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  Pour une pastorale des visages : Des clefs pour lire « Amoris laetitia »

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18062016
Message Pour une pastorale des visages : Des clefs pour lire « Amoris laetitia »


Jeudi 16 Juin 2016

Pour une pastorale des visages : Des clefs pour lire « Amoris laetitia »

Le pape est intervenu lors de l’ouverture du Congrès ecclésial de son diocèse de Rome, dans la basilique Saint Jean-du-Latran, hier soir, jeudi 16 juin 2016.

Le thème de cette année est « ‘La joie de l’amour’ : le chemin des familles à Rome, à la lumière de l’exhortation apostolique Amoris laetitia, du pape François ».



Le pape a donné trois clefs pour lire « Amoris laetitia ». Tout d’abord le respect de chaque personne et de chaque famille, quelel qu’elle soit: « La vie de chaque personne, la vie de chaque famille doit être traitée avec beaucoup de respect et de soin. Surtout quand nous réfléchissons sur ces points. »

Ensuite, ne pas faire de ghettos: « Gardons-nous de mettre en œuvre une pastorale des ghettos et pour des ghettos. »

Enfin, les « anciens »: « Donnons de la place aux personnes âgées pour qu’elles recommencent à rêver. »

Discours du pape François :

Bonsoir !

Les cinq nefs sont pleines. Bien ! On voit qu’il y a une envie de travailler.

« La joie de l’amour : le chemin des familles à Rome » : c’est le thème de votre congrès diocésain. Je ne vais pas commencer en parlant de l’exhortation, puisque vous en ferez l’objet d’un examen dans différents groupes de travail. Je voudrais reprendre avec vous quelques idées/tensions clés qui ont émergé pendant le chemin synodal, qui peuvent nous aider à mieux comprendre l’esprit qui se reflète dans l’exhortation. Un document qui puisse orienter vos réflexions et vos dialogues, et ainsi offrir « à la fois encouragement, stimulation et aide aux familles dans leur engagement ainsi que dans leurs difficultés. » (AL,4). Et cette présentation de quelques idées/tensions clés, j’aimerais la faire avec trois images bibliques qui nous permettront de prendre contact avec le passage de l’Esprit dans le discernement des Pères synodaux. Trois images bibliques.

1. « Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » (Ex 3,5): ce fut l’invitation de Dieu à Moïse devant le buisson ardent. Le terrain à traverser, les thèmes à affronter dans le synode, nécessitaient une attitude déterminée. Il ne s’agissait pas d’analyser un argument quelconque ; nous n’étions pas devant une situation quelconque. Nous avions devant nous les visages concrets de nombreuses familles. Et j’ai su que, dans certains groupes de travail, pendant le synode, les Pères synodaux ont partagé leur propre réalité familiale. Donner ainsi un visage aux thèmes – pour ainsi dire – exigeait, et exige, un climat de respect capable de nous aider à écouter ce que Dieu nous dit à l’intérieur de nos situations. Non pas un respect diplomatique ou politiquement correct, mais un respect chargé de préoccupations et de questions honnêtes qui visaient le souci des vies que nous sommes appelés à faire paître. Comme cela aide, de donner un visage aux thèmes ! Et comme cela aide de s’apercevoir qu’il y a un visage derrière les papiers, comme cela aide ! Cela nous libère de la hâte en vue d’obtenir des conclusions bien formulées mais où la vie est très souvent absente ; cela nous libère des paroles abstraites, pour pouvoir nous approcher de personnes concrètes et nous engager envers elles. Cela nous protège de « l’idéologisation » de la foi à travers des systèmes bien architecturés mais ignorants de la grâce. Nous devenons si souvent pélagiens ! Et cela ne peut se faire que dans un climat de foi. C’est la foi qui nous pousse à ne pas nous lasser de chercher la présence de Dieu dans les changements de l’histoire.

