec toutes ces potentialités. Ne pas anéantir. Ne pas hyper-protéger : c’est mauvais, c’est très mauvais et on devient psychologiquement immature.

Et puis, il y a autre chose… en Chine par exemple : « ce qui rend difficile le développement du germe de la vocation présent chez les jeunes est le fait qu’ils sont immergés dans un environnement où la confrontation avec les autres pousse à entreprendre une course vers l’obtention de biens matériels toujours plus grands ». C’est vrai. Pensons à la rencontre de Jésus avec le riche, avec ce jeune homme riche. L’Évangile dit que Jésus l’aima. Il avait une vie parfaite, mais il était tellement attaché à son argent, tellement attaché à son argent. Et cela fait du mal. Et quand – un prêtre et une sœur ont parlé, alors je profite de l’occasion – quand un prêtre ou une sœur est attaché à l’argent, c’est le pire. N’oubliez pas que le diable entre par les poches. Toujours. C’est la première marche. Ensuite la vanité, et puis l’orgueil, tu te crois tout, et de là tous les péchés. Je me souviens – pour vous faire rire – d’une économe d’une congrégation, une femme forte, âgée, une Allemande, en Argentine, fille d’Allemands, de la migration allemande ; elle avait 70 ans mais elle était en forme ! Elle dirigeait un collège énorme… Elle était très attachée à l’argent, non pas pour elle, pour l’Institut, mais l’argent était la chose principale ; pauvre femme, elle était bonne mais elle n’avait pas été éduquée en cela. Et un jour au café, à la pause avec les professeurs, elle s’est évanouie. Tout le monde disait : « ma sœur, ma sœur, ma sœur ! » et elle ne réagissait pas. Et un professeur a dit : « Quelqu’un a-t-il un billet de 100 ? Passons-le sur son nez, peut-être réagira-t-elle ». C’est le commentaire des gens quand ils voient un prêtre ou une sœur attaché à l’argent. S’il vous plaît, il vaut mieux avoir faim et ne pas être attaché à l’argent.

« À ce point, Saint-Père – tu avais écrit une longue question initiale – je voudrais vous poser la question suivante : face à des cultures qui ne laissent pas de place à Dieu, à la société qui adore la suprématie de la matière, nous, les jeunes sœurs, comment pouvons-nous équilibrer notre formation culturelle et notre vie spirituelle ? » S’il vous plaît, protégez le développement des sœurs, mais protégez-le par la vie, à travers le dialogue avec cette vie qui ne cherche pas Dieu, qui est attachée seulement aux biens matériels. Qu’elles apprennent à avancer comme cela, mais ne les protégez pas comme des tomates d’hiver sous des serres, s’il vous plaît, non, non. Parce quand viendra l’été et qu’elles sortiront d’ici, elles ne serviront pas, elles n’auront pas de goût. C’est bien de les protéger, avec les risques de l’environnement, mais il faut bien les protéger. Protéger, c’est accompagner, enseigner, aider et surtout aimer. C’est le principal.
Je crois que c’est suffisant pour la Chine. Merci.

Et merci pour l’écharpe !
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Source : https://fr.zenit.org/

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