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 Prêtres : ni « spiritualité désincarnée », ni « engagement mondain sans Dieu »

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Date d'inscription : 17/03/2013

10102017
MessagePrêtres : ni « spiritualité désincarnée », ni « engagement mondain sans Dieu »



Le prêtre doit fuir « une spiritualité désincarnée, ou, vice-versa, un engagement mondain sans Dieu », a déclaré le pape François devant les participants au congrès international sur la Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis, à l’initiative de la Congrégation pour le clergé (Rome, 4-7 octobre 2017). Le Pape les a reçus au Vatican, ce samedi 7 Octobre 2017.

Discours du pape François :

Messieurs les cardinaux,
Chers frères évêques et prêtres,
Frères et soeurs,

Soyez les bienvenus au terme du congrès international sur la Ratio Fundamentalis, organisé à l’initiative de la Congrégation pour le clergé, et je remercie le cardinal préfet pour ses aimables paroles à mon égard.

La formation sacerdotale est un thème déterminant pour la mission de l’Eglise : le renouvellement de la foi et l’avenir des vocations n’est possible que si nous avons des prêtres bien formés.

Toutefois, je voudrais d’abord vous dire ceci : la formation sacerdotale dépend en premier lieu de l’action de Dieu dans notre vie et non de nos activités. Cette œuvre demande le courage de se laisser façonner par le Seigneur, afin qu’il transforme notre cœur et notre vie. Cela fait penser à l’image biblique de l’argile dans les mains du potier (cf. Jr 18,1-10) et à l’épisode où le Seigneur dit au prophète Jérémie : « Lève-toi et descends à la maison du potier » (v. 2). Le prophète y va et, en observant le potier qui travaille l’argile, comprend le mystère de l’amour miséricordieux. Il découvre qu’Israël est dans les mains aimantes de Dieu qui, comme un patient potier, prend soin de sa créature, met sur le tour l’argile, la façonne et finit par lui donner une forme. S’il s’aperçoit que le vase n’est pas bien réussi alors Dieu miséricordieux jette à nouveau l’argile dans la masse et, avec sa tendresse de Père, recommence à la façonner.

Cette image nous aide à comprendre que la formation ne se résout pas en quelque mise à jour culturelle ou quelque initiatives locale sporadique. C’est Dieu l’artisan patient et miséricordieux de notre formation sacerdotale et, comme il est écrit dans Ratio, ce travail dure toute la vie. Chaque jour, nous découvrons – avec saint Paul – que « ce trésor, nous le portons comme dans des vases d’argile, nous voyons bien que cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et ne vient pas de nous » (2 Cor 4,7), et quand nous nous détachons de nos confortables habitudes, des rigidités de nos schémas et de la présomption d’être déjà arrivés, et avons le courage de nous mettre en présence du Seigneur, alors Lui peut reprendre son travail sur nous, Il nous façonne et nous transforme.

Disons-le avec force : le prêtre qui ne se laisse pas chaque jour former par le Seigneur, devient un prêtre éteint, qui se traîne dans le ministère par inertie, sans enthousiasme pour l’Evangile ni passion pour le peuple de Dieu. Par contre, celui qui, jour après jour, se met avec confiance dans les sages mains du Potier avec un « P » majuscule, conserve dans le temps l’enthousiasme du cœur, accueille avec joie la fraîcheur de l’Evangile, parle avec des mots capables de toucher la vie des gens ; et ses mains, ointes par l’évêque le jour de l’ordination, sont capable d’oindre à leur tour les blessures, les attentes et les espérances du peuple de Dieu.

Venons-en maintenant à un deuxième aspect important : chacun de nous, prêtres, est appelé à collaborer avec le Potier divin ! Nous ne sommes pas que de l’argile, mais aussi des aides pour le Potier, des collaborateurs de sa grâce. Dans la formation sacerdotale, initiale et permanente, – toutes deux sont importantes ! – nous pouvons reconnaître au moins trois personnages principaux, qui se trouvent eux aussi dans « la maison du potier ».

