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 Rote romaine: ceux qui ont le « courage » de se marier doivent sentir l’affection de l’Église

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25012017
MessageRote romaine: ceux qui ont le « courage » de se marier doivent sentir l’affection de l’Église



« Il faut un grand courage pour se marier à l’époque où nous vivons. Et ceux qui ont la force et la joie de faire ce pas important doivent sentir à leurs côtés l’affection et la proximité concrète de l’Église ». C’est ce qu’a déclaré le pape François en recevant les prélat auditeurs, les officials, les avocats et les collaborateurs du Tribunal de la Rote romaine ce 21 janvier 2017, au Vatican.

Discours du pape François :

Chers juges, officials, avocats et collaborateurs du Tribunal apostolique de la Rote romaine,

J’adresse a chacun de vous mes salutations cordiales, en commençant par le Collège des prélats auditeurs avec le doyen, Mgr Pio Vito Pinto, que je remercie pour ses paroles, et le pro-doyen qui a été nommé récemment à cette charge. Je vous souhaite à tous de travailler avec sérénité et avec un amour fervent de l’Église en cette année judiciaire que nous inaugurons aujourd’hui.

Aujourd’hui, je voudrais revenir sur le thème du rapport entre foi et mariage, en particulier sur les perspectives de foi inhérente au contexte humain et culturel dans lequel se forme l’intention matrimoniale. Saint Jean-Paul II a bien mis en lumière, en se basant sur l’enseignement de la Sainte Écriture, « combien profond est le lien entre la connaissance de la foi et celle de la raison […]. La caractéristique qui distingue le texte biblique consiste dans la conviction qu’il existe une unité profonde et inséparable entre la connaissance de la raison et celle de la foi » (enc. Fides et ratio, 16). C’est pourquoi, plus on s’éloigne de la perspective de la foi, plus « l’homme s’expose au risque de l’échec et finit par se trouver dans la condition du « sot ». Pour la Bible, dans cette sottise se trouve une menace pour la vie. Le sot en effet croit connaître beaucoup de choses, mais en réalité il n’est pas capable de fixer le regard sur les choses essentielles. Cela l’empêche de mettre de l’ordre dans son esprit (cf.  Pr 1,7) et d’assumer un comportement adéquat à l’égard de soi-même et de l’environnement ambiant. Quand il en vient ensuite à affirmer « Dieu n’existe pas » (cf.  Ps 14 (13),1), il révèle avec une clarté définitive combien sa connaissance est pauvre et combien il est loin de la pleine vérité sur les choses, sur leur origine et sur leur destin » (ibid., 17).

De son côté, le pape Benoît XVI, dans le dernier discours qu’il vous a adressé, rappelait que c’est « seulement en s’ouvrant à la vérité de Dieu […] qu’il est possible de comprendre et de réaliser dans le concret de la vie conjugale et familiale, la vérité de l’homme son fils, régénéré par le baptême […]. Le refus de la proposition divine, en effet, conduit à un équilibre profond dans toutes les relations humaines […], y compris matrimoniale » (26 janvier 2013,2). Il est plus que jamais nécessaire d’approfondir le rapport entre amour et vérité. « L’amour a besoin de vérité. C’est seulement parce qu’il est fondé sur la vérité que l’amour peut perdurer dans le temps, dépasser l’instant éphémère et demeurer ferme pour soutenir un chemin commun. Si l’amour n’a pas de rapport avec la vérité, il est sujet au changement des sentiment et ne surmonte pas l’épreuve du temps. L’amour vrai, au contraire, unifie tous les éléments de notre personne et devient une lumière nouvelle vers une vie grande et pleine. Sans vérité l’amour ne peut offrir de lien solide, il ne réussit pas à porter le « je » au-delà de son isolement ni à le libérer de l’instant fugace pour édifier la vie et porter du fruit » (enc. Lumen fidei, 27)

