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au samedi 22 juillet.

Merci pour mon engagement à l'HNDL,
merci pour toutes les rencontres faites,
avec ces hospitaliers, cet enfant malade, cet homme
blessé par la vie avec qui j'ai pris mes repas certaines fois,
mes échanges avec Fabrice, Joël, etc...

Que le Seigneur vous bénisse !

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 Visite du pape à la « Villa Nazareth » pour enfants défavorisés

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22062016
MessageVisite du pape à la « Villa Nazareth » pour enfants défavorisés


Samedi 18 Juin 2016

Visite du pape à la « Villa Nazareth » pour enfants défavorisés

Le pape François s’est rendu à la « Villa Nazareth » de Rome, ce samedi 18 juin, à 17h, et il a commenté la parabole du Bon Samaritain (Luc 10, 25-37).

Ce centre a été fondé il y a 70 ans par le cardinal Domenico Tardini, secrétaire d’Etat de 1958 à 1961, pour venir en aide aux enfants pauvres orphelins de guerre. Il a été élevé au rang de « Collège » par le saint pape Jean XXIII en 1963. Il est géré par la Fondation Tardini présidée par le cardinal Achille Silvestrini et permet à des enfants de familles très modestes de poursuivre leurs études.

Discours du pape François :

Il y a beaucoup de personnages dans ce passage de l’Evangile : celui qui pose la question » qui est mon prochain ? », Jésus, puis les bandits, le pauvre à moitié mort sur le bord de la route, le prêtre, puis le docteur de la loi, peut-être un avocat [le «  lévite »], et le restaurateur, l’aubergiste.

Dans la parabole, ni le prêtre, ni le docteur de la loi, ni le samaritain, ni l’aubergiste, ne savaient probablement répondre à la question «  qui est mon prochain ? »; ils ne savaient peut-être même pas comment il était , ce qu’était un «  prochain ». Le prêtre était pressé, comme tous les prêtres. Il a regardé sa montre et s’est dit : «  Je dois dire la messe », ou bien, tant de fois: «  J’ai laissé l’église ouverte, je dois la fermer, car l’heure c’est l’heure et je ne peux pas rester ici ». Le docteur de la loi, un homme pratique, a dit: «  Si je me mêle de ça, demain je devrai aller au tribunal témoigner, dire ce que j’ai fait, je perds deux, trois jours de travail … Non, non, il vaut mieux… ». Vive Ponce Pilate ! Et hop Il est parti ! L’autre, par contre, [le samaritain] le pécheur, l’étranger qui ne faisait pas vraiment partie du peuple de Dieu, s’est ému: «  eut de la compassion », et s’arrêta. Tous les trois – le prêtre, l’avocat et le samaritain – savaient bien ce qu’ils avaient à faire. Et chacun a pris sa propre décision. J’aime bien repenser à l’aubergiste: lui c’est monsieur tout-le-monde. Il a tout regardé, tout vu, sans rien comprendre. «  Mais cet homme est fou! Un samaritain qui aide un juif! Il est fou! Et puis, avec ses mains il guérit ses plaies et l’amène ici à l’auberge et me dit: ‘Prends soin de lui, je te paierai tout ce que tu auras dépensé en plus …’. Je n’ai jamais rien vu de semblable, c’est un fou! ». Et cet homme a reçu la parole de Dieu: dans le témoignage. De qui? Du prêtre ? Non, car il ne l’a pas vu; de l’avocat ? Non plus. Du pécheur, un pécheur qui a eu de la compassion ! « Ah, vous entendez ça? Un pécheur, oui, qui n’était pas fidèle au peuple de Dieu, mais il a fait preuve de pitié ». Et il ne comprenait rien. Il est resté avec son doute, curieux peut-être de savoir: « Mais que s’est-il passé ici, bizarre … ». Avec de l’inquiétude au fond de lui. Voilà ce que fait le témoignage. Le témoignage de ce pécheur a semé l’inquiétude dans le cœur de cet aubergiste; et qu’est-il devenu, l’Evangile ne le dit pas, ni même son nom. Mais chez cet homme, sûrement … – sûrement car quand l’Esprit Saint sème, il fait grandir – la curiosité, l’inquiétude, s’est sûrement mise à monter. Il l’a laissé grandir dans son cœur et a reçu le message du témoignage. Puis le lendemain, le samaritain est repassé; il a sûrement payé quelque chose. Ou alors l’aubergiste lui a dit: « Non, laisse, laisse: je le prends sur mon compte ». Ceci fut peut-être sa première réaction après le témoignage.