Le premier c’est nous mêmes. Dans Ratio Fundamentalis il est écrit : « le prêtre lui même est le premier et principal responsable de sa formation permanente » (n. 82). C’est tout à fait ça ! Nous permettons à Dieu de nous façonner et assumons « les mêmes dispositions que le Christ Jésus » (Phil 2,5), uniquement quand nous ne nous fermons pas dans la prétention d’être une œuvre déjà achevée, et nous laissons conduire par le Seigneur, devenant chaque jour toujours plus ses disciples. Pour être acteur de sa propre formation, le séminariste ou le prêtre devra dire des « oui » et des « non » : plus que le bruit des ambitions humaines, il préfèrera le silence et la prière; plus qu’avoir confiance en ses propres actions, il saura s’abandonner dans les mains du potier et à la créativité de sa providence ; plus que de suivre des schémas préétablis, il se laissera guider par une salutaire inquiétude du cœur, et pourra ainsi diriger son proche inachèvement vers la joie de la rencontre avec Dieu et ses frères. Plous que l’isolement, il recherchera l’amitié avec ses frères dans le sacerdoce et avec ses propres gens, sachant que sa vocation naît d’une rencontre d’amour : celle avec Jésus et celle avec le peuple de Dieu.

Le deuxième personnage principal ce sont les formateurs et les évêques. La vocation naît, grandit et se développe dans l’Eglise. Ainsi, les mains du Seigneur qui façonnent ce vase d’argile, oeuvrent à travers le soin de ceux qui, dans l’Eglise, sont appelés à être les premiers formateurs de la vie sacerdotale : le Recteur, les directeurs spirituels, les éducateurs, ceux qui s’occupent de la formation permanente du clergé et, au-dessus de tous, l’évêque que la Ratio définit à juste titre « le premier responsable de l’admission au séminaire et de la formation sacerdotale » (n. 128).

Si un formateur ou un évêque ne « descend pas dans la maison du potier » et ne collabore pas à l’œuvre de Dieu, nous ne pourrons pas avoir de prêtres bien formés !

Ceci exige un soin spécial pour les vocations au sacerdoce, une proximité pleine de tendresse et de responsabilité envers la vie des prêtres, une capacité à exercer l’art du discernement comme un outil privilégié pour tout le cheminement sacerdotal. Et – voudrais-je dire surtout aux évêques – travaillez ensemble ! Ayez le cœur large et un grand souffle, pour que votre action puisse franchir les frontières du diocèse et entrer en contact avec le travail des autres frères évêques. La formation des prêtres exige plus de dialogue, demande de surmonter l’esprit de clocher, de faire des choix communs, de lancer ensemble de bons parcours de formation et de préparer de loin des formateurs à la hauteur de cette tâche si importante. Ayez à cœur la formation sacerdotale : l’Eglise a besoin de prêtres capables d’annoncer l’évangile avec enthousiasme et sagesse, d’allumer l’espérance là où les cendres ont recouvert les bras de la vie, et de générer la foi dans les déserts de l’histoire.

Enfin, le peuple de Dieu. N’oublions jamais : les gens, avec leurs situations, avec leurs questions et leurs besoins, sont un grand « tour » qui façonne l’argile de notre sacerdoce. Quand nous sortons vers le peuple de Dieu, nous nous laissons façonner par ses attentes, en touchant ses blessures, nous nous apercevons que le Seigneur transforme notre vie. Si une portion du peuple est confiée au pasteur, il est vrai aussi que le prêtre est confié au peuple. Et, malgré les résistances et les incompréhensions, si nous marchons au milieu du peuple et nous dépensons avec générosité, nous nous apercevrons que celui-ci est capable de gestes d’attention surprenants et de tendresse envers ses prêtres. C’est une véritable école de formation humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale. Le prêtre, en effet, doit être entre Jésus et les personnes : avec le Seigneur, sur la Montagne, il renouvelle chaque jour la mémoire de l’appel ; avec les personnes, en aval, sans jamais avoir peur des risques et sans se raidir dans les jugements, il s’offre comme du pain  qui nourrit et de l’eau qui étanche, « passant et aidant » ceux qu’il rencontre sur le chemin et leur offrant l’onction de l’évangile.

Ainsi se forme le prêtre : fuyant une spiritualité désincarnée, ou, vice-versa, un engagement mondain sans Dieu.

Chers amis, la question qui doit nous tarauder, quand nous descendons dans la maison du potier est celle-ci : Quel prêtre je veux être ? Un « prêtre de salon », tranquille et installé, ou bien un disciple missionnaire dont le cœur brûle pour le Maître et pour le Peuple de Dieu ? Quelqu’un qui se repose dans son propre bien être ou un disciple en marche ? Quelqu’un de tiède qui ne veut pas d’ennui ou un prophète qui réveille dans le cœur de l’homme le désir de Dieu ?

Que la Vierge Marie que nous vénérons aujourd’hui comme Vierge du Rosaire, nous aide à marcher avec joie dans le service apostolique et rende notre cœur semblable au sien : humble et docile, comme l‘argile dans les mains du potier. Je vous bénis et, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci.
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Source : https://fr.zenit.org/
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