Nous ne pouvons nous cacher qu’une mentalité répandue tend à obscurcir l’accès aux vérités éternelles. Une mentalité qui implique, souvent de manière vaste et capillaire, les attitudes et les comportements des chrétiens eux-mêmes (cf. exh. ap. Evangelii gaudium, 64), dont la foi est affaiblie et perd son originalité de critère interprétatif et opérationnel pour l’existence personnelle, familiale et sociale. Ce contexte, pauvre de valeurs religieuses et de foi, ne peut que conditionner aussi le consensus matrimonial. Les expériences de foi de ceux qui demandent le mariage chrétien sont très diverses. Certains participent activement à la vie de la paroisse, d’autres s’en approchent pour la première fois ; certains ont une vie de prière intense, d’autres sont, au contraire, guidés par un sentiment religieux plus général ; parfois ce sont des personnes loin de la foi ou sans la foi.

Face à cette situation, il faut trouver des remèdes valides. J’indique un premier remède dans la formation des jeunes, à travers un chemin de préparation adéquat, visant à redécouvrir le mariage et la famille selon le dessein de Dieu. Il s’agit d’aider les futurs époux à saisir et à goûter la grâce, la beauté et la joie du véritable amour, sauvé et racheté par Jésus. La communauté chrétienne à laquelle les fiancés s’adressent est appelée à annoncer cordialement l’Évangile à ces personnes pour que leur expérience d’amour puisse devenir un sacrement, un signe efficace du salut. Dans cette circonstance, la mission rédemptrice de Jésus rejoint l’homme et la femme dans le concret de leur vie d’amour. Ce moment devient pour toute la communauté une extraordinaire occasion de mission. Aujourd’hui plus que jamais, cette préparation se présente comme une véritable occasion d’évangélisation des adultes et, souvent, de ceux que l’on dit loin. En effet, nombreux sont les jeunes pour lesquels l’approche des noces constitue l’occasion de rencontrer de nouveau la foi reléguée depuis longtemps aux marges de leur vie ; par ailleurs, ils se trouvent à un moment particulier, souvent aussi caractérisé par la disponibilité à revoir et à changer l’orientation de leur existence. Cela peut donc être un temps favorable pour renouveler leur première rencontre avec la personne de Jésus-Christ, avec le message de l’Évangile et la doctrine de l’Église.

Il faut cependant que les acteurs et les organismes préposés à la pastorale familiale soient animés d’une forte préoccupation de rendre plus efficaces les parcours de préparation au sacrement du mariage, pour la croissance non seulement humaine mais surtout de la foi des fiancés. Un objectif fondamental des rencontres est d’aider les fiancés à réaliser une insertion progressive dans le mystère du Christ, dans l’Église et avec l’Église. Il comporte une progressive maturation dans la foi, à travers l’annonce de la Parole de Dieu, l’adhésion et la « sequela » généreuse du Christ. La finalité de cette préparation consiste donc à aider les fiancés à connaître et à vivre la réalité du mariage qu’ils ont l’intention de célébrer, pour qu’ils puissent le faire non seulement de manière valide et licite mais aussi fructueuse, et pour qu’ils soient disposés à faire de cette célébration une étape de leur chemin de foi. Pour réaliser tout ceci, il faut des personnes qui aient une compétence spécifique et soient adéquatement préparées à ce service, dans une synergie opportune entre prêtres et couples d’époux.

Dans cet esprit, je désire redire la nécessité d’un « nouveau catéchuménat » en préparation au mariage. Accueillant les vœux des Pères du dernier synode ordinaire, il est urgent de mettre concrètement en œuvre ce qui est déjà proposé dans Familiaris consortio (n.66), c’est-à-dire que de même que, pour le baptême des adultes le catéchuménat fait partie du processus sacramentel, ainsi aussi la préparation au mariage devient partie intégrante de toute la procédure sacramentelle du mariage, comme antidote qui empêche que se multiplient les célébrations matrimoniales nulles ou inconsistantes.