Et pourquoi est-ce que je m’arrête aujourd’hui sur ce personnage, sur cette personne? Car notre témoignage n’est pas quelque chose que l’on calcule – je ne sais pas comment dire ça –. Le témoignage c’est vivre de manière à ce que les autres «  voient ce que vous faites de bien et rendent gloire à Dieu qui est aux cieux » (cf. Mt 5,16), c’est-à-dire de manière à ce qu’ils rencontrent le Père, aillent vers Lui … Ce sont les paroles de Jésus.

J’ai entendu beaucoup de choses sur Villa Nazareth: « Il y a telle ou telle chose … », mais je ne connaissais pas bien. Puis Mgr Celli m’a dit des choses … C’est un travail où l’on favorise le témoignage. On vient ici, non pas pour « gravir les échelons », ni pour gagner de l’argent, non, mais pour suivre les traces de Jésus, témoigner de lui, semer le témoignage. Discrètement, sans explications, dans les faits … Reprendre le langage des gestes. Et cet aubergiste est sûrement au ciel, c’est certain! Car le grain a sûrement poussé et donné du fruit. Il a vu quelque chose qu’il n’aurait jamais imaginé voir un jour. Le témoignage c’est ça ! Il passe et s’en va. Vous le laissez où il est et vous partez. Seul le Seigneur veille sur lui, le fait grandir, comme il fait pousser le grain : alors que le maître dort, la plante grandit.

Je souhaite vraiment que cette œuvre reste une œuvre porteuse de témoignage, un centre de témoignage; de témoignage pour tout le monde. De témoignage pour les personnes qui la côtoient ou qui en entendent parler … un témoignage. C’est ce que je souhaite. Et que le Seigneur nous délivre des bandits – il y en a tellement! –, qu’il nous libère des prêtres trop pressés, qui n’ont jamais le temps d’écouter, de voir, doivent faire leurs choses ; qu’Il nous libère des docteurs qui veulent présenter la foi en Jésus Christ comme une règle mathématique; et qu’Il nous enseigne à nous arrêter, qu‘il nous enseigne cette sagesse de l’Evangile : « se salir les mains ». Que le Seigneur nous donne cette grâce. Merci.
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Source : https://fr.zenit.org/

Dialogue avec les jeunes :

Question de Valentina Piras

Pape François, avant d’avoir besoin de maîtres, nous, les jeunes nous avons besoin de témoins crédibles. Nous avons souvent le sentiment d’habiter une réalité complexe, sans éléments de référence constants, et où les expériences proposées manquent de substance. Parfois, nous sommes des jeunes et des adultes ‘garés’ dans la vie, à la merci de l’illusion du succès et du culte de l’ego, incapables de nous donner aux autres. Saint-Père, nous voudrions une parole qui nous aide à y voir plus clair dans ces ténèbres qui envahissent nos cœurs. Comment réveiller la grandeur et le courage de choix profonds, d’élans du cœur, pour affronter nos difficultés sur le plan éducatif et affectif?

Réponse du pape François

Merci. Vous avez dit le mot-clef c’est: « Nous les jeunes nous avons besoin de témoins crédibles ». C’est la logique de l’Évangile : rendre témoignage. Dans sa propre vie, dans sa manière de vivre, dans ses choix. Mais rendre témoignage de quoi? De plusieurs choses. Nous chrétiens, témoigner de Jésus Christ qui est vivant, qui nous a accompagnés: Il nous a accompagnés dans la douleur, et il est mort pour nous, mais il est vivant. Dit comme ça, cela paraît trop clérical. Mais je comprends ce que recherchent les jeunes : un témoignage qui les secoue chaque jour. Le témoignage de « la gifle » ! La gifle, ce beau témoignage quotidien qui te réveille pour te dire : « regarde, ne te fais pas d’illusions avec les idées, avec les promesses … » Voire des illusions plus proches de nous. L’illusion du succès – « Non, je vais par là et j’aurai du succès » – du culte de son ego.