Chacun de nous a eu une expérience de famille. Dans certains cas, jaillit l’action de grâces jaillit avec plus de facilités que dans d’autres, mais nous avons tous vécu cette expérience. Dans ce contexte, Dieu est venu à notre rencontre. Sa Parole est venue à nous non comme une suite de thèses abstraites mais comme une compagne de voyage qui nous a soutenu au milieu de la douleur, nous a animé dans la fête et nous a toujours indiqué le but du chemin (AL,22). Cela nous rappelle que nos familles, les familles dans nos paroisses avec leurs visages, leurs histoires, avec toutes leurs complications ne sont pas un problème, elles sont une opportunité que Dieu place devant nous. Une opportunité qui nous met au défi de susciter une créativité missionnaire capable d’embrasser toutes les situations concrètes, dans notre cas, des familles romaines. Non seulement de celles qui viennent ou qui se trouvent dans les paroisses – ce serait facile, plus ou moins – mais de pouvoir arriver aux familles de nos quartiers, à ceux qui ne viennent pas. Cette rencontre nou met au défi à ne considérer rien ni personne comme perdu, mais à chercher, à renouveler l’espérance de savoir que Dieu continue d’agir à l’intérieur de nos familles. Cela nous met au défi de n’abandonner personne parce qu’il n’est pas à la hauteur de ce qu’on lui demande. Et ceci nous impose de sortir des déclarations de principe pour pénétrer dans le cœur palpitant des quartiers romains et, comme des artisans, nous mettre à façonner dans cette réalité le rêve de Dieu, ce que ne peuvent faire que les personnes de foi, celles qui ne ferment pas le passage à l’action de l’Esprit Saint et qui se salissent les mains. Réfléchir sur la vie de nos familles, telles qu’elles sont et telles qu’elles se trouvent, nous demande de nous déchausser pour découvrir la présence de Dieu. C’est une première image biblique. Aller : Dieu est là. Dieu qui anime, Dieu qui vit, Dieu qui est crucifié… mais il est Dieu.

2. Maintenant, la deuxième image biblique. Celle du pharisien quand il disait au Seigneur en priant : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain» (Lc 18,11). Une des tentations (cf. AL,229) à laquelle nous sommes continuellement exposés est d’avoir une logique séparatiste. C’est intéressant. Pour nous défendre, nous croyons gagner en identité et en sécurité chaque fois que nous nous différencions ou que nous nous isolons des autres, spécialement de ceux qui vivent dans une situation différente. Mais l’identité ne se fait pas dans la séparation : l’identité se fait dans l’appartenance. Mon appartenance au Seigneur : cela me donne une identité. Ne pas me détacher des autres pour qu’ils ne me « contaminent » pas.

Je considère qu’il est nécessaire de faire un pas important : nous ne pouvons pas analyser, réfléchir et encore moins prier sur la réalité comme si nous étions sur les rives ou sur des sentiers différents, comme si nous étions en dehors de l’histoire. Nous avons tous besoin de nous convertir, nous avons tous besoin de nous mettre devant le Seigneur pour renouveler chaque fois l’alliance avec lui et lui dire avec le publicain : Mon Dieu, aie pitié de moi qui suis un pécheur ! Avec ce point de départ, nous restons inclus dans la même « partie » – non pas détachés, inclus dans la même partie – et nous nous mettons devant le Seigneur avec une attitude d’humilité et d’écoute.