Un second remède est d’aider les nouveaux époux à poursuivre leur chemin dans la foi et dans l’Église après la célébration du mariage. Il est nécessaire de distinguer, avec courage et créativité, un projet de formation pour les nouveaux époux, avec des initiatives visant à une conscience grandissante du sacrement reçu. Il s’agit de les encourager à considérer les différents aspects de leur vie quotidienne de couple, qui est signe et instrument de l’amour de Dieu, incarné dans l’histoire des hommes. Je donne deux exemples. Avant tout, l’amour duquel la nouvelle famille vit a sa racine et sa source ultime dans le mystère de la Trinité, c’est pourquoi elle porte ce sceau en dépit des fatigues et des pauvretés auxquelles elles doit se mesurer dans la vie quotidienne. Un autre exemple : l’histoire d’amour du couple chrétien fait partie de l’histoire sainte, parce qu’habitée par Dieu et parce que Dieu ne manque jamais à l’engagement qu’il a pris avec les époux le jour des noces ; en effet, il est « un Dieu fidèle et qui ne peut se renier lui-même » (2 Tm 2,13).

La communauté chrétienne est appelée à accueillir, accompagner et aider les jeunes couples, en leur offrant des occasions et des instruments adéquats, à partir de la participation à la messe dominicale, pour soigner leur vie spirituelle que ce soit à l’intérieur de la vie familiale ou dans le cadre de programmes pastoraux en paroisse ou dans les associations. Souvent, les jeunes époux sont laissés à eux-mêmes, peut-être pour le simple fait qu’on les voit moins en paroisse ; cela arrive surtout avec la naissance des enfants. Mais c’est justement dans ces premiers moments de la vie familiale qu’il faut assurer une plus grande proximité et un fort soutien spirituel, y compris dans l’œuvre éducative des enfants, envers lesquels ils sont les premiers témoins et porteurs du don de la foi. Dans le chemin de croissance humaine et spirituelle des jeunes époux, il est souhaitable qu’il y ait des groupes de référence dans lesquels pouvoir effectuer un chemin de formation permanente : à travers l’écoute de la Parole, la confrontation sur les thèmes qui concernent la vie des familles, la prière et le partage fraternel.

Ces deux remèdes que j’ai indiqués visent à favoriser un contexte approprié de foi dans lequel célébrer et vivre le mariage. Un aspect aussi déterminant pour la solidité et la vérité du sacrement nuptial demande que les curés soient toujours plus conscients de la tâche délicate qui leur est confiée de gérer le parcours sacramental matrimonial des futurs mariés, leur rendant intelligible et réelle la synergie entre « foedus » et « fides ». Il s’agit de passer d’une vision purement juridique et formelle de la préparation des futurs époux à une fondation sacramentelle dès le début, c’est-à-dire à partir du chemin vers la plénitude de leur « foedus-consenso » élevé par le Christ à un sacrement. Cela requerra le généreux apport de chrétiens adultes, hommes et femmes, qui soient aux côtés du prêtre dans la pastorale familiale pour construire « le chef-d’œuvre de la société », à savoir « la famille, l’homme et la femme qui s’aiment » (Catéchèse, 29 avril 2015) selon le « lumineux plan de Dieu » (Paroles au Consistoire extraordinaire, 20 février 2014).

Que le Saint-Esprit, qui guide toujours et en tout le peuple saint de Dieu, assiste et soutienne ceux, prêtres et laïcs, qui s’engagent et s’engageront dans ce domaine, afin qu’ils ne perdent jamais l’élan et le courage de se dépenser pour la beauté des familles chrétiennes, malgré les embûches désastreuses de la culture dominante de l’éphémère et du provisoire.

Chers frères, comme je vous l’ai dit à plusieurs reprises, il faut un grand courage pour se marier à l’époque où nous vivons. Et ceux qui ont la force et la joie de faire ce pas important doivent sentir à leurs côtés l’affection et la proximité concrète de l’Église. Avec ce souhait, je renouvelle mes vœux de bon travail pour la nouvelle année que le Seigneur nous donne. Je vous assure de ma prière et je compte moi aussi sur la vôtre en vous donnant de tout cœur la bénédiction apostolique.
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Source : https://fr.zenit.org/
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