Aujourd’hui, nous le savons tous, le miroir est à la mode! Se regarder. Cet ego, ce narcissisme, que nous offre la culture contemporaine. Sans témoignages, la vie nous convient comme ça. Nous gagnons bien notre vie, avons une belle profession, un bel emploi, une famille … mais tu as dit un mot très fort : « Nous sommes des hommes et des femmes garés dans la vie », c’est-à-dire des personnes qui ne marchent pas, n’avancent pas. Comme les conformistes: tout est routine, une routine qui nous laisse tranquilles – nous avons ce qu’il nous faut, il ne nous manque rien, grâce à Dieu … « Comment réveiller la grandeur et le courage de choix profonds, d’élans du cœur, pour affronter nos difficultés sur le plan éducatif et affectif ? » Prendre le risque! Un mot que j’ai prononcé tant de fois : le risque, prendre des risques ! Celui qui ne prend pas de risque n’avance pas. « Mais si je me trompe ? » Oh Seigneur! Tu ferais bien pire à ne pas bouger: l’erreur, la pire erreur, est de se renfermer. Risquer ! Prendre des risques sur de nobles idéaux, en se salissant les mains, comme le Samaritain de la parabole. Quand la vie s’écoule plus ou moins paisiblement, on est toujours tentés de ne pas bouger, comme paralysés. Ne pas risquer : être calmes, tranquilles … Tu as demandé « Comment réveiller la grandeur et le courage de choix profonds, d’élans du cœur pour affronter nos difficultés sur le plan éducatif et affectif ? » Rapproche-toi des problèmes, sors de toi-même et prends des risques. Sinon ta vie peu à peu se paralysera; heureuse, contente, en famille, mais là, sur une voie de garage – pour reprendre ton expression. Voir des vies garées est très triste; très triste de voir des personnes qui ressemblent plus à des momies de musée qu’à des êtres vivants. Risquer! Risquer ! Et si tu t’es trompée, béni soit le Seigneur. Risque. Avance! Voilà ce que j’ai envie de te dire.

Question de Gabriele Giuliano

Cher pape François, dans les journaux nous lisons souvent de terribles nouvelles relatives au drame que vivent les communautés chrétiennes à travers le monde: ces événements nous font beaucoup réfléchir à la grandeur du témoignage, témoignage d’une foi vécue parfois jusqu’à la mort. Ce courage de vivre une foi authentique nous met tous en discussion. Comment être des témoins crédibles de l’Évangile, comment annoncer le message du Christ au monde? Beaucoup d’entre nous, avec tous les défauts et limites qui font partie de l’être humain, essaient, mais se découragent facilement. Cela vous arrive-t-il aussi ? Votre foi a-t-elle subi quelque crise ? Où et comment avez-vous trouvé la manière de vous ressaisir, de ne pas flancher, et de poursuivre votre mission, d’abord en tant que laïc puis en tant que consacré?

Réponse du pape François

Mais, tu as posé une question très personnelle! Et moi je dois choisir … Ou je réponds en disant la vérité, ou je raconte un beau feuilleton et voilà… Le drame des communautés chrétiennes à travers le monde : Ça, c’est vrai. Mais c’est la destinée des chrétiens : le témoignage – je reprends ce mot « témoignage » – jusque dans les situations difficiles. Je n’aime pas, et je veux le dire clairement, je n’aime pas quand on parle d’un génocide des chrétiens, par exemple au Moyen-Orient: Ceci est réducteur, c’est faire du réductionnisme. La vérité c’est qu’il s’agit d’une persécution qui porte les chrétiens à être fidèles et cohérents dans leur foi. Ne faisons pas du réductionnisme sociologique sur ce qui est un mystère de la foi: le martyre. Ces 13 hommes – je crois des Égyptiens chrétiens coptes, aujourd’hui saints, canonisés par l’Église copte – égorgés sur les plages de la Libye: ils sont tous morts en disant: « Jésus, aide-moi! ». Jésus. Mais moi je suis sûr que la majorité d’entre eux ne savaient même pas lire. Ce n’étaient pas des docteurs en théologie, non, non. Des gens sans instruction, dirons-nous, mais c’était des docteurs en « cohérence chrétienne », soit de vrais témoins de foi.