Justement, regarder nos familles avec la délicatesse avec laquelle Dieu les regarde nous aide à orienter nos consciences dans la même direction que Dieu. L’accent mis sur la miséricorde nous met face à la réalité de manière réaliste, mais pas avec n’importe quel réalisme, mais avec le réalisme de Dieu. Nos analyses sont importantes et elles sont nécessaires et elles nous aideront à avoir un sain réalisme. Mais rien n’est comparable au réalisme évangélique qui ne s’arrête pas à la description des situations, des problématiques – encore moins du péché – mais qui va toujours au-delà et réussit à voir derrière chaque visage, chaque histoire, chaque situation, une opportunité, une possibilité. Le réalisme évangélique s’engage envers l’autre, envers les autres et ne fait pas des idéaux et du « devoir être » un obstacle pour rencontrer les autres dans les situations où ils se trouvent. Il ne s’agit pas de ne pas proposer l’idéal évangélique, non, il ne s’agit pas de cela. Au contraire, il nous invite à le vivre à l’intérieur de l’histoire avec tout ce que cela comporte. Et cela ne signifie pas ne pas être clair dans la doctrine, mais éviter de tomber dans des jugements et des comportements qui n’assument pas la complexité de la vie. Le réalisme évangélique se salit les mains parce qu’il sait que le « grain et l’ivraie » pousse ensemble et le meilleur grain, dans cette vie, sera toujours mélangé à un peu d’ivraie. « Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne donne lieu à aucune confusion », je les comprends. « Mais je crois sincèrement que Jésus veut une Église attentive au bien que l’Esprit Saint répand au milieu de la fragilité : une Mère qui, au moment même où elle explique clairement son enseignement objectif, « ne renonce pas au bien possible, bien qu’elle court le risque de se salir avec la boue de la route ». Une Église capable d’ « assumer la logique de la compassion envers les personnes fragiles et d’éviter les persécutions ou les jugements trop durs et impatients. L’Évangile même nous demande de ne pas juger et de ne pas condamner (cf. Mt 7,1 ; Lc 6,37) » (AL,308). Et je fais ici une parenthèse. J’ai eu entre les mains – vous la connaissez surement – l’image de ce chapiteau de la Basilique Sainte Marie-Madeleine à Vézelay, dans le sud de la France, où commence le Chemin de Saint Jacques : d’un côté, Judas, pendu, la langue sortie, et de l’autre côté du chapiteau, le bon pasteur qui le porte sur les épaules, il l’emporte avec lui. C’est un mystère cela. Mais ces médiévaux, qui enseignaient la catéchèse par les images, avaient compris le mystère de Juda. Et Don Primo Mazzolari a fait un beau discours, un jeudi saint, sur cela, un beau discours. C’est un prêtre non pas de ce diocèse mais d’Italie. Un prêtre d’Italie qui a bien compris cette complexité de la logique de l’Évangile. Et celui qui s’est le plus sali les mains, c’est Jésus. Jésus s’est sali le plus. Ce n’était pas un « propre », mais il allait vers les gens, parmi les gens et il prenait les gens comme ils étaient, non comme ils devaient être. Revenons à l’image biblique : « Je te remercie, Seigneur, parce que je suis de l’Action Catholique, ou de cette association, ou de la Caritas, ou de ceci ou de cela… et non comme ceux-là qui habitent dans les quartiers et qui sont des voleurs et des délinquants et… » Cela n’aide pas la pastorale !

3. Troisième image biblique : « Vos anciens seront instruits par des songes » (cf Jl 3,1). C’était une des prophéties de Joël pour le temps de l’Esprit. Les anciens feront des songes et les jeunes auront des visions. Avec cette troisième image, je voudrais souligner l’importance que les Pères synodaux ont donnée à la valeur du témoignage comme lieu où l’on peut trouver le rêve de Dieu et la vie des hommes. Dans cette prophétie, nous contemplons une réalité inviolable : dans les rêves de nos anciens, bien souvent se trouve la possibilité que nos jeunes aient de nouvelles visions, aient de nouveau un avenir – je pense aux jeunes de Rome, des périphéries de Rome -, aient un lendemain, aient une espérance. Mais si 40% des jeunes de moins de 25 ans n’ont pas de travail, quelle espérance peuvent-ils avoir ? Ici, à Rome. Comment trouver son chemin ? Ce sont deux réalités – les personnes âgées et les jeunes – qui vont ensemble et qui ont besoin l’une de l’autre et qui sont liées. C’est beau de trouver des époux, des couples, qui, âgés, continuent de se chercher, de se regarder ; ils continuent de s’aimer et de se choisir. C’est si beau de trouver des « grands-parents » qui montrent sur leur visage rabougri par le temps la joie qui nait d’avoir fait un choix d’amour et par amour. À Sainte Marthe, beaucoup de couples viennent fêter 50, 60 ans de mariage, et aux audiences du mercredi et je les embrasse toujours et je les remercie de leur témoignage et je demande : « Lequel d’entre vous a eu le plus de patience ? » et ils disent toujours : « Tous les deux ! ». Parfois en plaisantant, l’un d’eux dit : « Moi ! » mais ensuite il dit : « Non, non, je plaisante ! ». Et une fois, il y a eu une réponse très belle, je crois que tous le pensaient mais il y a eu un couple marié depuis 60 an qui a réussi à l’exprimer : « Nous sommes encore amoureux ! ». Que c’est beau ! Les grands-parents qui rendent témoignage. Et je dis souvent : faites-le voir aux jeunes qui se lassent vite, qui disent au bout de deux ou trois ans : « Je retourne chez maman ! ». Les grands-parents !

