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 Discours à l’assemblée plénière du dicastère

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Date d'inscription : 17/03/2013

20112017
MessageDiscours à l’assemblée plénière du dicastère



« Tout ce qui est techniquement possible ou faisable n’est pas par le fait même éthiquement acceptable », a rappelé le pape François devant les participants à l’assemblée plénière du Conseil pontifical de la culture, ce samedi 18 novembre 2017.

Discours du pape François :

Je vous souhaite la bienvenue et je remercie le cardinal Gianfranco Ravasi pour ses salutations et son introduction. Votre Assemblée Plénière a choisi comme thème la question de l’anthropologie, se proposant de comprendre les futures lignes du développement de la science et de la technique. Parmi les nombreux arguments de discussion possibles, votre attention s’est concentrée en particulier sur trois sujets.

En premier lieu, la médecine et la génétique, qui nous permettent de regarder dans la structure la plus intime de l’être humain et ainsi d’intervenir pour la modifier. Elles nous rendent capables de vaincre des maladies considérées inguérissables il y a peu de temps encore ; mais elles ouvrent aussi la possibilité de déterminer les êtres humains en « programmant », si l’on peut dire, certaines caractéristiques.

En second lieu, les neurosciences offrent toujours des informations importantes sur le fonctionnement du cerveau humain. A travers elles, des réalités fondamentales de l’anthropologie chrétienne comme l’âme, la conscience de soi, la liberté, apparaissent maintenant sous un éclairage inédit et peuvent être par la suite mises sérieusement en question par certains.

Enfin, les progrès incroyables des machines autonomes et pensantes, qui sont déjà en partie devenues des éléments de notre vie quotidienne, nous amènent à réfléchir sur ce qui est spécifiquement humain et nous rend différents de la machine.

Tous ces développements scientifiques et techniques conduisent certains à penser que nous nous trouvons à un moment particulier de l’histoire de l’humanité, pratiquement à l’aube d’une ère nouvelle et à la naissance d’un nouvel être humain, supérieur à ce que nous avons connus jusqu’à maintenant.

En effet les interrogations et les questions que nous avons à affronter sont grandes et graves. Elles ont été en partie anticipées par la littérature et par des films fantastiques, qui se font l’écho des peurs et des attentes des hommes. C’est pour cela que l’Eglise, qui suit avec attention les joies et les espérances, les angoisses et les peurs des hommes de notre temps, veut mettre la personne humaine et les questions qui la regardent au centre de ses réflexions.

La question sur l’être humain : « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? » (Ps 8,5) résonne dans la Bible depuis les premières pages et a accompagné tout le chemin d’Israël et de l’Eglise. A cette question, la Bible elle-même a proposé une réponse anthropologique qui se dessine déjà dans la Genèse et parcourt toute la Révélation, se développant autour des éléments fondamentaux de la relation et de la liberté. La relation se développe selon une triple dimension : vers la matière, la terre et les animaux ; vers la transcendance divine ; vers les autres êtres humains. La liberté s’exprime dans l’autonomie – naturellement relative – et dans les choix moraux. Cette base fondamentale a conduit depuis des siècles la pensée d’une grande partie de l’humanité et elle conserve encore aujourd’hui sa validité. Mais, en même temps, nous nous rendons compte aujourd’hui que les grands principes et concepts fondamentaux de l’anthropologie humaine sont souvent mis en question, sur la base d’une grande conscience de la complexité de la condition humaine et qu’ils exigent un approfondissement supplémentaire.

L’anthropologie est l’horizon d’une auto compréhension dans laquelle tous évoluent et qui détermine aussi notre conception du monde et les choix existentiels et éthiques. De nos jours, elle est souvent devenue un horizon fluide, changeant, en vertu des changements sociaux-économiques, des déplacements de populations et des confrontations interculturelles relatives, mais aussi de la diffusion d’une culture globale et, surtout, des découvertes incroyables de la science et des techniques.

Comment réagir à ces défis ? Avant tout, nous devons exprimer notre gratitude aux hommes et aux femmes de science pour leurs efforts et pour leur engagement en faveur de l’humanité. Cette appréciation des sciences, que nous n’avons pas toujours su manifester, trouve son fondement ultime dans le projet de Dieu qui « nous a choisi avant la fondation du monde […] en nous prédestinant à être, pour lui, des fils adoptifs » (Eph 1,3-5) et qui nous a confié le soin de la création : « pour qu’il travaille et garde » la terre (cf. Gn 2,15). Justement parce que l’homme est à l’image et à la ressemblance d’un Dieu qui a créé le monde par amour, le soin de la création entière doit suivre la logique de la gratuité et de l’amour, du service, et non pas celle de la domination et de la tyrannie.

La science et la technique nous ont aidés à approfondir les limites de la connaissance de la nature et, en particulier de l’être humain. Mais elles seules ne suffisent pas à donner toutes les réponses. Aujourd’hui nous nous rendons de plus en plus compte qu’il est nécessaire de puiser dans les trésors de la sagesse conservés dans les traditions religieuses, dans la sagesse populaire, dans la littérature et dans les arts, qui touchent en profondeur le mystère de l’existence humaine, sans oublier et même en redécouvrant ceux contenues dans la philosophie et la théologie.

Ainsi j’ai voulu affirmer dans l’Encyclique Laudato si, « la nécessité impérieuse de l’humanisme qui, en soi, fait appel aux différents savoirs […] pour un regard plus intégral et plus intégrant » n. 141), afin de dépasser la tragique division entre les « deux cultures », la culture humaniste-littéraire-théologique et la culture scientifique, qui conduit à un appauvrissement réciproque, et afin d’encourager un dialogue plus grand même dans l’Eglise, la communauté des croyants, et la communauté scientifique.

Pour sa part, l’Eglise propose quelques grands principes pour soutenir ce dialogue. Le premier est la centralité de la personne humaine, qui doit être considérée comme une fin et non pas un moyen. Elle doit se mettre en relation harmonieuse avec la création, donc non pas comme un despote sur l’héritage de Dieu, mais comme un gardien amoureux de l’œuvre de Dieu.

Le second principe qu’il est nécessaire de se rappeler est celui de la destination universelle des biens, qui concerne aussi ceux de la connaissance et de la technologie. Le progrès scientifique et technologique sert au bien de toute l’humanité et ses bénéfices ne peuvent pas servir au bénéfice de quelques-uns seulement. De cette manière, on évitera que le futur ajoute de nouvelles inégalités basées sur la connaissance et augmente la différence entre les riches et les pauvres. Que les grandes décisions sur l’orientation de la recherche scientifique et les investissements sur celle-ci soient assumées par l’ensemble de la société et non dictées seulement par les règles du marché et de l’intérêt de quelques-uns.

Enfin, le principe que tout ce qui est techniquement possible ou faisable n’est pas par le fait même éthiquement acceptable, reste valide. La science, comme toute autre activité humaine, a des limites à respecter pour le bien de toute l’humanité, et a besoin d’un sens de la responsabilité éthique. La véritable mesure du progrès, ainsi que le rappelait le bienheureux Paul VI, c’est celui qui vise au bien de chaque homme et de tout l’homme.

Je vous remercie tous, membres, consultants et collaborateurs du Conseil pontifical de la culture, parce que vous rendez un service précieux. J’invoque sur vous l’abondance des bénédictions du Seigneur, et je vous demande, s’il vous plaît, de prier pour moi. Merci.
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Source : https://fr.zenit.org/
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