La foi nous fait témoigner de tant de choses difficiles dans la vie ; nous témoignons aussi par la vie. Mais nous n’y trompons pas: le martyre sanglant n’est pas l’unique façon de témoigner du Christ. C’est, disons, le maximum, la façon la plus héroïque. Il est vrai aussi qu’aujourd’hui il y a plus de martyrs qu’aux premiers siècles de l’Église, c’est vrai. Mais il y a le martyre de tous les jours : le martyre de l’honnêteté, le martyre de la patience, dans l’éducation des enfants; le martyre de la fidélité à l’amour, quand il est plus facile de prendre un autre chemin, plus caché: le martyre de l’honnêteté, dans un monde que l’on pourrait appeler « le paradis des pots-de-vin », c’est si facile: « Vous dites ça et vous aurez ça », là où manque le courage de jeter à la figure l’argent sale, dans un monde où tant de parents donnent à manger à leurs enfants l’argent sale des pots-de-vin, ce pain qu’ils achètent avec les pots-de-vin qu’ils gagnent … Témoigner pour un chrétien, son martyre, c’est de dire : « Non, je ne veux pas! » – « Si tu ne veux pas, tu n’auras pas ce poste, tu ne pourras pas aller plus haut ». Le martyre du silence devant la tentation des commérages. Pour un chrétien – et c’est Jésus qui le dit – le bavardage ce n’est pas bien. Jésus dit que celui qui dit « stupide » à son frère doit aller en enfer. Vous savez que les bavardages sont comme la bombe d’un terroriste, d’un kamikaze – non pas d’un kamikaze lui au moins il a le courage de mourir en même temps – non, les bavardages c’est quand je jette « la bombe », détruis la personne et en suis heureux. Le témoignage chrétien c’est le martyre de chaque jour, un martyre silencieux, et nous devons parler comme ça. « Mais sommes-nous des hommes et des femmes martyrisées ? Devons-nous avoir le visage triste, une tête … de six pieds de long ». Non ! Il y a la joie de la parole de Jésus, comme ceux de la plage en Libye. Et il faut du courage. Le courage est un don de l’Esprit Saint. Le martyre, la vie chrétienne… le témoignage chrétien ne peut être vécu sans le courage de la vie chrétienne.

Saint Paul utilise deux mots pour indiquer au chrétien le chemin du martyre dans sa vie de tous les jours : courage et patience. Deux mots. Avoir le courage d’avancer et ne pas avoir honte d’être chrétien, se faire reconnaître en tant que tel. Et la patience de porter sur ses épaules le poids de tous les jours, y compris ses péchés et ses incohérences. « Mais peut-on être chrétien et avoir des péchés? » Oui. Nous sommes tous des pécheurs, tous. Le chrétien n’est pas un homme ou une femme aseptisée comme dans les laboratoires, ce n’est pas comme de l’eau distillée ! Le chrétien est un homme, une femme, capable de trahir son propre idéal par le péché, un être faible. Mais nous devons nous réconcilier avec cette faiblesse. Et devenir ainsi un peu plus humble. Plus humble. La vérité n’est pas dans l’apparence. « Je ne suis pas un pécheur, comme ce pharisien qui priait devant le Seigneur : « Je te remercie parce que je ne suis pas comme untel ou untel »; il salissait tout le monde, mais lui était propre. Il se pavanait. Permettez-moi, c’est un peu … pas très correct, pas très licite ce que je m’apprête à dire, mais l’image nous aidera. La cohérence chrétienne de la vérité c’est se sentir des pécheurs qui ont besoin de pardon; contrairement à celui qui se pavane d’être un parfait chrétien, tel un paon: mais quel beau paon! On le voit, c’est une belle réalité… Pardonnez-moi, mais passez derrière moi : ça aussi c’est la vérité du paon ! Et le message du Christ au monde est le suivant: nous sommes des pécheurs, et Jésus nous a aimés, nous a guéris, ou nous a mis sur la voie de la guérison, toujours. Et il nous aime. Et ces limites qui font partie de nous et que nous voyons autour de nous, par exemple, l’hypocrisie dans l’Eglise, l’hypocrisie des chrétiens; ces limites nous découragent, et notre foi finit par entrer en crise.

Et arrive l’insolente question: « Votre foi a-t-elle connu des crises ?” Et vous posez cette question au pape ! Vous êtes courageuse! « Où et comment avez-vous trouvé la manière de vous ressaisir, de ne pas flancher, et de poursuivre votre mission, d’abord comme laïc puis comme consacré? ». J’en traverse beaucoup de crises et certaines fois j’ai eu le toupet d’en faire le reproche à Jésus: « Mais pourquoi permets-tu cela? », et j’ai eu des doutes aussi: « Mais cela s’avérera-t-il, ou tout n’aura été qu’un rêve? ». J’ai traversé ces crises lorsque j’étais jeune, séminariste, prêtre, religieux, évêque et pape. « Mais pourquoi le monde est-il ainsi, si Tu as donné Ta vie? Mais n’est-ce pas une illusion, un alibi pour nous nous consoler ?”