En tant que société, nous avons privé de leur voix nos personnes âgées – ceci, c’est un péché social actuel ! – nous les avons privés de leur espace ; nous les avons privés de l’occasion de nous raconter leur vie, leurs histoires, leurs expériences. Nous les avons mis de côté et ainsi nous avons perdu la richesse de leur sagesse. En les écartant, nous écartons la possibilité de prendre contact avec le secret qui leur a permis d’aller de l’avant. Nous nous sommes privés du témoignage d’époux qui non seulement ont persévéré dans le temps, mais qui conservent dans leur cœur la gratitude pour tout ce qu’ils ont vécu (cf. AL 38).

Ce manque de modèles, de témoignages, ce manque de grands-parents, de pères capables de raconter leurs rêves ne permet pas aux jeunes générations d’ « avoir des visions ». Et ils restent sans bouger. Cela ne leur permet pas de faire des projets, puisque l’avenir génère de l’insécurité, de la méfiance et de la peur. Seul le témoignage de nos parents, voir qu’il leur a été possible de lutter pour quelque chose qui valait la peine, les aidera à élever leur regard. Comment prétendons-nous que les jeunes doivent vivre le défi de la famille, du mariage comme un don, s’ils entendent continuellement dire de nous que c’est un poids ? Si nous voulons des « visions », laissons nos grands-parents nous raconter, nous partager leurs rêvespour que nous puissions avoir des prophéties pour le lendemain. Et ici, je voudrais m’arrêter un moment. C’est l’heure d’encourager les grands-parents à rêver. Nous avons besoin des rêves des grands-parents et d’écouter ces rêves. Le salut vient de là. Ce n’est pas un hasard si l’enfant-Jésus, lorsqu’il est apporté au Temple, est accueilli par deux « grands-parents » qui avaient raconté leurs rêves : ce vieil homme (Siméon) avait « rêvé », l’Esprit lui avait promis qu’il verrait le Seigneur. C’est l’heure – et ce n’est pas une métaphore – c’est l’heure où les grands-parents doivent rêver. Il faut les pousser à rêver, à dire quelque chose. Ils se sentent écartés, quand ce n’est pas méprisés. Dans nos programmes pastoraux, nous aimons dire « C’est l’heure du courage », « c’est l’heure des laïcs », « c’est l’heure… ». Mais si je devais dire : c’est l’heure des grands-parents ! « Mais, Père, vous allez à reculons, vous êtes pré-conciliaire ! ». C’est l’heure des grands-parents : que les grands-parents rêvent, et les jeunes apprendront à prophétiser et à réaliser avec leur force, avec leur imagination, avec leur travail, les rêves des grands-parents. C’est l’heure des grands-parents. Et sur ceci, j’aimerais beaucoup que vous vous arrêtiez dans vos réflexions, j’aimerais beaucoup.

Trois images, pour lire Amoris laetitia :

1.La vie de chaque personne, la vie de chaque famille doit être traitée avec beaucoup de respect et de soin. Surtout quand nous réfléchissons sur ces points.

2.Gardons-nous de mettre en œuvre une pastorale des ghettos et pour des ghettos.

3. Donnons de la place aux personnes âgées pour qu’elles recommencent à rêver.

Trois images qui nous rappellent combien « la foi ne nous retire pas du monde, mais nous y insère plus profondément » (AL,181). Non pas comme ces parfaits et immaculés qui croient tout savoir, mais comme des personnes qui ont connu l’amour que Dieu a pour nous (cf. 1 Jn 4,16). Et dans cette confiance, avec cette certitude, avec beaucoup d’humilité et de respect, nous voulons nous approcher de tous nos frères pour vivre la joie de l’amour en famille. Avec cette confiance, renonçons aux « enclos » « qui nous permettent de nous garder à distance du nœud du drame humain, afin d’accepter d’entrer vraiment en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse » (AL,308). Cela nous impose de développer une pastorale familiale capable d’accueillir, d’accompagner, de discerner et d’intégrer. Une pastorale qui permette et rende possible la structure adaptée pour que la vie qui nous est confiée trouve le soutien dont elle a besoin pour se développer selon le rêve – permettez-moi le réductionnisme – selon le rêve du « plus ancien » : selon le rêve de Dieu. Merci.
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Source : https://fr.zenit.org/

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