Au chrétien qui n’a pas connu ça, qui a toujours eu une foi sans crise, il manque quelque chose: c’est un chrétien qui se contente d’un peu de mondanité et avance dans la vie comme ça. On m’a dit – car moi je ne connais pas le chinois, j’ai beaucoup de mal avec les langues vous savez … – je ne connais pas le chinois, mais on m’a dit que le mot « crise », en chinois, s’écrit en utilisant deux idéogrammes: l’un est l’idéogramme « risque » et l’autre l’idéogramme « opportunité ». C’est vrai. Quand quelqu’un entre en crise – comme lorsque Jésus dit à Pierre que le diable l’aurait mis en crise [« passé au crible »] comme on fait avec le grain, et tant de fois le diable, la vie, le prochain, tant de personnes nous font « sauter » comme le grain, nous mettent en crise – il y a toujours un risque, un risque dans le mauvais sens, et une opportunité.

Le chrétien – ça, je l’ai appris – ne doit pas avoir peur d’entrer en crise : c’est le signe qu’il progresse, qu’il n’est pas accroché à la rive du fleuve ou de la mer, qu’il a pris le large et avance. Et là il y a les problèmes, les crises, les incohérences, et la crise de son propre péché, qui nous fait tellement honte. Et comment ne pas flancher? C’est une grâce. Demande-la au Seigneur: « Seigneur, fais en sorte que je ne me lasse pas. Fais-moi la grâce d’être patient, d’avancer, d’attendre qu’arrive la paix ».

Question de Giacomo Guarini

Pape François, aujourd’hui tout va vers l’affirmation de l’individu, et la personne en tant qu’être capable de se donner et de recevoir de l’amour paraît disparaître. L’amour n’est plus vu comme un mouvement vers le bien de l’autre, mais comme le moyen d’une gratification personnelle. Par exemple, nous jeunes diplômés, tout particulièrement, nous serions avilis par les difficultés que nous rencontrons, ne nous en cachons pas, par le manque de perspectives futures concrètes et l’impossibilité de compléter notre vocation professionnelle et affective, si nous ne les avions pas découverts à Villa Nazareth. Comment, dans un monde gouverné par un individualisme effréné, faire de son travail un lieu de vocation ? Comment vivre des relations qui soient le reflet de l’amour de Dieu, pendant les fiançailles aussi, dans un contexte où tout désir de gratuité semble diminuer?

Réponse du pape François

Tu as dit un mot que j’aime beaucoup: la gratuité. Nous oublions souvent ce sens de la gratuité, et oublions que cette gratuité est le langage de Dieu. Il nous a créés gratuitement ; Il nous a recréés en Jésus gratuitement; et Jésus, lui-même, nous recommande: « Ce que vous avez reçu gratuitement, donnez-le gratuitement ». La gratuité. Dans cette civilisation du « do ut des » – du « donnant-donnant » – où tout se négocie, la gratuité court le risque de disparaître. Et parfois, ou souvent – je crois que c’est une des habitudes les plus communes – le christianisme devient pélagien: tout s’achète. « Je fais ça et je suis plus saint », « je fais ça et je suis plus parfait », « je fais ça et je suis plus chrétien », « je ne fais pas ça et mon christianisme n’est pas … ». Avec Dieu aussi nous avons cette attitude du « do ut des ». Mais le Seigneur, déjà dans l’Ancien Testament nous disait: « Je n’ai pas besoin de vos sacrifices. Regardez autour de vous, et aidez les autres. Soyez justes en salaire ». Et ce que tu appelles « affirmation de l’individu », cet individualisme nous conduit à de très graves injustices. Des injustices humaines. Je ne dirais pas « sociales », car quelqu’un pourrait dire : « Mais ce prêtre est socialiste ». Non, non: humaines! Cette gratification individuelle n’a rien à voir avec la gratuité proposée par Jésus, celle que Dieu nous enseigne et qui est Son langage. La gratuité ! Nous devons nous mettre sur la même longueur d’onde, celle de la gratuité. Gratifications individuelles, hédonisme … cela entre aussi dans la culture de l’hédonisme. Rechercher la satisfaction personnelle.

Et aujourd’hui nous avons beaucoup à faire pour distinguer les vrais saints de ceux qui se « masquent » pour s’en donner l’air! Que de personnes portent le masque du chrétien sans l’être, parce qu’ils ne connaissent pas la gratuité. Ils vivent autrement. « Comment faire du travail un lieu de vocation ? » Retourner au premier appel, à celui que chacun de nous reçoit et qui est celui que l’humanité a reçu à travers Adam: allez, cultivez la terre, multipliez-vous, pliez-vous à la terre, travaillez… « Comment faire du travail un lieu de vocation ? » Le mot fort ici c’est le travail. Une chose est de travailler, une autre de faire des choses pour profiter, voire profiter des autres. La culture du travail. Dans tant de pays sous-développés existe la culture des « allocations »: on aide, mais on n’enseigne pas à travailler. J’aime bien penser à Don Bosco – ça me fait beaucoup de bien – à la fin XIXe siècle, dans cette ville de Turin, maçonnique, bouffeuse de prêtres, pauvre, où les jeunes étaient dans la rue … Qu’est-ce qu’il a fait? Il y est allé avec de l’eau bénite ? Non. Il a fait de l’éducation de secours, a fait étudier pour apprendre de simples métiers, et pouvoir intégrer la culture du travail. Il a vu dans ce risque une opportunité, dans cette crise religieuse une opportunité ; et il a ouvert un nouvel horizon humain et religieux, à ces personnes. « Travailler » n’est pas la même chose que « faire quelque chose ».

La vocation du travail, un travail créatif. Le travail nous fait ressembler à Dieu, qui est un Créateur, et c’est aussi un artisan. Le travail est un lieu de vocation, pas une voie de garage où l’on reste bloqué. Ma vocation me conduit à progresser dans le travail, dans ma créativité. Et dans les fiançailles aussi. Dans les fiançailles, il y a la gratuité, mais également un engagement à marcher ensemble, à se comprendre, à s’entendre, à surmonter les difficultés, à rester fidèles; un engagement qui est lui aussi gratuit. Dans les fiançailles on apprend la gratuité.

Mais là, je voudrais faire une réflexion. Tant de fois le travail, dans le sens de « faire des choses », conduit à moins s’occuper de sa famille, de son mariage. Par exemple, je m’enthousiasme à faire de la politique, alors je vais, je viens, ici et là, et je néglige mon épouse ou mon mari, mes enfants. J’ai l’habitude, dans la confession, quand un homme ou une femme mariée me dit qu’ils ont des enfants et qu’ils perdent peut-être la patience, je leur demande: « Mais combien d’enfants as-tu ? » Souvent ils prennent peur: mais quelle sera la prochaine question ? Et la seconde est: « Dis-moi, joues-tu avec eux? Prends-tu le temps de jouer avec tes enfants, pour les écouter, pour avoir un espace de communication avec eux? » – « mais Père – une réponse – quand je sors le matin pour aller au travail, les enfants dorment et quand je reviens, ils dorment ». Cet homme ou cette femme n’est peut-être pas responsable de ce travail qui rend esclave, qui ne permet pas de vivre la gratuité du don de l’amour, du don de Dieu : c’est la situation qui veut ça, c’est à cause de l’injustice, de l’injustice morale que nous vivons dans cette société.

Je vous dis ceci : prenez soin de la famille, de votre mari, de votre épouse, de vos enfants ; et permettez-moi une chose à laquelle je tiens beaucoup : prenez soin des grands-parents. Occupez-vous d’eux, ils sont notre mémoire! Dans cette culture du rejet, il est si facile d’écarter les grands parents: ou chez eux, ou dans une structure, sans aller les trouver. Maintenant cela a un peu changé, car comme il n’y a pas beaucoup de travail et qu’ils ont une retraite, on va chez eux! Prenez soin des grands-parents. Une phrase du prophète Joël me touche beaucoup, au chapitre III: « Les grands-parents rêveront », et c’est le rêve, la capacité à rêver de grandes choses, qui fera avancer les jeunes. Bon, j’arrête ici, car je ne finis plus.
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Source : https://fr.zenit.org/
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